Recours suisse contre le projet d’usine d’eau minérale à Divonne

France voisineDix communes genevoises et vaudoises s’allient pour contrecarrer le projet d’usine d’embouteillage de la cité thermale.

Les promoteurs du projet, Jean-Niklas Palm-Jensen et Patrick Sabaté, entourent l’ancien maire de Divonne, Etienne Blanc, qui avait relancé l’idée de créer une usine d’embouteillage d’eau minérale (photo d’archive).

Les promoteurs du projet, Jean-Niklas Palm-Jensen et Patrick Sabaté, entourent l’ancien maire de Divonne, Etienne Blanc, qui avait relancé l’idée de créer une usine d’embouteillage d’eau minérale (photo d’archive). Image: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Divonne-les-Bains est en pleine ébullition ces jours-ci. Le projet d’usine d’eau minérale de la cité thermale de France voisine a déclenché une véritable levée de boucliers des deux côtés de la frontière, à cause de son potentiel impact environnemental.

Vendredi soir, une séance d’information publique en présence du maire de Divonne et d’un des promoteurs du projet a fait salle comble. Les opposants français et suisses à la future usine étaient venus en nombre pour faire entendre leur voix. Selon certains participants, l’ambiance était «houleuse», voire «insurrectionnelle». Dans la foulée, samedi matin, le collectif «Stop embouteillage» a donné une conférence de presse à laquelle ont participé deux habitants de Vittel, venus raconter comment la commercialisation de l’eau minérale est en train d’assécher leur région.

Du côté suisse, la résistance prend de l’ampleur. Une motion a été déposée il y a dix jours au Grand Conseil genevois par la députée suppléante PDC Christina Meissner. Elle demande que le Canton exige d’être impliqué dans les discussions et dans une étude d’impact ou, le cas échéant, s’oppose au projet. Mais surtout, dix communes vaudoises et genevoises ont déposé un recours. La démarche est partie de Terre-Sainte, sur la Côte, puis Versoix et Céligny ont rejoint le mouvement. Un avocat parisien a été mandaté pour défendre leur cause. De son côté, un collectif de Ferney-Voltaire a aussi déposé un recours.

Ces communes suisses craignent que le pompage de l’eau dans le sous-sol par l’usine d’embouteillage, prévue à deux pas de la frontière, ne vienne tarir les ressources hydriques de la région et les cours d’eau transfrontaliers tels que la Versoix (qui prend sa source en France, où elle s’appelle la Divonne) et ses affluents. Les recourants redoutent aussi le trafic des camions qui transiteront par la Suisse et l’autoroute Lausanne-Genève pour le transport des bouteilles.

«Les cours d’eau genevois souffrent chaque été de la sécheresse et le Pays de Gex doit lui-même importer entre 15 et 20% de son eau potable de la Côte, souligne le conseiller administratif de Versoix, Cédric Lambert. Dans ce contexte, vouloir pomper de l’eau en sous-sol pour la vendre en bouteille est absurde.»

La maire de Céligny, Marie-Béatrice Meriboute, s’inquiète particulièrement pour le Brassu, un ruisseau dérivé de la Versoix, qui sert à abreuver le bétail et alimente les fontaines du village ainsi que son service du feu. «De gros travaux vont être entrepris par le Canton pour améliorer son débit, mais cela ne servira à rien si l’activité de l’usine d’embouteillage assèche le cours d’eau à la source. Nous ne voulons pas tout bloquer, assure-t-elle, mais avant tout être mieux informés sur ce projet et son éventuel impact environnemental.»

Jusque-là, tout a en effet été mené dans une certaine opacité. Même l’État de Genève a été tenu à l’écart, alors qu'il collabore de longue date avec la France voisine sur les questions de gestion transfrontalière de l’eau. «Quand nous avons entendu parler du projet de Divonne pour la première fois, c’était au stade de la demande de permis de construire, s’étonne Gilles Mulhauser, directeur de l’Office cantonal de l’eau. Vu la qualité historique de nos relations, il nous paraîtrait pourtant normal de s’informer mutuellement quand ce genre de projet est lancé. C’est ce que nous avons toujours fait dans le cadre des corridors biologiques et des contrats de rivière.»

Élu maire de Divonne il y a trois mois, Vincent Scattolin a hérité ce dossier de son prédécesseur Etienne Blanc, le père du projet d’usine d’eau minérale. Il reconnaît que la Municipalité avait peu communiqué jusque-là. «Pour des questions de secret des affaires, la société à qui nous avons confié la réalisation du projet ne voulait pas en dire trop, explique-t-il. Mais mes méthodes de travail sont un peu différentes.» Vincent Scattolin promet davantage de transparence. Une rencontre est prévue cette semaine avec l’État de Genève et d’autres discussions avec des maires de communes opposées au projet ont eu lieu ou sont à l’agenda.

(TDG)

Créé: 27.05.2019, 07h06

Un exercice de transparence mitigé

La séance d’information publique qui s’est tenue vendredi soir à Divonne devait donner des gages de la nouvelle politique de transparence voulue par l’actuel maire, Vincent Scattolin. Mais visiblement, c’est raté. Ceux qui étaient venus en espérant glaner de nouvelles informations en ont été pour leurs frais. «Je crois qu’on nous cache quelque chose, confie Christina Meissner. On nous dit que l’usine sera quasi souterraine, qu’elle ne dépensera aucune énergie, et que même les bouteilles plastiques expédiées en Asie seront récupérées. Mais comment? Aucun plan, aucune image, rien n’a été dévoilé. Tout est top secret.»

La méfiance reste donc de mise. À ceux qui s’inquiètent d’un éventuel assèchement des ressources hydriques transfrontalières, la mairie de Divonne répète que l’eau de l’usine d’embouteillage sera pompée dans une nappe sans lien avec celle alimentant la Versoix. Mais les opposants demandent à voir. «Nous aimerions connaître les résultats de l’étude d’impact, s’il y en a une, lâche le conseiller administratif de Versoix, Cédric Lambert. On ne peut pas nous demander de croire cela sur parole.» Vincent Scattolin affirme que cette étude a déjà été faite, mais il précise que le permis de construire délivré en mars ne deviendra exécutoire que d’ici cinq à huit mois, quand d’autres démarches administratives auront été effectuées et que les recours auront été traités.
AN.G

Articles en relation

L’eau minérale de Divonne asséchera-t-elle ses voisins?

Le Matin Dimanche La cité thermale française veut lancer sa propre marque d’eau. Mais certains craignent que le pompage d’eau dans le sous-sol ne tarisse les sources alimentant le Pays de Gex et la Versoix. Sans parler du va-et-vient des camions sur La Côte. Plus...

Divonne se jette à l’eau: la première bouteille est prévue pour la fin de 2017

Connue pour ses thermes, la commune située dans le Pays de Gex lance sa marque d’eau minérale Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Manifs partout en Suisse
Plus...