Réactions vives et contrastées à la démission du vice-recteur Oris

Université de GenèvePlusieurs collaborateurs critiquent le fonctionnement de l’UNIGE, dans un sens comme dans l’autre.

Une quinzaine de personnes défendent fermement Michel Oris et critiquent la méthode et les résultats de l’enquête. D’autres s’étonnent que le recteur l’ait choisi, malgré son passé compliqué. Lui-même dit son écœurement.

Une quinzaine de personnes défendent fermement Michel Oris et critiquent la méthode et les résultats de l’enquête. D’autres s’étonnent que le recteur l’ait choisi, malgré son passé compliqué. Lui-même dit son écœurement. Image: Steeve Iunker Gomez

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Mis sous pression, depuis plus d’une année, par des accusations de sexisme visant son équipe, le recteur de l’Université de Genève (UNIGE) a commandé une enquête indépendante en janvier. Elle s’est soldée, lundi, par la démission du vice-recteur qui était mis en cause et qui a été innoncenté en grande partie: le professeur Michel Oris. Lundi, le recteur Yves Flückiger disait son «soulagement» et assurait qu’il continuerait à lutter contre le harcèlement au sein de l’institution. Fin de l’histoire? Non. Une vingtaine de collaborateurs de l’UNIGE – actuels et anciens, issus des milieux académique et administratif – ont saisi séparément la Tribune de Genève pour confier leur malaise.

Les uns défendent vigoureusement Michel Oris, mettent en cause la méthode de l’enquête et l’utilisation qui en a été faite. Les autres rappellent le passé du professeur, s’étonnent qu’il ait pu être choisi comme vice-recteur tout en critiquant également l’enquête (lire ci-dessous). Au-delà des divergences, un point commun: tous font part d’une insatisfaction quant au fonctionnement de l’UNIGE.

Au nom de quinze personnes ayant participé à l’enquête, Sylvie Burgnard et Aude Martenot, deux anciennes doctorantes de Michel Oris, décrivent leur «indignation» sur trois points. La première traaille toujours à l’Université, sans lien avec le vice-recteur, la seconde a quitté l’alma mater. Premièrement, elles relèvent que Michel Oris a été la cible d’une enquête menée explicitement à charge. Malgré le fait que l’on ait cherché des preuves contre lui, il a été «totalement disculpé». Au lieu d’accepter sa démission, le recteur aurait donc dû «le restaurer pleinement dans ses fonctions».

Alors que le rapport retient que le vice-recteur se montre parfois paternaliste mais exclut du «sexisme délibéré», les deux jeunes femmes défendent fermement Michel Oris. «Ma thèse portait sur la sexualité, dit Sylvie Burgnard. Je n’ai pas un caractère facile. Je me considère comme féministe. Je n’aurais pas supporté qu’il dépasse certaines limites. Mais il n’y a jamais eu de problème. Il était disponible pour orienter ma thèse, ce qui est rare à l’Uni. Je ne l’ai jamais vu paternaliste mais quand bien même le paternalisme n’est pas puni par la loi! L’Université regorge de comportements paternalistes, dédaigneux et méprisants…»

Deuxièmement, les signataires s’inquiètent des conséquences de cette affaire sur le bon fonctionnement de l’institution. «Même au nom de la tolérance zéro, la gestion des conflits ne saurait s’affranchir des règles de l’Etat de droit, qui incluent la présomption d’innocence et le droit à une procédure équitable.»

L’avocat de Michel Oris, Me Alec Reymond «n’a jamais rien vu de tel. Cette procédure ne sert à rien. Elle est contraire à tout principe démocratique qui veut que chacun puisse se défendre, que les accusateurs s’expriment à visage découvert et que le débat soit contradictoire. On peut aussi s’interroger sur le droit qu’avait le recteur de rendre ce rapport public.»

Troisièmement, les quinze personnes qui soutiennent Michel Oris soulignent l’inefficacité des mesures visant à régler le sexisme et le harcèlement. Pour Aude Martenot, «les véritables victimes ne sont pas entendues. Et les vrais coupables restent en place.»

Dans un autre contexte, deux autres personnes nous ont également contactées, séparément. L’une, Noura El Rassi, est une ancienne étudiante de Michel Oris: «Je l’ai côtoyé de 2005 à 2013. C’est une personne extrêmement respectueuse, professionnelle, avec beaucoup de tact. Il n’a jamais dépassé aucune limite, ni dans le langage ni dans le comportement. Je suis choquée et très déçue de ces accusations.»

