Renommer les départements coûtera un million de francs

Conseil d’ÉtatDe nombreux documents et la signalétique de l’État devront être adaptés aux nouveaux noms des dicastères.

Nouveau Conseil d’État et nouvelle chancelière (tout à gauche).

Nouveau Conseil d’État et nouvelle chancelière (tout à gauche). Image: Georges Cabrera

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Pas moins de 6 nouveaux départements ont été officialisés par le Conseil d’État, le 1er juin, date du lancement de la législature 2018-2023. Outre celui de la Formation et de la Jeunesse qui remplace l’ancestral Département de l’instruction publique (DIP), le fief de Mauro Poggia perd son aile sociale au profit de Thierry Apothéloz, maître du flambant neuf dicastère de la Cohésion sociale. Antonio Hodgers et Serge dal Busco sont, quant à eux, respectivement chargés des tout aussi nouveaux Départements du territoire et des infrastructures. Seul celui des Finances (DF) conserve son identité. Notons encore que l’Économie disparaît tout simplement du paysage…

Un chamboulement qui a engendré de nombreuses critiques, dont certaines sont parvenues à la rédaction. «Je suis outrée par tous ces changements et en particulier par la fin du DIP, une identité forte pour tous les écoliers genevois que nous avons été (lire ci-dessous), réagit une spécialiste de coaching préférant garder l’anonymat. Cela n’amène vraiment rien, si ce n’est de satisfaire les caprices de nos divas de magistrats… Et puis surtout, cela va occasionner des dizaines de milliers de francs de dépenses juste pour modifier la papeterie de l’administration. N’a-t-on rien d’autre à faire de nos finances, déjà déficitaires?»

Plusieurs mois

Tout cela va, en effet, obliger l’État à renouveler sa signalétique, ses tampons et quantité de documents… De grosses dépenses à la clé. Se référant à l’expérience de 2013 où de nouvelles appellations s’étaient déjà multipliées, ce même État prédit d’ores et déjà un coût de plus d’un million de francs. Impossible cependant, pour l’heure, de chiffrer exactement tout cela, indique Roland Godel, ancien porte-parole du Département des finances (DF): «Les changements concrets dans le détail étant encore en phase de recensement, on ne peut que se référer aux données du changement précédent pour donner un ordre de grandeur.» S’agissant de la signalétique des bâtiments de l’État, géré par l’Office des bâtiments du DF, «le montant s’était alors élevé à un peu plus de 500 000 francs, précise le porte-parole. On pourrait être un peu au-dessus cette année, compte tenu du changement de nom du DIP.»

Plusieurs mois seront nécessaires pour effectuer les modifications, précise le cadre de l’État: «Elles seront menées par l’Office des bâtiments grosso modo durant l’été pour la signalétique principale. Pour celle, plus spécifique, des directions et services, il faudra compter un délai de quelques mois supplémentaire, en fonction des déménagements prévus.»

Transfert de mobilier

S’agissant de la papeterie, les frais dépendront des demandes des services, qui ne sont pas encore toutes parvenues à la centrale commune d’achats, poursuit Roland Godel: «Pour les courriers, il n’y a pas de coût si ce n’est le temps passé par le personnel administratif pour adapter les modèles informatiques accessibles sur nos ordinateurs. L’utilisation des enveloppes à double-fenêtre et de papier non pré-imprimé réduit fortement l’impact des changements. Pour les cartes de visite, cela dépend du nombre de demandes; idem pour les documents pré-imprimés du type fourres de dossiers, tampons, étiquettes, cartes de compliments ou autres. Les commandes sont traitées «au fil de l’eau», dans l’ordre d’arrivée.» Reste les dépenses de mobilier induites par les déménagements et réaménagements, qui ne peuvent être chiffrées à ce stade car les besoins ne sont pas encore consolidés. Selon une estimation, «le coût pour ces divers éléments s’est monté à environ 500 000 francs lors de la précédente législature, dont plus de deux tiers pour le mobilier», informe le haut fonctionnaire.

Le fantôme du DIP

Concernant plus particulièrement le DIP et la fin de son appellation historique, son porte-parole, Pierre-Antoine Preti, précise que le départ de l’Office de la culture et du sport, dont il était fait mention dans l’ancien nom, justifie à lui seul toutes les mesures de modifications en cours: «La plupart de nos documents sont désormais numériques et/ou contiennent les armoiries de l’État. Ils ne sont pas lourdement influencés par les changements de nom départementaux. Concernant les cartes de visite, c’est la centrale commune d’achat qui tient ces comptes.»

