Comment réduire la dette? Serge Dal Busco se dévoile

Finances publiquesLe ministre des Finances demande au parlement de ne pas «griller» l’excédent aux comptes 2014.

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Le Canton de Genève comptait sur une croissance forte en 2015 pour tenir la quadrature du cercle: dégager assez d’excédents pour financer ses investissements et stabiliser sa dette. La fin du taux plancher de la BNS va-t-elle mettre un terme à ces espoirs? Interview du ministre des Finances, Serge Dal Busco.

Serge Dal Busco, quel peut être l’impact du renchérissement massif du franc suisse sur l’économie genevoise?
Il faudra voir à quel niveau se stabilisera le franc. Mais la prospérité de l’économie genevoise est fortement liée à ses exportations. De plus, jusqu’ici, des trois piliers de notre économie cantonale – l’évolution de la fiscalité des personnes morales, l’accès à la main- d’œuvre étrangère et le niveau du franc – seul le dernier offrait une perspective stable. Cela a changé, ce qui peut avoir un effet sur la croissance genevoise, les rentrées fiscales et le chômage.

Aujourd’hui, à combien se monte notre dette?
Actuellement, elle se situe légèrement au-delà de 13 milliards. En hausse par rapport à l’an passé.

La dette cantonale atteindra bientôt le premier palier du frein à l’endettement (13,3 milliards), durcissant les conditions de vote de nouveaux investissements. Un constat d’échec?
Sous réserve de la croissance économique, nous espérons toujours ne pas atteindre ce niveau. Mais on verra après les comptes 2014, qui seront dévoilés le 31 mars, ainsi que le résultat du prochain sondage sur les perspectives des entreprises, en mai, et l’actualisation des prévisions de croissance.

Vous maintenez votre objectif de réduction de la dette?
C’est notre priorité. Cela passe d’abord par sa maîtrise. Pour cela, il faut générer des excédents. Le parlement devra nous laisser en disposer pour autofinancer nos investissements et réduire la dette. Il faut à cet égard une discipline partagée avec le Grand Conseil et ne pas refaire ce qui a été fait l’an passé: utiliser les excédents pour financer les annuités. Nous ne pouvons pas, comme d’autres cantons, constituer des réserves en douce qui atténueraient artificiellement nos résultats. Nos règles comptables sont extrêmement strictes.

On sent un regret. Alors que Genève creuse sa dette en respectant les règles, Vaud rembourse la sienne. On est moins malin que les Vaudois?
La comparaison avec Vaud est intéressante. Par exemple, si l’on additionne les dettes communales et cantonales, l’écart entre nos cantons est nettement moins important. Il faut dire qu’au début des années 2000, Vaud a transféré aux communes des tâches et des coûts sociaux en hausse constante. Pas Genève, à qui la crise de la Banque cantonale a aussi coûté beaucoup plus cher et où les investissements cantonaux de ces dernières années sont pratiquement deux fois plus élevés que ceux du Canton de Vaud. Si on le compare à son voisin, Genève n’est pas un si mauvais élève: entre 2004 et 2015, les charges vaudoises ont augmenté presque deux fois plus que les nôtres. Cela ne se voit pas, car durant la même période ses recettes ont augmenté de moitié alors qu’à Genève, elles n’ont progressé «que» de 30%. Reste qu’avec une augmentation de nos ressources de près d’un tiers en une seule décennie, nous devrions être en meilleure posture que nous ne le sommes actuellement.

Est-il possible de réduire la dette sans casser les prestations publiques, les investissements ou les conditions de travail des fonctionnaires?
Vous voulez dire: peut-on faire des omelettes sans casser des œufs? Bien sûr que non. Il faut créer des excédents et ne pas les utiliser autrement que pour contenir la dette. Nous allons aussi revoir la planification de nos investissements pour les étaler éventuellement, même si certaines de nos infrastructures sont vieillissantes.

