Rencontre avec WaRTeK, célèbre youtubeur genevois

PeopleIl raconte comment sa passion pour les jeux vidéo l’a conduit à devenir une star des réseaux sociaux et l’idole des 13-25 ans.

Méconnu des plus de 30?ans, Anil alias WaRTeK est suivi par des centaines de milliers de jeunes sur ses deux chaînes YouTube. Youtuber de métier, il fait rêver ses abonnés en leur proposant notamment de le suivre en voyage, en interviewant Harrison Ford (en haut à droite) ou en s’affichant dans un spot publicitaire pour Axe aux côtés de l’animateur Camille Combal (milieu). Récemment en sortie à Rolle, il s’est fait reconnaître par des écoliers, il en a fait une vidéo (en bas). 
LAURENT GUIRAUD/CAPTURES D’ECRAN

Méconnu des plus de 30?ans, Anil alias WaRTeK est suivi par des centaines de milliers de jeunes sur ses deux chaînes YouTube. Youtuber de métier, il fait rêver ses abonnés en leur proposant notamment de le suivre en voyage, en interviewant Harrison Ford (en haut à droite) ou en s’affichant dans un spot publicitaire pour Axe aux côtés de l’animateur Camille Combal (milieu). Récemment en sortie à Rolle, il s’est fait reconnaître par des écoliers, il en a fait une vidéo (en bas). LAURENT GUIRAUD/CAPTURES D’ECRAN

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Il a fallu insister jusqu’à ce qu’Anil nous fixe un rendez-vous dans un café branché de Rive. Il nous fait la bise sous le regard jaloux des unes et admiratif des autres. «C’est WaRTeK», murmurent les adolescents sur son passage. A 25 ans, le beau Genevois d’origine indienne et italienne alimente deux chaînes YouTube et est suivi par plusieurs centaines de milliers de jeunes sur les réseaux sociaux.

L’un d’eux saisit son courage à deux mains et demande un selfie: «Ça fait trop bizarre de te voir en vrai. Je te suis depuis l’école primaire. Le soir, je rentre et je vais direct te voir sur YouTube.» «Y a rien de bizarre, je suis comme toi», sourit Anil, alias WaRTeK sur la chaîne de vidéos, en se prêtant au jeu de la photo souvenir tel un bon pote. D’autres jeunes franchissent alors le pas sous le regard interloqué d’un couple de quinquagénaires. «C’est qui?» «Un youtubeur.» «Je demanderai à ma fille si elle connaît…» Anil se rassied et reprend un peu de thé froid: «Ça fait toujours plaisir de pouvoir mettre un visage sur les gens qui me suivent. Sinon, pour moi, ils ne restent que des chiffres.»

Juste derrière Federer

Des chiffres qui font tourner la tête. «Sur Twitter, je suis le deuxième Suisse qui a le plus de followers (voir lexique ci-contre), juste derrière Federer. Il est suivi par 5,7 millions de personnes, moi par 800 000. Ça va être dur de le rattraper…»

Le succès d’Anil vient de sa chaîne de gaming, lancée en 2009 sur YouTube, où il décrypte le jeu vidéo Call of Duty pour 1,4 million d’abonnés. Depuis la fin de 2014, l’enfant de Champel tient aussi une chaîne Vlog sur laquelle il partage son quotidien en vidéo. Il est déjà suivi par 530 000 jeunes âgés de 13 à 24 ans, selon les statistiques du site. Il y poste une vidéo par jour, chacune vue entre 100 000 et 200 000 fois.

«En 2013, j’ai décidé de me lancer pleinement dans YouTube. A l’époque, j’étudiais le game design (ndlr: la conception de jeux). En 2015, quand j’ai vu le gaming perdre de la vitesse, je me suis demandé ce que je pouvais faire. Comme je voyageais beaucoup pour les salons de jeux vidéo, j’ai eu l’idée de partager mes expériences sur un Vlog . Je ne peux pas dire ce qui va se passer par la suite, je suis la technologie.»

