Il rend son costume de bourreau

Cortège de l'EscaladeAprès avoir défilé soixante-deux ans dans le rôle de François Tabazan, Claude Lambert devient spectateur.

Claude Lambert est membre de la Compagnie 1602 depuis plus de septante ans.

Claude Lambert est membre de la Compagnie 1602 depuis plus de septante ans. Image: Laurent Guiraud

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Pour des générations de Genevois, Claude Lambert, c’est le bourreau. Celui qui impressionne les grands et hante les cauchemars des petits venus assister au Cortège de l’Escalade. Sa carrure massive, ses mains robustes, sa barbe blanche et son regard perçant ont permis à ce Genevois originaire des Eaux-Vives d’incarner parfaitement le célèbre personnage de François Tabazan pendant soixante-deux ans!

Alors qu’il a décidé de poser son épée de justice, cet octogénaire semble serein. «Il était temps, je me fais vieux et je ne tenais pas à faire la fois de trop. Et puis j’avais très envie de pouvoir voir le cortège en tant que spectateur.» Pour lui, le temps du défilé est donc révolu, mais pas celui de la Compagnie.

Il faut dire que la vie de cet homme est intimement liée à cette dernière. «J’avais neuf ans lorsque des membres de la Compagnie sont venus à la Société de gym des Eaux-Vives dans l’espoir de trouver des jeunes pour défiler comme porteurs de torches.» C’est ainsi qu’il intègre ce qui deviendra sa deuxième famille.

Enfin, la barbe pousse!

Quelques années plus tard, il rejoint le groupe des escholiers, puis celui de la justice, jusqu’au jour où on lui propose de se glisser dans le personnage du bourreau. «Celui qui portait ce costume n’aimait pas le rôle. Personnellement, je le trouvais plutôt sympathique, alors j’ai accepté!» C’est âgé de 19 ans qu’il incarne François Tabazan pour la première fois, sans connaître grand-chose du personnage. «Je savais qu’il exécutait des gens et qu’il était surtout connu pour avoir décapité dix-sept Savoyards. C’est tout.»

Pourtant, malgré sa stature impressionnante, son visage juvénile est peu compatible avec le personnage historique (qui avait la septantaine à l’époque de l’Escalade). Le jeune homme est donc obligé de porter une barbe, une perruque et est grimé afin de paraître plus âgé. L’année suivante, il renonce à son postiche et au maquillage, la troisième fois, il arbore enfin sa propre barbe! Qu’il ne coupera plus jamais… Claude Lambert se plaît dans le corps de Tabazan. «Je suis quelqu’un d’indépendant et j’appréciais particulièrement d’être un peu à l’écart et de ne pas avoir à marcher au pas.» Il devient un des personnages phare du cortège et transmet sa passion à sa femme et à ses enfants, qui intègrent également la Compagnie.

Chef de l’arsenal pendant trente-cinq ans

Dans la rue, on l’évite, on le craint ou on l’observe, comme ce jour où il installe du matériel devant le passage Monetier. «Je portais un caban, une casquette et je fumais ma pipe. Une classe est arrivée et un gamin s’est écrié: «Hé, il y a le bourreau déguisé en marin!» se souvient-il. «Je sais que j’effrayais beaucoup de monde, mais je n’ai jamais pris ça au sérieux.»

Dans la réalité, Claude Lambert impressionne aussi. «Il peut avoir l’air bourru et ronchon de prime abord, confirme Stephan Bula, qui s’apprête à reprendre le rôle de Tabazan, dimanche prochain, pour la première fois. Mais au fond, c’est quelqu’un de chaleureux et d’adorable.» On le décrit également comme un compagnon fidèle et engagé. Notamment dans l’arsenal de la Compagnie, qu’il a dirigé pendant trente-cinq ans et dans lequel il compte continuer de travailler chaque jeudi soir. «Je fais toujours partie des meubles partout où je vais», constate-t-il en faisant également référence aux trente années qu’il a passées à travailler comme carrossier pour la Coop.

Habitué à être observé, Claude Lambert apprécie peu d’être au centre de l’attention. À tel point que lors du défilé de l’année passée, il ne dit pas qu’il incarne François Tabazan pour la dernière fois. «Je ne voulais pas qu’on organise une cérémonie ou que quelqu’un fasse un discours, alors j’ai attendu six mois et j’ai simplement été voir le président de la compagnie pour lui dire: à partir de maintenant tu m’appelleras ex-bourreau.»

Dimanche, c’est donc en tant que spectateur avisé qu’il se rendra en ville. «Je ne sais pas encore ce que je vais ressentir, peut-être que je pleurerai comme d’anciens compagnons qui ont versé une larme lorsqu’ils ont vu passer le cortège. Certains sont même retournés défiler par la suite, mais pour moi ce ne sera pas le cas. J’ai pris ma décision. C’est comme ça.» (TDG)

Créé: 06.12.2018, 08h03

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