Elle renverse un bastion masculin

Fanfare Aurélie Friedli sera la première femme à commander la Landwehr, musique officielle du Canton depuis 234 ans.

Aurélie Friedli va diriger une formation qui compte déjà plusieurs musiciennes.

Aurélie Friedli va diriger une formation qui compte déjà plusieurs musiciennes. Image: MAURANE DI MATTEO

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Ce 31 décembre, un bastion masculin va s’effondrer en musique. Alors que les canons tireront leurs salves habituelles sur la Treille pour saluer la restauration de la République, une femme marchera à la tête de la Landwehr. Avec son sourire lumineux, Aurélie Friedli, 27 ans, fera tomber plusieurs tabous d’un coup. Pour la première fois depuis sa fondation en 1783, le commandant du corps de musique officiel du Canton, en fait son directeur administratif, ne sera pas un homme. Cette femme n’aura par ailleurs pas fait un jour d’armée et encore moins l’école d’officier, prérequis longtemps jugé indispensable. Comble du comble, la jeune femme, détentrice d’un master en droit et étudiante en sociologie, est conseillère municipale socialiste à Bernex.

Transition en douceur

Ces bornes pulvérisées et ces tabous dépassés ne l’empêchent pas de dormir sur ses deux oreilles: «À vrai dire, je ne m’étais jamais imaginé occuper ce poste, dit-elle, et je commence à mesurer le travail que cela demande. Mais c’est le précédent commandant qui a pensé à moi. Quant à une présidence féminine de la Landwehr, elle n’a rien d’anormale: un quart des musiciens sont déjà des femmes et, après tout, elles représentent la moitié de la population.» Désignée officiellement par le Conseil d’État voici peu, Aurélie Friedli reconnaît avoir croisé quelques regards surpris lors de sa première apparition en tête de la formation le 12 novembre dernier, à l’occasion de la cérémonie de Mon Repos dédiée aux morts pour la Patrie. «Il faudra s’habituer.»

Répertoire étendu

La surprise du public n’est pas étonnante. C’est que la Landwehr vient de loin. «La musique militaire, écrivait Georges Kastner en 1848 dans un Manuel à l’intention des fanfares militaires françaises, doit affecter des allures mâles et sévères, graves et martiales, solennelles et éclatantes.» C’est dire si les femmes ne faisaient pas vraiment partie du paysage. En parcourant l’ouvrage de Claude Bonard consacré à la Landwehr, on voit que l’institution a été fondée un peu à la sauvette. À sa création, «le Conseil militaire ne voulut pas en parler tout de suite au Conseil des Deux-Cents qui aurait pu s’effrayer du coût de l’opération». On forma donc l’orchestre dès 1783 insensiblement en arbitrant entre deux objectifs contradictoires: doter la structure d’un uniforme suffisamment brillant pour attirer les recrues, mais «point trop magnifique» pour ne pas susciter l’ire des élus. Du coup, ce n’est qu’en 1789 qu’il est reconnu. Tout en conservant son rôle officiel, la Landwehr a passablement changé depuis son origine. Ses uniformes mis à part, dont elle a changé comme de chemise, la formation a étendu son répertoire musical. Partant des marches militaires, ce dernier englobe la musique classique dès la fin du XIXe, avant de s’ouvrir au jazz dans les années 1970 et «même» à la musique de films. Depuis 2003, la formation est dirigée par le chef d’orchestre Jean-Christophe Monnier. Sous sa direction, l’orchestre a notamment accompagné des films muets, dont celui d’Eisenstein sur la mutinerie de l’équipage du cuirassé Potemkine en 2015. C’est par son père, tubiste à la Landwehr, qu’Aurélie Friedli est tombée dans la marmite musicale. Elle se souvient toute petite d’avoir suivi les grandes occasions: les concerts du 31 décembre, du 1er juin, les prestations au Victoria Hall. Les ors du Palais et l’uniforme paternel font forte impression, mais ce n’est qu’en 2011 qu’elle franchit le pas. Ayant terminé son parcours d’apprentissage musical, la jeune clarinettiste craint de ne plus pratiquer. Elle intègre alors la formation de son père.

Lieu de rencontre

Forte d’environ soixante musiciens, l’institution connaît un important renouvellement depuis quelques années. La moitié de ses membres ont moins de 30 ans. Ceux qui y entrent aiment la vie de société. On se retrouve une fois par semaine pour les répétitions, un peu plus quand les échéances approchent. L’orchestre est un lieu d’aventure et de rencontre où parfois des couples se forment. Comme peut en témoigner Aurélie Friedli, précisément mariée à un clarinettiste de la Landwehr… (TDG)

Créé: 30.12.2017, 11h03

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