Un shot, un million de vues

Un nouveau groupe de garçons s’approche: «Salut mec, je suis choqué de te voir. Je peux prendre une photo? Tu continues le snip?» Anil les salue comme s’il les connaissait depuis toujours et répond en plaisantant: «Je suis trop vieux maintenant. Pas de problème pour la photo.» «Tu sais ce qui m’a le plus marqué? C’est ton triple headshot!» glisse un des gars en partant.

Le snip? Un triple quoi? Anil vulgarise avec pédagogie: «Dans Call of Duty, je suis sniper (ndlr: tireur d’élite) et je ne peux tirer qu’une balle à la fois alors que les autres ont des mitraillettes. Dans une vidéo, j’ai déglingué trois mecs dans le même alignement. Statistiquement, j’aurais eu plus de chances de gagner au loto. Cette vidéo a fait un million de vues.»

Boosté par l’amour

Cette performance et bien d’autres, consciencieusement enregistrées et mises en ligne, ont fait de lui un youtubeur célèbre puis un «influenceur» de métier (lire ci-dessous). Avant le rendez-vous, il s’est assuré qu’on ne parlerait pas d’argent, «parce que sur YouTube, on n’est pas censé dévoiler combien on gagne». Mais ses sources de revenus sont aujourd’hui multiples. Elles vont d’«une centaine de francs pour le placement d’un produit simple» à beaucoup plus lors qu’il figure dans la campagne publicitaire du déodorant Axe, accepte d’être représentant de Coca-Cola ou de L’Oréal. Il contacte les marques ou elles le font directement si leur produit peut être mis en avant dans ses vidéos.

Récemment seulement, il a pu faire un concours en partenariat avec la Fnac de Rive. Une nouveauté: «La Suisse romande est tellement en retard sur les réseaux sociaux», déplore Anil. Il passe donc le plus clair de son temps à Paris, «parce que là-bas, on me contacte» et parce que 85% des followers sont Français.

Anil a commencé les Vlogs lorsqu’il était avec son ex-copine, Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, l’une des plus célèbres youtubeuses de France. «Je suis sorti un an avec elle, ça m’a fait connaître par pas mal de filles, mais ma vie privée a été exposée à 1000%, je n’ai pas envie de revivre ça.»

Une célébrité faite maison

Dans ses vidéos, il met donc surtout en scène ses «potes youtubeurs». On y croise aussi des célébrités comme Harrison Ford, David Guetta, Lewis Hamilton ainsi que la chanteuse française adorée des ados Louane. Une sorte de placement de people? «C’est des gens que j’ai eu la chance de rencontrer qu’une seule fois. Louane, elle, est une amie, je l’ai rencontrée à une soirée The Voice, corrige-t-il. Contrairement à moi, c’est une réelle star. Je n’ai pas autant d’obligations qu’elle. Il y a un côté nature peinture dans ce que je fais.»

Nature peinture? Fait maison comme diraient les plus de 25 ans. «Je filme, j’anime, je monte, je mets la musique, je poste sur les réseaux sociaux. Les gens aiment que ce soit vrai. J’ai été invité une fois sur un plateau TV, quand j’ai vu qu’ils avaient quarante personnes pour faire ce que je fais seul, ça m’a impressionné.» Quelqu’un l’aide à lire ses e-mails pour ne rien manquer. Sa mère, ancienne responsable marketing dans une multinationale, est aussi de bon conseil. «Ce sont d’ailleurs mes parents qui ont tenu dix ans le journal gratuit 022, le concurrent du GHI», précise-t-il ici.

La fin des «vrais médias»

Pour gagner des abonnés, Anil adapte ses goûts à ceux des internautes. «L’autre jour, j’ai réalisé que je perdais quelques abonnés. J’ai fait une vidéo qui s’appelle «Remise en question». Je demandais aux internautes d’écrire dans les commentaires ce que je pouvais améliorer. Certaines remarques ont obtenu 900 likes. Je dois tout le temps me renouveler et me remettre en question.» Anil filme avec un drone, expérimente la vidéo à 360°, demande qu’on lui écrive de vraies lettres. Les internautes suivent immédiatement.

