Pour respirer, Genève réduit la vitesse sur l’autoroute

PollutionLe seuil de particules fines a été franchi et la limitation à 80 km/h est entrée en vigueur. Vraiment efficace?

Genève sous cloche, vue depuis le Salève, hier. Les particules fines stagnent depuis lundi, bloquées par l’inversion thermique.

Genève sous cloche, vue depuis le Salève, hier. Les particules fines stagnent depuis lundi, bloquées par l’inversion thermique. Image: Lucien Fortunati

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Que se passe-t-il dans le ciel genevois? Mardi en fin de matinée, les automobilistes qui empruntaient l’autoroute de contournement ont vu la simple recommandation de lundi se transformer en obligation de ralentir. De 100 km/h, il a fallu passer à 80 km/h. En cause: le taux de particules fines supérieur au seuil critique de 50 microgrammes par mètre cube.

Mesuré durant deux jours consécutifs, le dépassement a déclenché un plan d’action que le canton découvrait pour la première fois hier. En fin de journée, le ralentissement avait produit de timides effets, puisque le taux de particules fines affichait une valeur de 57 (contre 67 lundi). C’est seulement lorsqu’il sera descendu au-dessous de 50 que la circulation retrouvera son rythme habituel. Pour Philippe Royer, directeur du Service de protection de l’air au Département de l’environnement (DETA), la mesure se poursuivra «très probablement» mercredi.

1. D’où vient l’ennemi? Le trafic automobile local est une source majeure d’émission de particules fines, ces poussières invisibles à l’œil nu qui s’accrochent insidieusement à nos poumons. Mais celles-ci pourraient également avoir été charriées par l’air ambiant, selon Philippe Royer. «Les vents nous laissent penser que ces particules viennent d’Allemagne et des pays de l’Est», observe-t-il.

2. Ralentir, à quoi ça sert? Pour les spécialistes de la qualité de l’air, quelques kilomètres/heure de différence peuvent contribuer à faire baisser les taux. «En réduisant la vitesse de 100 à 80, les émissions baissent d’environ 10%», fait remarquer Philippe Royer, en appuyant sur le terme «émissions» qui ne signifie pas forcément une baisse du taux de particules fines. Par ailleurs, ces poussières étant figées au sol, réduire la vitesse signifie moins de brassage. Pourquoi ne pas prendre des mesures sur les autres routes, en ville par exemple? «La marge de manœuvre y est plus limitée. Il s’agit également d’une question de proportionnalité, répond le spécialiste. Nous ne sommes qu’au début du processus.»

3. L’air était-il plus pur avant? Les taux actuels n’ont rien de neuf. Depuis une dizaine d’années, la présence de polluants a tendance à stagner après une baisse significative dans les années 90. Aujourd’hui, c’est le déclenchement de la limitation de vitesse qui est nouveau puisqu’il relève d’un protocole instauré par le Conseil d’Etat à l’automne 2014.

4. Et nos voisins? A quoi bon limiter la vitesse à 80 km/h quand les automobilistes peuvent remettre les gaz après la Versoix? A vrai dire, un plan est déclenché dans l’ensemble des cantons romands lorsque les taux atteignent 75 microgrammes par mètre cube. Mais Genève affiche régulièrement des taux supérieurs à ceux de ses voisins. La topographie y joue un grand rôle, estiment les scientifiques.

5. La météo responsable Si elles redonnent le sourire, les premières douceurs printanières ne font pas l’affaire de la qualité de l’air. Les spécialistes observent une «inversion thermique», à savoir que la fraîcheur du sol retient les polluants alors que l’air, plus chaud, fait l’effet d’une cloche. Une stagnation accentuée par l’absence de vent. Un coup d’œil à la météo: la pluie est attendue en fin de semaine. Peut-être de quoi offrir un bon bol d’air frais.


La vallée de l’Arve étouffe

A moins de cinquante kilomètres de Genève, la vallée de l’Arve a acquis une bien triste réputation: celle de la région la plus polluée de France. Récemment, ce sont les mots d’un médecin face aux caméras de France 2 qui ont déclenché une vive polémique. L’urgentiste de l’hôpital de Sallanches qualifiait la qualité de l’air de «mortelle» et avançait le chiffre de 60 morts prématurés par année dans la région en raison de la pollution. Depuis, le maire de Saint-Gervais a vivement critiqué ces propos «infondés», tandis que 220 médecins de la région appuient le diagnostic alarmant du médecin.

Au-delà de la polémique, la vallée de l’Arve est fréquemment sujette aux dépassements des seuils de particules fines, principalement en raison du chauffage à bois d’ancienne génération, des activités industrielles de décolletage et du trafic intense. Avec quels effets pour Genève? «En raison de sa topographie, il y a peu de dispersion des particules fines», note Didier Chapuis, directeur territorial d’Air Rhône-Alpes. «On ne peut pas dire que notre pollution vient de là-bas», confirme son homologue genevois Philippe Royer, qui ne peut toutefois exclure que de faibles quantités de particules fines puissent être transportées par les vents. L.D.S. (TDG)

Créé: 17.03.2015, 19h57

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