La rébellion couve dans les villas du sud du canton

Nouvelle route cantonaleUne association de riverains milite pour l’abandon du projet routier entre Pierre-Grand et Lancy-Sud.

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On en parle depuis des décennies, mais sa réalisation n’a jamais semblé si proche. Le projet de liaisons routières de Genève-Sud figure désormais à l’ordre du jour du Grand Conseil. Ce crédit de 123 millions de francs, pour une réalisation prévue en 2025, a obtenu une majorité confortable en commission spécialisée, malgré une gauche hostile et un MCG divisé.

Composée de deux axes routiers (L1 et L2) entre Pierre-Grand et la jonction autoroutière de Lancy-Sud qui serait complétée, l’infrastructure est attendue comme le Messie par certaines des communes concernées (lire ci-dessous). Mais d’autres habitants comptent bien s’y opposer. C’est le cas de l’Association de sauvegarde du site de la Chapelle, qui regroupe quelque 150 voisins lancéens ou plan-les-ouatiens.

Indiquant avoir subi des démissions à la suite de son opposition au projet, mais avoir surtout enregistré des dizaines d’adhésions, l’association dément le soupçon d’une action orientée sur le seul intérêt de ses sociétaires. Voisin du tracé et actif dans la communication contre le projet routier, Antoine Marcé argue: «Très peu de nos membres vivent à proximité immédiate du projet. Certains auraient même un intérêt égoïste à le voir réalisé car cela délesterait leur rue du trafic. Mais ils sont conscients des dégâts!»

Coin verdoyant

Survolé par des nuées de milans, le site enchanteur du nant de la Bistoquette, tout proche, serait balafré par la route, bien qu’elle soit conçue comme semi-enterrée. Ce paysage bucolique catalyse l’opposition au projet, constate l’association. Protégé comme lieu de vie des batraciens, ce coin verdoyant a été renaturé au tournant du millénaire — une contrepartie écologique à la construction du contournement autoroutier, sur lequel se brancherait le nouvel axe. «S’il faut désormais compenser les compensations écologiques d’un projet routier qui sont perdues à cause d’un autre projet routier, cela va devenir compliqué», persifle Fabio Heer, président de l’association.

Laquelle n’en est pas à sa première bataille face aux projets étatiques: ayant critiqué le projet de nouveau quartier à la Chapelle, le groupement vient tout juste de mettre fin à une contestation des mesures antibruit prévues dans le tunnel de Pinchat du CEVA. Des opposants chroniques? «On se manifeste fermement, mais toujours dans l’idée de trouver des solutions, tempère Fabio Heer. Dans le cas du CEVA, nous n’avions pas une opposition de principe, mais nous avons réagi face aux nuisances.»

Face au projet routier, dont les autorités attendent qu’il canalise un trafic pendulaire excessif dans les chemins résidentiels du sud du canton, la position de l’association est plus radicale. «Nous partageons le constat d’une surcharge de trafic, mais nous pensons que la solution proposée aggravera le problème, avance Fabio Heer. Cette route constituera une nouvelle pénétrante vers le centre-ville et générera son propre trafic qui s’ajoutera à celui qu’on déplore déjà. Tous les axes susceptibles de recevoir cette circulation sont déjà saturés. Il faut avoir le courage d’abandonner ce projet qui traîne depuis des décennies, preuve de sa médiocrité.»

Référendum ?

L’association pointe le coût élevé du projet, dont les mesures d’accompagnement pourraient être mises en œuvre sans autre: on évoque un essor des transports publics, des aménagements cyclables. «Quand Troinex demande une meilleure desserte en bus, il lui est répondu que cela ne serait rentable qu’aux heures de pointe, mais le même argument peut être utilisé contre le projet routier», note Antoine Marcé.

Ces riverains ne sont pas seuls. Leur combat rejoint celui d’associations environnementales prêtes à soutenir un référendum. Ils ont d’ailleurs eu l’impression d’être catalogués comme subversifs lors de leur audition en commission parlementaire. «On nous a dit que nous militions pour un changement de société, narre Antoine Marcé. Mais nous sommes des propriétaires de villas: on a vu plus révolutionnaire!» Une catégorie qui affirme tout de même changer: «Cette population rajeunit et évolue face à la voiture, appuie Fabio Heer. Il serait pour moi impensable de prôner d’éviter d’aller en ville en voiture sans appliquer ce précepte moi-même.»

Créé: 25.06.2018, 17h25

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