Réfléchit-il au contenu? «Aujourd’hui, on court à l’abrutissement des gens. Les vrais médias n’intéressent plus personne, admet Anil, conscient de décevoir la journaliste qui l’interroge. Moi, parce que ça m’intéresse et que j’ai 25 ans, je parle de sujets de vie comme l’addiction ou la protection de la vie privée sur Internet.»

Et si demain matin, il se réveillait et n’avait plus que 50 likes? «Je me pose parfois la question. Je crois que ça ne me ferait rien, je chercherais un travail dans le marketing digital et je serais heureux d’avoir vécu tout ce que j’ai vécu.»

Mais en fait, c’est quoi exactement un youtubeur?

Pour la grande majorité des plus de 30 ans, naviguer d’une chaîne YouTube à l’autre peut s’apparenter à un voyage dans un monde parallèle. On y découvre une série de jeunes gens qui parlent à leur écran comme à un ami, commentent leur vie comme un animateur, se mettent en scène chez eux ou dans des lieux de rêve, tournent des publicités, font des blagues. Le mot youtubeur, dit youtubeuse au féminin, fera son entrée en 2017 dans Le Petit Robert avec la définition: «Personne qui publie ses propres vidéos (sketches, tutoriels…) sur le site YouTube.»

En cinq ans, Anil est devenu un youtubeur de métier, l’un des rares Suisses à gagner sa vie avec cette activité. «Il y a dix ans, on regardait des séries comme Friends tous les jours; aujourd’hui, les jeunes regardent des youtubeurs. S’ils le veulent, je suis dans leur vie. Je leur apprends à devenir plus forts sur Call of Duty, je partage mon quotidien et mes passions pour la vidéo et la photo, je poste des conneries sur Snapchat pour les faire marrer et quand je voyage, je leur permets de s’évader, explique-t-il. Je leur montre que je suis un mec normal, un mec comme eux, qui a juste eu la chance d’être au bon moment au bon endroit.»

C’était en 2008 sur YouTube. Le jeune homme est alors fan de jeux vidéo et tout particulièrement de Call of Duty, un jeu participatif en ligne. Aux Etats-Unis, le game commentary existe déjà. Des adeptes se filment en train de jouer aux jeux vidéo, narrent leurs exploits et donnent des astuces pour gagner. Anil fait la même chose – en français – et poste sa vidéo sur YouTube. «Je me suis reconnecté trois mois plus tard: j’avais 100 000 vues et 2000 abonnés alors que j’étais inconnu au bataillon! Les gens avaient parlé de moi sur les forums et partagé le lien.» Il continue donc à jouer, «jusqu’à 15 heures par jour», en filmant l’écran, puis en se filmant aussi, tout en commentant ses tactiques pour les internautes. Plus il remporte de victoires, plus il gagne d’abonnés, et plus il gagne d’abonnés, plus il intéresse les marques et la publicité. «Je suis devenu un influenceur», résume-t-il. Les marques le contactent ou il prend langue avec elles. Il place leurs produits dans ses vidéos, organise des concours avec des lots à gagner. «Moi, j’ai toujours dit quand je faisais du placement de produit. Mais pendant longtemps, la pratique n’était pas contrôlée. Depuis 2015, YouTube demande aux youtubeurs d’annoncer, dans ou sous leurs vidéos, les produits dont ils font la promotion. Enfin, pas encore en Suisse romande, mais ça viendra.»

Créé: 15.07.2016, 16h45

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Twitter: réseau social d’échange de messages courts.

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Instagram
: application de partage de photos et vidéos.

YouTube: site d’hébergement de vidéos et de chaînes vidéo.

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