Ramadan: la plaignante déplore «un déni de justice»

JusticeLa Chambre pénale de recours a reçu cette semaine les doléances des avocats.

Les avocats ont saisi le 3 juillet la Chambre pénale de recours.

Les avocats ont saisi le 3 juillet la Chambre pénale de recours. Image: Laurent Guiraud (Archives)

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Que se passe-t-il dans le volet pénal genevois de l’affaire Ramadan? Pas grand-chose aux yeux des avocats de la plaignante Mes Robert Assaël et Alec Reymond. Ces derniers ont saisi le 3 juillet la Chambre pénale de recours en raison de «l’inactivité et le déni de justice du Ministère public»: «Nous regrettons de constater que plus de 15 mois après le dépôt de la plainte et plus d’un an après l’audition de notre cliente par la police, aucun acte d’instruction semble n'avoir été réalisé: il y a là un déni de justice et une violation de la Convention européenne des droits de l’homme qui doivent être sanctionnés.»

Pour les pénalistes, «l’inactivité apparente du Ministère public est d’autant plus choquante que les infractions dénoncées sont parmi les plus graves du Code pénal. Nous avons adressé au procureur six relances, en vain. Certes, quatre audiences avaient été fixées en février et mars 2018 pour entendre le prévenu et une dizaine de témoins; elles ont toutefois été annulées par le Ministère public sans un mot d'explication.»

«Le courage de sortir du silence»

Sur le plan humain, poursuivent les avocats, «les atermoiements apparents de la procédure et le mutisme du Ministère public aggravent les souffrances de notre cliente qui a eu le courage de sortir de son silence pour dénoncer les agissements gravissimes dont elle a été victime.»

Rappelons que Brigitte*, la plaignante suisse, devait être entendue par le Ministère public le 28 février 2019 en présence, si possible, de Tariq Ramadan, et de ses avocats. Par la suite cette audience a été annulée par le magistrat genevois en charge du dossier. Il en a été de même pour celles des huit témoins, qui étaient agendées dans le courant du mois de mars.

La justice française, qui traite trois autres plaintes pour viol à l’encontre de Tariq Ramadan en France, refuse-t-elle de «prêter» le prévenu à la Suisse? S’agit-il d’un manque de communication entre les deux instances pénales? A l’époque, le service de communication du Pouvoir judiciaire indiquait que «le Ministère public a annulé les audiences, les autorités françaises n’ayant pas levé l’interdiction de quitter le territoire dont il fait l’objet.»

Quand sera-t-elle levée? Et à quelles conditions? Mystère. Depuis que le Parquet genevois a décidé, le 11 septembre 2018, d’ouvrir une instruction pénale pour viol et contrainte sexuelle suite à la plainte de Brigitte, le dossier ne semble pas avoir beaucoup avancé. La plaignante suisse a été entendue le 30 mai 2018 par la police genevoise. Lors de son audition, Brigitte accuse l’islamologue d’avoir abusé d’elle en 2008 dans un hôtel à Genève et de l’avoir séquestrée. Arrêté l’an dernier en France, Tariq Ramadan est prévenu de viol à l’encontre de deux autres femmes.

Le prévenu a été libéré sous caution (300 000 euros) en novembre 2018. Présumé innocent, Tariq Ramadan, défendu par Mes Pierre De Preux et Guerric Canonica, conteste les charges pesant sur lui.

Contacté, le Ministère public fait savoir que suite à l’enquête à laquelle a procédé la police, il a adressé une commission rogatoire en France en septembre 2018: «Cette commission rogatoire visait notamment à procéder à l’audition de Tariq Ramadan. Les compléments sollicités par les autorités françaises ont été apportés par le Ministère public en mars 2019. Au début du mois d’avril 2019, ces autorités ont confirmé pouvoir assurer l’exécution de la demande d’entraide. En bonne logique, une convocation devrait parvenir aux intéressés dans les prochains mois, étant précisé qu’il s’agit des délais usuels pratiqués par nos homologues français.»

* Prénom d’emprunt

Créé: 04.07.2019, 18h31

«J’ai eu peur de mourir»

Les actes décrits dans la plainte de Brigitte auraient été commis dans la chambre d’un grand hôtel genevois. La plaignante affirme y avoir été agressée et abusée sexuellement durant des heures par Tariq Ramadan.Elle n’a pu s’enfuir qu’au petit matin, après une nuit où elle a eu «peur de mourir».

En avril 2018, Brigitte a expliqué dans nos colonnes avoir songé à dénoncer les faits plus tôt mais y avoir renoncé par peur. Cette femme a finalement fait le pas en voyant d’autres victimes présumées
de l’islamologue s’exprimer. L’agression qu’elle dit avoir subie en 2008 lui a laissé des séquelles, expliquait-elle à la «Tribune de Genève».

Tariq Ramadan est visé par trois plaintes pour viol en France et une plainte pour agression sexuelle aux États-Unis. F.M.

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