Pour rallier Vernier, on envisage un bus optimisé plutôt qu’un tram. Judicieux?

TransportsUne ligne sur pneu performante est prévue pour la deuxième ville du canton. Mais une association plaide pour le rail. Enjeux.

Pour desservir certaines nouvelles lignes de bus, l’État songe à des véhicules électriques bi-articulés, comme ce modèle Hess à recharge TOSA fabriqué pour Nantes et testé à Genève.

Pour desservir certaines nouvelles lignes de bus, l’État songe à des véhicules électriques bi-articulés, comme ce modèle Hess à recharge TOSA fabriqué pour Nantes et testé à Genève. Image: Lucien Fortunati

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BHNS. Il faudra se faire à cette abréviation pour «bus à haut niveau de service». Ce concept est né dans les années 1980 au Brésil, d’où son surnom de «tram du pauvre». Or, depuis une douzaine d’années, le modèle essaime en France et commence à séduire les planificateurs de la riche Helvétie, notamment à Genève. Mais ce n’est pas du goût de tous.

Et c’est quoi, ce tram à prix cassé? Le BHNS désigne un bus offrant des prestations proches de celles attendues d’un tram: cadence soutenue, parcours accéléré grâce à des voies réservées, impliquant souvent une réfection des routes. Tout en s’épargnant le coût d’une voie ferrée.

Mis en consultation, un projet de mise à jour de la loi cantonale sur le réseau de transports publics prévoit notamment d’inscrire le terme de BHNS dans la législation genevoise, notamment en référence à la liaison entre Genève et Vernier, couplée à des aménagements routiers, le tout étant devisé à 86 millions de francs. La modicité du projet est donc toute relative! L’avant-projet envisage pour la fin de 2024 d’y faire circuler des bus à recharge rapide (du type TOSA), mais à double articulation (comme les véhicules de la ligne 10). Mais l’État songe aussi à un trolleybus muni de batteries, lesquelles permettraient de prolonger les lignes actuelles 6 et 19, sans câblage supplémentaire. Deux nouveaux terminus sont prévus en périphérie: l’un à Vernier-Canada, l’autre à l’hôpital de la Tour via la zone industrielle (Zimeysa).

Un calcul contesté

Dans le cadre d’une autre récente mise à jour (celle du schéma directeur du réseau sur rail), l’hypothèse d’une desserte par tram de l’axe de Vernier restait envisagée. L’idée a été dans l’air ces dernières années. Mais elle semble désormais écartée, au grand dam de la Communauté d’intérêts pour les transports, laquelle se dit «quelque peu dubitative, pour le moins, face à la notion de BHNS». L’association doute que ce dernier soit un bon calcul par rapport à un tram.

«À l’heure de consentir de gros investissements pour un BHNS, presque autant que pour un tram, on doit aussi tenir compte des coûts d’exploitation à venir, prévient Michel Ducret, président de la section genevoise. Un BHNS peut sembler moins cher, mais il nécessite davantage de conducteurs pour le même nombre de passagers à cause de la taille des véhicules. Or, dans un pays aux salaires élevés, le personnel représente deux tiers des charges!»

L’État, lui, défend sa vision. «En termes de coût global, il vaut mieux un BHNS bien rempli qu’un tram à moitié vide, résume la direction des transports collectifs. Le choix de mode s’est basé sur les fréquentations estimées en intégrant l’ensemble des développements urbains prévus à long terme sur les secteurs traversés, soit une hausse de 66% des emplois et de 14% de la population sur l’axe considéré.» Cela mène à prévoir, après 2030, de 20 000 à 25 000 passagers par jour sur le tronçon le plus chargé (rue de Lyon), des scores typiques d’une ligne principale de bus ou de trolleybus, les trams affichant des scores quatre fois plus élevés.

Des évolutions possibles

À noter qu’une ligne de BHNS peut être reconvertie en tram. C’est «techniquement tout à fait réaliste», admet l’État, moyennant de gros travaux (pose des rails, mais aussi allongement des arrêts ou encore déplacement des réseaux souterrains). Est-ce envisagé sur cet axe? Non, répond le Département des infrastructures. Celui-ci mise davantage sur le doublement de la cadence des trains régionaux desservant Vernier et la Zimeysa durant la décennie 2030. Mais de telles évolutions en deux temps pourraient se produire sur d’autres lignes.

Un pont qui crée des soucis

Des BHNS pourraient être appelés à circuler sur le pont du Mont-Blanc, ce qui attire aussi l’attention de la CITRAP. «En l’état, le pont ne peut pas supporter la circulation de méga bus articulés», craint l’association. Elle suggère un élargissement de l’ouvrage du côté de l’île Rousseau, avec une structure capable de supporter des transports publics lourds, ce qui libérerait de l’espace sur le viaduc actuel en faveur de la mobilité douce et dispenserait donc de prévoir une passerelle en amont.

Or l’État est plus optimiste. Si le pont est «structurellement incapable de supporter une infrastructure tramway», il peut accueillir des grands véhicules sur pneu. «La structure du pont avec des pieux en bois est semble-t-il bien plus résistante qu’imaginé il y a quelques années, poursuit le département. C’est surtout la minceur du tablier qui pose problème.» Pour un tram, mais pas pour un bus de type TOSA.

Créé: 15.04.2019, 06h48

Un réseau en pleine mutation

Le réseau de bus est appelé à connaître d’autres évolutions ces prochaines années, que détaille l’avant-projet de révision de la loi sur le réseau de transports publics. Parmi elles, la création d’une nouvelle ligne forte entre Rive et le quartier appelé à émerger aux Communaux d’Ambilly. Dans ce cas, l’État renonce au trolleybus initialement envisagé pour lui préférer un bus électrique de type TOSA. Selon nos informations, il pourrait s’agir d’un véhicule bi-articulé.

L’expression de bus à haut niveau de service est aussi employée pour décrire la ligne qui devrait rallier le futur quartier veyrite des Grands Esserts (à Vessy) à Carouge, via Pinchat. À cet endroit, sur un tronçon qui bénéficie d’un classement national dans l’Inventaire des voies historiques de Suisse, le collectif «Contre l’enlaidissement de Genève» redoute que les velléités d’élargissement de la route ne nécessitent l’abattage massif d’arbres «qui font et ont fait tout le charme et l’attrait de ce coin de la commune de Veyrier». Interpellé, le Département des infrastructures admet qu’il prévoit «pour permettre le croisement entre les bus, un impact sur des arbres implantés côté Ouest». Mais il relativise: «Cet alignement a déjà subi de nombreux abattages pour des raisons de santé et de fragilité de leur système racinaire (suite à de précédents travaux)», indique-t-il.

Parmi les autres nouveautés, citons une prolongation du trolleybus 7 du quartier hospitalier vers les Grands Esserts (grâce aux batteries) ou encore une nouvelle ligne entre les Cherpines et Bernex.
D’autres projets anciens sont en revanche gelés. C’est le cas de la ligne entre les Eaux-Vives et La Pallanterie, où un projet de plusieurs milliers de logements a été reporté. Le quai de Cologny devrait toutefois bénéficier de 400 mètres de voies de bus supplémentaires d’ici à 2022.
M.M.

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