L’autre est une jeune femme dont la situation a été décrite par les enquêteurs comme un cas de «grande souffrance au travail». Défendue par Laila Batou, elle a été «estomaquée de voir le recteur se féliciter de prendre la question du harcèlement au sérieux. En dépression, se sentant harcelée par sa directrice de thèse, cette doctorante a fait appel à la commission de gestion de conflits et aux ressources humaines de l’UNIGE. Sans suite. Le seul qui lui a prêté une oreille attentive était Michel Oris.»


M. Oris dénonce «rumeurs et calomnie»

Comment vous sentez-vous?

Pas bien. Très marqué, très triste. Dégoûté aussi.

Etes-vous surpris?

Oui, je pensais que l’enquête serait normale. Les personnes auditionnées ont été appelées à une sorte de délation anonyme. Le rapport m’a fait tomber de ma chaise. C’est la première fois depuis Michel Servet en 1553 que l’on mène une démarche inquisitoire à Genève. En démocratie, on mène des enquêtes contradictoires!

Pourquoi démissionnez-vous?

Le rapport m’innocente du sexisme. Il évoque des inadéquations relationnelles par maladresse. A part Mandela ou Mère Teresa, qui n’en commet pas? Je récuse les écarts de langage. Je fais très attention depuis qu’on me l’a reproché dans le passé. Du paternalisme? J’ai aidé des femmes à accéder à des postes académiques, épaulé des doctorantes en détresse. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… La confiance avec le recteur étant rompue, j’ai repris ma liberté, seule option digne qui restait.

Aurait-il pu vous retenir?

J’aurais apprécié. Je suis choqué que personne ne dise que j’ai été victime de calomnie, seul fait que ce rapport établit clairement. Pour le reste, il rapporte des rumeurs et constitue une atteinte à ma personnalité.

En 2004, une enquête pointait déjà des difficultés relationnelles et des écarts de langage…

Après 14 ans, la tache aurait dû être effacée. Mais ici tout le monde viole cette règle. Cela a fait de moi le maillon faible.

Le recteur connaissait-il cette affaire quand il vous a choisi?

C’est la première chose que je lui ai dite. Il a fait remonter mon dossier, l’a vérifié sérieusement.

Comment analysez-vous cette affaire?

Il y a un mélange d’éléments: de bonnes intentions, un contexte médiatique chargé, des considérations politiques et des luttes de territoire. Mais sert-on la promotion féminine et la lutte contre le harcèlement? Je n’en suis pas sûr.

Que faudrait-il faire?

La campagne anti-harcèlement et le groupe de confiance sont utiles. Il faudrait des réformes ambitieuses. Des procédures allégées, moins traumatisantes car les gens doivent souvent retravailler ensemble. Un accompagnement de sortie de crise serait important. Mais il est illusoire d’imaginer une université égalitaire dans une société qui ne l’est pas. Par contre, cela ne nous dispense pas de toujours nous améliorer. S.D. (TDG)

Créé: 13.04.2018, 20h21

«Pourquoi le recteur l’a-t-il nommé?»

L’enquête de 2018 fait resurgir celle de 2004. À l’époque, des assistantes du professeur Oris s’étaient plaintes de son comportement. L’enquête, qui ne retenait in fine «aucun acte de harcèlement ou de discrimination», constatait «des difficultés relationnelles certaines», la création d’un environnement de travail jugé «étouffant» par certains et un excès de familiarité. Le professeur paraissait en outre sujet à des dérapages verbaux.

Quatorze ans après, ces anciennes assistantes persistent et signent.
Elles réitèrent leurs propos et soutiennent que Michel Oris dérapait souvent et avait un comportement problématique. Elles ne comprennent pas que le recteur ait pu le nommer au poste de vice-recteur en connaissance de cause. Sollicité, Yves Flückiger répond qu’il a formé son équipe onze ans après cette enquête. Celle-ci avait «débouché sur un renouvellement conditionnel au terme duquel il avait été renouvelé comme professeur ordinaire à l’unanimité moins une abstention. Avant de le nommer, j’ai voulu rencontrer ses doctorantes et doctorants en mai 2015. Les retours ont été unanimement positifs.»

Sur la forme, Me Christophe Germann, conseil d’une ancienne assistante, relève que «dès lors que l'enquête est privée, elle ne doit pas obéir à des règles de procédures impératives». «Aucun PV (ou enregistrement) n’a été établi. Ceci présente un problème évident pour la personne interrogée comme pour la personne visée. Sans retranscription, on ne peut pas vérifier qu’il n’y a «pas de sexisme». Il y a un sérieux doute quant à la compatibilité de cette démarche avec la loi sur la protection des données personnelles. Il s’agit à mon avis d’une mise en scène peu subtile permettant à M. Oris de quitter l’UNIGE sans compte à rendre. Il en va de même du recteur et de l’institution.»
S.D

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