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Rémy Pagani, un maire «en roue libre»

Au cœur de l’affaire de la brochure ayant conduit à l’annulation de la votation du 24 septembre, le magistrat refuse de renoncer à son mandat de maire. Portrait d’un militant aux méthodes controversées.

Fustigé par la droite, le conseiller administratif (EàG), Rémy Pagani, estime qu’il est toujours «en mesure d’exercer pleinement ses prérogatives».
Fustigé par la droite, le conseiller administratif (EàG), Rémy Pagani, estime qu’il est toujours «en mesure d’exercer pleinement ses prérogatives».
Steeve Iuncker-Gomez

Envers et contre tous. A l’issue d’un week-end de réflexion imposé par ses collègues du Conseil administratif, Rémy Pagani a décidé de rester maire, estimant qu’il était «en mesure d’exercer pleinement» ses «prérogatives». Dans un communiqué, l’Exécutif a «exprimé son désaccord avec cette décision». Pour rappel, la justice a annulé jeudi la votation communale du 24 septembre sur les coupes budgétaires en Ville de Genève. Donnant raison aux recours formulés par les partis de droite, la Cour a jugé la brochure officielle partiale, et ce, principalement en raison du texte d’introduction signé par le comité référendaire.

Or, la chronologie établie par la Cour ainsi que les procès-verbaux des séances du Conseil administratif démontrent, comme nous le révélions dans nos colonnes, que le positionnement de ce texte «a été, en l’espèce, de la seule décision de Rémy Pagani, maire». Aux yeux de divers observateurs, cet épisode n’est pas si étonnant lorsque l’on connaît le magistrat d’Ensemble à Gauche. Retour sur le parcours d’un habitué des coups d’éclat plus ou moins maîtrisés.

«Maîtrise imparfaite des dossiers»

Ces derniers mois, voire années, son côté fonceur lui a en effet joué des tours. De septembre 2016 à janvier 2017, il exonère le Moulin à Danses de cinq mois de loyers. Problème: il n’en a pas le droit. Dans l’épineux dossier du réaménagement de la plaine de Plainpalais, il se lance en octobre 2016 à la conquête de signatures pour aider l’association des marchés à déposer une prise de position en leur nom. Un porte-à-porte qui fait grincer des dents. Dans la foulée, il fait revenir de Buenos Aires l’architecte de la plaine, Carlos Lopez, aux frais de la Ville.

Plus anecdotique, Rémy Pagani est fâché avec les chiffres. «Il est toujours approximatif et a une maîtrise imparfaite des dossiers», indique le chef de groupe PDC, Alain de Kalbermatten qui le «pratique» depuis dix ans à la commission des travaux. Même s’il apprécie «sa volonté d’investir et son rapport avec les entreprises», le conseiller municipal lance: «Il peut s’estimer chanceux d’avoir deux codirecteurs (ndlr: Isabelle Charollais et Claude-Alain Macherel) qui tiennent la baraque.» Le mode de fonctionnement de Rémy Pagani est aussi critiqué en interne. Au point que les départs se sont multipliés durant cette année, au Service de l’aménagement urbain.

Reste que même ses adversaires politiques saluent sa ferveur militante. Celle-là même qui lui a valu un bronzage estival, à force de récolter des signatures le dimanche aux Bains des Pâquis pour faire aboutir les quatre référendums sur les coupes budgétaires en question. Militant dès l’âge de 16 ans, Rémy Pagani s’illustre dans les années 1980 dans la défense des Grottes. «A cette époque déjà, il s’engageait au service des conditions de vie et de logements des habitants de la Ville de Genève. C’est quelqu’un qui se bat depuis longtemps», confirme son acolyte de toujours, Pierre Vanek. Signalant son «lourd passé référendaire», le député d’Ensemble à Gauche souligne: «C’est cet ancrage initial qui lui a donné la légitimité d’être au Grand Conseil et au Conseil administratif.»

Assistant social de profession, ce Tessinois d’origine fut secrétaire syndical au SIT de 1987 à 1997 puis secrétaire permanent du Syndicat des services publics (SSP), les dix années suivantes. Il n’hésite pas à porter les valeurs auxquelles il croit par-delà les frontières, comme il l’a fait en août en Colombie, où il effectuait une mission de suivi du processus de paix.

Cette fougue lui a valu de jolis succès. En 2001, il révèle l’existence de caisses noires à l’Office des poursuites et faillites. Avant de se retrouver lui-même sur le banc des accusés, suite à la plainte pour calomnie de la juge Renate Pfister-Liechti. Autre révélation à l’actif de son passé de syndicaliste: les heures de jardinage effectuées gratuitement par les étudiants du centre de Lullier au profit de personnalités haut placées. On le voit alors volontiers comme un rouleau compresseur. Rien ne semble lui résister.

A ses yeux, la fin justifie les moyens, au risque de frôler la ligne rouge. On dit de lui qu’il est «borderline» ou qu’il «frise le code». Au point de recevoir un avertissement du Conseil d’Etat en décembre 2014. Deux ans auparavant, Rémy Pagani avait fait irruption dans une séance du conseil d’administration des Transports publics genevois, bravant l’interdiction qui lui avait été faite quelques jours plus tôt.

Troisième mandat au Conseil administratif

Aussi, lorsqu’en 2007, il brigue un siège au Conseil administratif sous la bannière A Gauche toute!, certains se demandent comment l’agitateur public sera capable d’intégrer un collège. Dès son premier mandat, Rémy Pagani se montre en réalité plutôt habile dans l’art de la conciliation. Estimant qu’il est un «bon magistrat, d’ailleurs réélu à deux reprises» (2011 et 2015), Pierre Vanek indique: «Durant les dix ans comme secrétaire syndical, il a appris à allier la vivacité de son engagement avec un don certain pour la négociation.» Sans aller jusqu’à la compromission. Un talent que lui reconnaît son ancien adversaire PLR au Grand Conseil, Renaud Gautier: «Quand il a une idée en tête, il la pousse, parfois envers et contre tous. C’est peut-être son point commun avec Eric Stauffer: tant qu’on ne les arrête pas, ils avancent!» Une attitude qui irrite ses adversaires politiques et qui suscite des prises de becs au sein de son parti, des conflits avec le Canton mais aussi des ruptures de collégialité. La plus mémorable porte sur le dossier de l’extension de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et se déroule en deux temps. En 2008 et 2010.

Enfin, concernant l’affaire de la brochure, les analyses divergent. «J’ai l’intime conviction qu’il savait très bien ce qu’il faisait, commente Renaud Gautier. C’est un homme qui aime jouer au poker. Il essaye, il tente le coup. Ça passe ou ça casse.» Alain de Kalbermatten, estime, lui, que «c’est la législature de trop. Depuis qu’il n’a pas été choisi par son camp pour la course au Conseil d’Etat, Rémy Pagani est en roue libre». Une expression que l’on retrouve dans la bouche de l’ancien conseiller municipal Vert Alexandre Wisard. «C’est un aboutissement. Après deux mandats à lancer et concrétiser des projets, il a commencé à faire tout et n’importe quoi durant le troisième. Il jette le discrédit sur le Conseil administratif et la Ville de Genève.» Et Renaud Gautier de conclure: «Il écrivait de très bons romans policiers. Dommage qu’il n’ait pas continué.»

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