La difficulté de la métamorphose DIP/DFJ «réside peut-être dans les dates de l’année scolaire, qui sont toujours en quinconce avec l’année budgétaire, note Pierre-Antoine Preti. Avec la nouvelle Constitution, l’élection a désormais lieu début mai. De ce fait, les changements de dénomination entrent légèrement en collision avec les préparatifs de l’année scolaire 2018-2019. Le carnet de l’élève a déjà été imprimé en grande quantité. Il sera donc distribué en septembre, avec l’ancienne mention du DIP.» Idem pour quelques diplômes, dont certains seront encore distribués à la rentrée. «Pour ces dernières certifications, la majeure partie de l’année scolaire se sera déroulée sous l’égide du DIP, relève-t-il. Ce n’est donc pas dénué de sens.»


Ceux qui se sentent orphelins du DIP sont nombreux

Incarnation de l’école publique à lui tout seul, André Chavanne avait prédit qu’un jour la droite retirerait cet adjectif du Département de l’instruction publique (DIP). Pari perdu, c’est une camarade socialiste qui vient de s’en charger. Rebaptisé Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), ce nouveau dicastère a entraîné son flot de réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse. «Jules Ferry et bien d’autres, comme James Fazy, doivent se retourner dans leur tombe. Et tant de collègues qui, comme moi, ont œuvré de longues années au DIP se sentent orphelins», estime une enseignante. Dans la «Tribune de Genève» du 29 mai, le PLR Jean Romain y est aussi allé de son vibrant «Adieu le DIP!» regrettant la disparition de ces deux mots «qui pèsent lourd dans notre héritage». Le nouveau président du Grand Conseil n’a pas hésité à parler de trahison de l’État républicain: «Instruire publiquement implique qu’on pousse l’élève à s’élever vers l’universel que le savoir transmis lui promet.»

En charge du nouveau DFJ, la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta reste, dit-elle, «attachée à l’école républicaine et à ses valeurs qui remontent au XIXe siècle – publique, gratuite et obligatoire – mais ce n’est plus seulement le département de la transmission des connaissances. Et on ne peut pas faire le procès à une socialiste, qui défend au quotidien des budgets pour une école qui donne sa chance à chacun, de vouloir enterrer l’école républicaine et la laïcité qui l’accompagne.»

Cela ne convainc pas Florence, entrepreneuse dans la quarantaine, qui nous a aussi fait part de son mécontentement: «Ce nouvel intitulé, ça fait un peu celui qui veut marquer son territoire en ne changeant pas le fond, mais juste l’apparence. En plus, tout cela va occasionner de la confusion… on parle de DIP depuis la nuit des temps. Est-ce plus moderne?» Ce changement vise «prioritairement à valoriser tout un pan oublié du département, celui dédié à l’enfance et à la jeunesse, avec notamment la protection des mineurs, la santé des jeunes, les foyers, etc., motive Anne Emery-Torracinta. De surcroît, parler de formation n’a rien d’iconoclaste: c’est le fruit de ce qu’est devenu le DIP au fil des ans. Ça correspond à l’époque. Aujourd’hui, on fait beaucoup plus qu’instruire, on forme, y compris des adultes. D’ailleurs, à l’exception de Fribourg, les autres cantons romands n’ont pas conservé les termes «instruction publique.»

«Département de la jeunesse, ironise Jean Romain. On en doute: la Culture et le Sport s’en vont dans un autre département; la Fondation pour l’animation socioculturelle déserte les bancs; quant au Service des bourses et des prêts d’étude, il quitte aussi ce département des jeunes!» Tous ne partagent pas cet avis. «Oublions donc les querelles sémantiques pour se pencher sur le contenu», rétorque la députée Verte Marjorie de Chastonay, qui salue la nouveauté: «Bonjour le DFJ!» Selon elle, «l’école évolue et c’est heureux! Il est loin le temps où Victor Hugo disait: «L’éducation, c’est la famille qui la donne; l’instruction, c’est l’État qui la doit.» L’école a dès lors aussi une mission éducative. Le modèle instruction unique est révolu.» (TDG)

Créé: 13.06.2018, 17h51

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