Comment réformer la caisse des fonctionnaires? Deux visions s’opposent

Finances Le projet du Conseil d’Etat sur la réforme des pensions publiques dévoilé mercredi divise.

Alexandre de Senarclens, député PLR et président du parti, et Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche.

Alexandre de Senarclens, député PLR et président du parti, et Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche.

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Mercredi, le Conseil d’Etat présentait la réforme de la Caisse de prévoyance du canton de Genève (CPEG). Cette institution qui assure 69 000 personnes est sous pression. Sous-capitalisée et de plus frappée par les aléas des marchés, offrant des prestations généreuses, elle doit être redressée. Le gouvernement propose de lui reconnaître une dette de 4 milliards et de lui payer des intérêts sur cette somme. Environ 700 millions supplémentaires seraient versés en argent et en terrains.

En échange, la répartition des cotisations entre employeurs et employés est bouleversée, le niveau des retraites légèrement baissé. La caisse passe en primauté de cotisations (les rentes sont liées au capital cotisé disponible). Le PLR et le PDC sont pour. Alexandre de Senarclens, député PLR et président du parti, explique pourquoi. En face, la gauche et le MCG ont déposé un projet de loi alternatif prévoyant une recapitalisation de la caisse d’environ 800 millions. Elle ne touche pas au principe de primauté de prestations (la rente représente un pourcentage du dernier salaire) et à peine aux cotisations.

Par ailleurs, une initiative a été lancée par l’Asloca pour nantir la CPEG des terrains du projet PAV à la Praille. Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche, soutient cette vision. A ces positions s’ajoute celle de l’UDC qui semble s’opposer à toutes les solutions évoquées jusqu’ici. Alors que les débats en commission vont débuter et que les élections approchent, plusieurs fronts sont donc en train d’émerger.


«Le gouvernement prend ses responsabilités»

– Alexandre de Senarclens, le Conseil d’Etat propose de présenter son projet destiné à sauver la CPEG. Qu’en pensez-vous?

– C’est un projet à analyser, notamment en ce qui concerne son impact sur la dette de l’Etat et les différents freins à l’endettement. Mais les lignes fournies sont sérieuses. Il prévoit un passage en primauté de cotisations (la rente dépend du capital cotisé), source d’autonomie pour la CPEG, et une répartition des efforts. Mais surtout, on va vers la fin de la garantie de l’Etat à la caisse. Pas de doute, le gouvernement prend ses responsabilités.

– Selon vous, l’équilibre des sacrifices est respecté?

– A première vue, cela semble être le cas. C’est la deuxième fois que les contribuables doivent intervenir pour sauver la caisse des fonctionnaires alors que ceux-ci sont en moyenne mieux payés et bénéficient de prestations de retraite plus favorables. Les contribuables paieront 4,7 milliards. C’est un sacrifice nécessaire pour maintenir l’attractivité de l’Etat pour ses employés, mais il est donc normal que ceux-ci soient mis à contribution et donc rien de choquant à ce qu’ils cotisent davantage.

– Et pourtant, il ne devrait pas y avoir de majorité au Grand Conseil, à voir les réactions des partis…

– Il faut relever le débat un peu surréaliste que nous vivons, où la droite se bat pour pérenniser les retraites de l’Etat à grands frais, alors que la gauche et le MCG sont aventuristes. Chacun va prendre ses responsabilités. En cas d’échec, le comité de la caisse décidera des baisses des rentes très fortes. La gauche devra assumer.

– La gauche et le MCG défendent une recapitalisation «light» à 800 millions. Votre avis?

– J’en pense beaucoup de mal. On met de l’argent dans une baignoire percée sans s’attaquer aux causes structurelles des problèmes. Le PLR s’y opposera énergiquement et n’hésitera pas à lancer un référendum. Je ne suis pas plus favorable à l’initiative de l’Asloca, qui veut contraindre la CPEG à faire du logement social alors que ce n’est pas son rôle et que les terrains du PAV sont encore loin d’être valorisés. C’est un joli coup politique sur le dos des fonctionnaires.

