Réseau de blanchiment: la version du cerveau présumé

Trafic Suisse-FranceLe responsable de la société financière genevoise conteste avoir travaillé avec de l’argent issu du trafic de drogue.

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M. est abasourdi. Détenu à Champ-Dollon, cet administrateur délégué d’une société financière du centre-ville ne comprend pas ce qu’il lui arrive depuis mercredi matin. Ce jour-là à 6h, ce père de famille de trois enfants, défendu par Me Josiane Stickel-Cicurel, a été interpellé par la Brigade financière. Cet homme de 48 ans, originaire du Maroc et détenteur d’un passeport suisse, est suspecté d’être au cœur d’un vaste réseau de blanchiment actif en France et en Suisse (nos éditions du 11 octobre). Selon les enquêteurs, trois prévenus à Genève et une dizaine d’autres à Paris auraient accumulé durant des années des millions de francs avec un trafic de cannabis en provenance du Maroc.

Lors de la perquisition chez M., à Conches, les procureurs en charge du dossier ont saisi 1,1 million de francs dans un coffre dissimulé derrière une penderie et 160 montres de luxe. Une dizaine de comptes ont par ailleurs été bloqués par la justice genevoise en Suisse. De l’argent détenu ou géré par la société financière du cerveau présumé des opérations à Genève. «Mon client conteste avoir travaillé avec de l’argent lié à la drogue», résume Me Stickel-Cicurel.

L’avocate explique que cette entreprise, créée en 1977 par le beau-père de M., plaçait de l’argent de clients français qui avaient des comptes en Suisse. A plusieurs reprises, le prévenu leur aurait remis en France de l’argent liquide, par exemple, pour faire un investissement ou partir en vacances. Par compensation leurs comptes genevois étaient débités du même montant. Les clients échappaient ainsi au fisc français. La justice suspecte M. et ses comparses d’avoir ensuite prélevé l’argent sur le compte genevois des clients avant de le virer sur un compte de HSBC représentée à Genève. Pour rendre, l’opération «respectable et légale», les prévenus sont soupçonnés d’avoir produit des faux documents.

Le frère de M. qui travaillait à la banque internationale HSBC à Genève, est également à la prison de Champ-Dollon. C’est là aussi qu’a été incarcérée une employée de la société financière de M., arrêtée mercredi. Mais la suspecte a été provisoirement libérée vendredi. Elle doit néanmoins rester à la disposition de la justice puisqu’elle est poursuivie, comme M. et le frère de ce dernier, pour blanchiment, violation grave à la loi fédérale sur les stupéfiants et faux dans les titres.

A Paris, un autre frère de M. est, lui, dans le collimateur de la justice française qui a travaillé conjointement avec les quatre procureurs genevois en charge du dossier. La justice lui reproche, notamment, d’avoir organisé l’importation de la drogue, depuis le Maroc, et sa revente en France. D’après les enquêteurs, l’argent aurait été ensuite confié à la société financière de M. «Mon client a repris récemment la direction de l’entreprise de son beau-père. Il est marié depuis 1989, il a fait des études pour devenir gestionnaire de fortune et n’a pas d’antécédents judiciaires», précise Me Stickel-Cicurel. Qui répète : «Il admet avoir fait ces opérations de compensation mais conteste avoir travaillé avec de l’argent issu d’un trafic de drogue. D’ailleurs à ma connaissance du dossier, je ne comprends pas ce qu’on lui reproche au-delà du problème fiscal.» Et les valeurs saisies dans la villa de Conches ? «160 montres et alors? C’est un collectionneur de montres de luxe, et s’il a envie de mettre son argent liquide chez lui, il est libre, non?»

D’après les premiers éléments de l’enquête, lorsque M. parlait à ces fameux clients français, le langage était particulièrement codé : «Dans un contexte fiscal, note l’avocate, on peut comprendre que l’on cherche à être discret.» Enfin, Me Stickel-Cicurel ne sait pas si son client connaissait l’élue française mise en examen à Paris dans le cadre de cette vaste enquête. «Vous savez, je ne l’ai pas beaucoup vu depuis son arrestation. Ce que j’ai vu c’est surtout un homme effondré.» Dans son édition du soir du journal télévisé du 11 octobre, la RTS révélait que la banque internationale HSBC avait activement collaboré avec les enquêteurs depuis des mois.

Créé: 14.10.2012, 15h53

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