La majorité du parlement serait prête à faire passer à la caisse les fonctionnaires en limitant les mécanismes salariaux ou en bloquant les engagements. Vous êtes d’accord?
Si la conjoncture s’essouffle durablement, il faudra bien travailler sur nos charges. Et le personnel représente deux tiers de nos dépenses. Plusieurs actions sont possibles: réduire le coût des postes de travail ou diminuer le nombre de fonctionnaires. C’est possible en utilisant les départs naturels. Une autre piste est de remettre en cause certaines prestations qui ne sont pas obligatoires ou indispensables, car on ne peut pas demander à l’administration de continuer à tout faire bien avec moins de moyens... Sur tous ces points, il faut définir la constante et les variables. Je suis partisan de fixer une cible d’économies à atteindre et de discuter avec le parlement et les partenaires sociaux quels leviers actionner.

Augmenter les impôts, baissés en 2010, ne constituerait pas aussi une solution?
Cette baisse justifiée a profité à la classe moyenne. On ne revient pas là-dessus. Quant aux hauts revenus, ils paient déjà une proportion d’impôts très importante et supportent la charge la plus élevée de Suisse.

La baisse à 13% de l’impôt sur les entreprises, c’est une constante ou une variable?
C’est un impératif! Il faudra adapter cette imposition, sans doute en 2019, pour éviter de perdre des dizaines de milliers d’emplois. Malheureusement, nous ne pouvons pas faire comme Vaud, où un accord global a été passé avec la gauche, qui a obtenu des compensations. Avec la baisse d’impôts de 2010 et la hausse massive de nos allocations familiales en 2012, de très grands efforts pour la population ont déjà été accomplis à Genève. Mais je peux vous annoncer aujourd’hui que les milieux économiques sont disposés à faire un effort supplémentaire du côté des entreprises, en matière de formation, d’innovation et de petite enfance, à condition qu’un accord politique large puisse être trouvé sur le projet de réforme fiscale du Conseil d’Etat.

(TDG)

Créé: 19.01.2015, 18h53

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Sondage

Comment réduire la dette genevoise?

Réduire les dépenses

 
63.3%

Augmenter les impôts

 
6.4%

Un peu des deux

 
16.5%

La dette n'est pas un problème

 
10.3%

Je ne sais pas

 
3.6%

1548 votes au total


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Pourquoi Vaud fait mieux que Genève

«Vaud a bénéficié d’une forte croissance économique. Certains ont même évoqué un miracle économique vaudois», détaille Christophe Doré, analyste crédit chez Standard & Poor’s sur le Canton de Vaud. «Le poids du secteur financier étant moins important que le poids de ce secteur au sein de l’économie genevoise, l’impact de la crise financière de 2008 y a donc été moindre», poursuit l’analyste.

«Genève a aussi bénéficié d’une croissance économique plus élevée que celle de la Suisse, analyse de son côté Laurent Niederberger, expert chargé de suivre le Canton de Genève. Mais la facture sociale et les dépenses de santé sont essentiellement à la charge de l’Etat. Et les bonis liés aux comptes de fonctionnement sont moins élevés.»
Christophe Doré ajoute que, grâce à des recettes fiscales dynamiques générant des bonis de son compte de fonctionnement, Vaud a aussi pu autofinancer ses investissements, réduire son endettement et réaliser les premiers versements de recapitalisation de sa caisse de pension depuis 2013. Et, poursuit l’expert, «Vaud a défini une stratégie de désendettement claire, en maîtrisant notamment ses dépenses de fonctionnement et ses investissements. Certaines dépenses dynamiques, telles les dépenses sociales, sont aussi partiellement assumées par les communes, ce qui est moins le cas à Genève. Les communes vaudoises ont aussi des dépenses d’investissement importantes.»

Le contexte politique est aussi différent, avance Laurent Niederberger: «Dans sa volonté de diminuer la dette, l’Exécutif genevois doit tenir compte de trois blocs politiques de force à peu près équivalente, et rechercher des compromis; cela a été le cas pour l’adoption du budget 2015. Enfin, Genève doit participer à la péréquation (contributeur net) intercantonale.» Que faut-il pour que Genève monte en grade et passe de AA- à AA, la troisième meilleure note? Laurent Niederberger: «Que le Canton améliore de manière structurelle ses performances budgétaires, de façon à renforcer sa situation de liquidités.»
R.R.

Serge Dal Busco, conseiller d'Etat en charge des finances. (Image: Lucien Fortunati)

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