– Pourquoi ne pas laisser la caisse se débrouiller toute seule?

– Le PLR ne pratique pas la politique de la terre brûlée. Mais il est évident que si les propositions du Conseil d’Etat ne passent pas, la fonction publique risque de trinquer, victime des basses manœuvres politiciennes de ses défenseurs autoproclamés.

– Contester le projet du Conseil d’Etat, c’est prendre un risque inacceptable pour les fonctionnaires selon vous?

– C’est certain. La gauche et le Cartel iraient ainsi à l’encontre de l’intérêt des fonctionnaires en s’opposant à ce projet. Il faut le réaliser et accepter les sacrifices nécessaires sans dissimuler la gravité de la situation. Cette réforme est faisable. Le Canton de Berne l’a faite en 2014.


«L’alternative, c’est d’abord ne pas paniquer»

– Jean Batou, le Conseil d’Etat a présenté son projet destiné à sauver la CPEG. Qu’en pensez-vous?

– C’est une attaque sans précédent contre les retraites de la Fonction publique. Elle combine une nouvelle diminution des prestations, un recul de la solidarité entre assurés et une totale insécurité pour l’avenir via un passage en primauté de cotisations qui ne fixe plus d’objectif de rente. Il faut le rejeter sans hésiter comme le recommande le Cartel intersyndical.

– Vous avez une alternative?

– L’alternative, c’est d’abord de ne pas céder à la panique. La situation financière de la caisse n’est pas si catastrophique et elle s’améliore. Le compromis de 2013 élaboré par David Hiler peut être amendé sans nécessiter une recapitalisation aussi rapide et massive.

– La gauche et le MCG défendent une recapitalisation à 800 millions. Cela suffirait ou s’agit-il d’un emplâtre sur une jambe de bois?

– 800 millions, c’est en gros la somme que le Conseil d’Etat veut transférer à la CPEG en cash et en immeubles. C’est notre seul point d’accord avec lui. Les 4 milliards restants ne sont pas nécessaires à horizon prévisible. Au-delà, une initiative lancée par le Cartel et l’Asloca vise à maintenir les prestations et à doter la CPEG de moyens supplémentaires, mais qui serviront à construire des logements utiles aux Genevois.

– Avec le projet de la gauche, quels sont les sacrifices demandés aux fonctionnaires?

– La fusion de la CIA et de la CEH en 2014 a provoqué une baisse de 12% des prestations. En 2018, 5% s’ajoutent avec la hausse de l’âge pivot. Notre projet prévoit un nouvel effort via une hausse des cotisations des employés. L’un dans l’autre, on devrait donc tourner autour de 20%. C’est beaucoup, mais moins que les efforts exigés par le projet du Conseil d’Etat, qui diminue la part patronale des cotisations de quatre points et augmente celle des employés d’un point. Dans la durée, l’Etat patron est gagnant. Or, le paradoxe, c’est qu’à court terme, le système va coûter 73 millions de plus par an, avant de devenir rentable pour l’employeur dans environ quinze ans. Or c’est maintenant que le Canton affronte des difficultés financières importantes. Sur ce dossier, comme sur la réforme de l’imposition des entreprises, le Conseil d’Etat va dans le mur.

– Selon le Conseil d’Etat, il faut des décisions avant le 30 juin sinon des mesures d’assainissement dures entreront en vigueur. Il n’y a plus d’alternative…

– Mais si. Notre projet peut passer au Grand Conseil à la différence de celui du Conseil d’Etat qui n’a pas de majorité. Et même sans notre projet, au vu des rendements réalisés en 2017, le comité de la CPEG pourrait revoir ses décisions dans un sens plus favorable aux employés. En revanche, l’adoption du projet Longchamp serait beaucoup plus catastrophique. (TDG)

Créé: 05.10.2017, 18h45

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