Le rapport qui pointe un manque flagrant de contrôle au Grand Théâtre

GenèveAbsence de justificatifs, voyages en 1ère classe: l'institution est jugée trop laxiste avec ses employés. La direction planche sur un nouveau règlement pour mieux encadrer ses frais.

La période étudiée par la société qui a fait le rapport, entre juillet 2017 et 2018, est compliquée, rappelle la direction de l'institution: l’Opéra était empêtré dans le retard des travaux, éclaté sur plusieurs site, et se trouvait aussi entre deux directions.

La période étudiée par la société qui a fait le rapport, entre juillet 2017 et 2018, est compliquée, rappelle la direction de l'institution: l’Opéra était empêtré dans le retard des travaux, éclaté sur plusieurs site, et se trouvait aussi entre deux directions. Image: Laurent Guiraud / Archives

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un rapport sur les notes de frais du Grand Théâtre épingle les pratiques de l’institution. La «Tribune de Genève» a pu lire ce document, qui dévoile un cadre jusqu’ici très peu strict: des frais remboursés pendant les vacances, des justificatifs manquants ou des trajets d’avion en première classe.

Le rapport, élaboré par une fiduciaire sur demande de la Fondation du Grand Théâtre, a étudié les frais de l’institution entre juillet 2017 et 2018. Une période compliquée, rappelle la direction: empêtré dans le retard des travaux, éclaté sur plusieurs sites, l’Opéra se trouvait entre deux directions, Aviel Cahn succédant à Tobias Richter.

Explications sur un Post-it

S’il ne relève pas de fraude, le rapport dénote un manque flagrant de contrôles dans les dépenses, surtout celles effectuées par carte de crédit. Des justificatifs manquent ou arrivent en retard. On trouve des explications sur des Post-it, des annotations «ticket perdu» ou «rendez-vous divers», des reçus de cartes fournis comme élément de preuve. Le lien entre le travail et la dépense est parfois difficilement traçable, note le rapport. Lors de repas, la liste des participants n’est pas toujours fournie.

Le rapport décrit des vols en avion, dont certains en première classe, pour un montant de près de 60 000 francs. Lorsque l’offre n’était pas au même prix qu’une catégorie business, la différence a été payée par l’employé, explique la direction. Toutefois, la pratique sera désormais bannie. «Les voyages en avion en première classe ne font pas partie de la politique de la maison, explique Aviel Cahn. Ce n’est pas l’image que l’on veut donner.»

«Parmi les autres problèmes soulevés, (...) des chambres d’hôtel à plus de 400 francs la nuit alors que le plafond est fixé à 200 francs»

Le texte pointe aussi des retraits en cash en utilisant une carte de crédit, avec des preuves fournies parfois en retard. «Cela pouvait se justifier pour régler de petites dépenses pour le ballet à l’étranger, par exemple des titres de transport ou du petit matériel», explique Carole Trousseau-Baillif, secrétaire générale du Grand Théâtre. Cette pratique va néanmoins être interdite par le nouveau règlement.» Parmi les autres problèmes soulevés, des frais forfaitaires versés en plus du remboursement de frais effectifs, lors d’un séjour à New York, ou encore des chambres d’hôtel à plus de 400 francs la nuit alors que le plafond est fixé à 200.

Pour quatre membres du personnel, des dépenses pendant les vacances posent question. On trouve notamment la location d’une voiture et des achats dans le sud de la France à deux périodes distinctes. Même si le ballet se trouve dans la région à cette période, le rapport note qu’il est parfois difficile de savoir si ces dépenses sont privées ou liées au travail. Il recommande de limiter au strict minimum les frais professionnels en période de congé.

Les montants épluchés sont importants: les dépenses par cartes de crédit oscillent entre 6000 et 150 000 francs par personne, sans compter des frais annexes et des forfaits pour les cadres en voyage. Les frais les plus importants sont ceux du directeur du ballet. Mais l’institution les justifie: «Il voyage beaucoup pour promouvoir et vendre des spectacles. Le ballet est très sollicité à l’étranger, et dans des pays parfois très lointains, explique Carole Trousseau. Il contribue fortement au rayonnement international de l’institution, ce qui fait partie de son mandat.» Dans la période étudiée, le directeur de la troupe a ainsi effectué 68 voyages professionnels, soit 209 jours de déplacement.

«Tisser des liens»

Les frais des directeurs (le sortant et le nouveau), 45 000 et 48 000 francs, sont parmi les plus hauts. Le Grand Théâtre s’explique: pour Tobias Richter, de nombreux déplacements ont été nécessaires afin de revoir la programmation, vu le retard du chantier. Il lui a fallu négocier des changements d’agenda et remplacer des productions. Pour Aviel Cahn, les frais concernent surtout ses trajets et son hébergement (un hôtel entre 250 et 300 francs la nuit) à Genève: durant la période étudiée, ce dernier était encore en fonction à l’Opéra des Flandres mais devait préparer son arrivée à Genève. «Le milieu culturel international est très compétitif. Il est important de créer des liens pour attirer les meilleurs artistes, entretenir des relations pour convaincre les coproducteurs», explique Aviel Cahn.

Pour le rapport, la méthode est à revoir. Un nouveau règlement est à l’étude, calqué sur celui de la Ville de Genève, qui avait essuyé les mêmes reproches. Un formulaire de demande de voyage se prépare également. Une procédure de double contrôle par carte de crédit va être instaurée, de même que des règles plus strictes quant aux délais pour remettre les justificatifs et leur niveau de détail.

En revanche, l’institution est catégorique: ces frais n’ont rien à voir avec le déficit structurel qu’elle connaît depuis 2017. Le Conseil municipal va voter, en décembre, une rallonge de 3,2 millions de francs, afin de parer à la suppression de la subvention du Canton décidée en 2017. À noter enfin que le rapport dévoile la rémunération accordée à la présidente du Conseil de fondation: 100 000 francs par an.

Rappelons que lors de la dernière séance du Conseil municipal de la Ville de Genève, deux projets ont été déposés en lien avec la gouvernance du Grand Théâtre. L’un, émanant du groupe socialiste, souhaitant clarifier les responsabilités au niveau des finances, notamment. Le second, rédigé par Maria Pérez, candidate au Conseil administratif et Ariane Arlotti, toutes deux conseillères municipales au Parti du travail, demandant que la Cour des comptes soit sollicitée pour faire la lumière «sur les dysfonctionnements touchant la gestion du Grand Théâtre.»


Près d’un million d’entrées gratuites

De nombreuses places ont été offertes par le Grand Théâtre durant la période étudiée. Certaines invitations sont dues par les contrats passés avec les artistes, d’autres reviennent aux institutions qui subventionnent l’institution. Ainsi, le Conseil de Fondation dispose de six places par représentation et quelque 246 billets lui ont été octroyés. Les élus politiques de la Ville et du canton, eux, ont pu profiter de 6500 entrées, ce qui représente près de la moitié du budget octroyé aux invitations. Ici, le rapport de la fiduciaire regrette qu’aucune directive écrite et validée n’existe.

Créé: 19.11.2019, 19h59

Articles en relation

Le Grand Théâtre veut encadrer les notes de frais

Genève Le directeur Aviel Cahn est confronté à des problèmes de fonds et de travaux. Un rapport établit la nécessité d’adopter des règles. Interview. Plus...

La Ville vole au secours des finances du Grand Théâtre

Scène La saison passée et celle en cours cumulent 3,2 millions de pertes. Une situation que la nouvelle direction souhaite corriger au plus vite. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Braquage: La Poste renonce aux transports de fonds
Plus...