La rade mérite-t-elle un concours d'idées?

Débat en ligneGuillaume Barazzone, conseiller administratif de la Ville de Genève (PDC), Morten Gisselbaek, conseiller municipal Ensemble à Gauche et Jacques Pagan, conseiller municipal UDC

De nouveaux édicules ont été installés en 2010. Depuis, silence radio.

De nouveaux édicules ont été installés en 2010. Depuis, silence radio. Image: Laurent Guiraud

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La Ville espère redonner belle figure aux promenades autour du lac. Elle a demandé un crédit de 450'000 francs au Municipal pour lancer un concours d'idées. Mandater des architectes plutôt que de proposer un plan de réaménagement concret agace des élus, qui dénoncent un manque de vision

Dans l'histoire genevoise, les projets pour réaménager la rade n'ont jamais manqué. Mais peu ont abouti et les bricolages successifs ont donné à ce joyau paysager au coeur de la Cité une tournure urbanistique désolante, de l'avis de beaucoup.

Les autorités de la Ville souhaitent remédier à cette déconfiture urbanistique. Sous la houlette des magistrats Rémy Pagani et Guillaume Barazzone - lequel veut faire de l'aménagement de la rade «une priorité politique» -, les autorités aimeraient lancer un concours d'idées et de projets en vue de réaménager les accès au Léman sur un secteur s'étendant de la Perle du Lac à Baby-Plage en passant par le barrage du Seujet et l'île Rousseau. Pour mener à bien ce plan, l'Exécutif a donc demandé au conseil municipal un crédit de 450'000 francs.

Si l'assemblée délibérative a accepté d'étudier la chose en commission, de nombreux élus ont vertement critiqué la proposition, la qualifiant d'électoraliste. Pourquoi mandater des architectes pour mener d'énièmes et coûteuses études alors qu'une pléthore de projets sommeille dans les tiroirs? A gauche comme à la droite de la droite, on juge scandaleux que les magistrats n'aient pas réfléchi à des plans plus concrets pour le site.

Trois personnalités défendent leur point de vue.

Guillaume Barazzone, conseiller administratif de la Ville de Genève (PDC), Département de l'environnement urbain et de la sécurité:

Avec mon collègue Rémy Pagani, je défends un concours d’idées pour la rade parce que nous devons arrêter de faire du bricolage. Nous ne pouvons plus continuer à jouer au Lego sans savoir ce que nous voulons construire.

Affranchissons-nous des clivages partisans, mettons de côté le flot d’intérêts particuliers et restons centrés sur l’intérêt général. La rade est trop belle pour la laisser aux seuls politiciens et aux lobbys. Il est impératif que les meilleurs architectes puissent nous livrer un regard dépassionné et professionnel.

Nous avons déjà établi un cahier des charges. Objectif: définir par exemple des lignes directrices en matière de promenade, de circulation des vélos, d’accessibilité à l’eau et de végétalisation. Ce plan doit être compatible avec le projet de plage aux Eaux-Vives, un projet qui a le soutien complet du Conseil administratif.

Dans le concours qui sera lancé, nous demanderons également aux candidats, outre les lignes directrices, d’élaborer déjà un projet concret qui sera prêt à être réalisé. Cela constituera la première étape d’un plan d’action cohérent qui nous évitera de naviguer à vue.

Morten Gisselbaek, conseiller municipal Ensemble à Gauche:

La rade est un lieu splendide et magique, qui appartient à toutes et tous. Les nombreuses critiques qui lui sont faites sont-elles fondées? Un réaménagement de l’ensemble est-il vraiment souhaitable? Est-elle devenue affreuse au point d’en devenir une «priorité politique»?

Le Conseil administratif aurait pu présenter un avant-projet pour le réaménagement de la rade, ou de certaines parties de celle-ci, en ouvrant un véritable débat public.

En privilégiant un concours d’architecture sur l’ensemble il prend le risque de fixer le projet, avec la caution des «experts», avant même d’en avoir débattu les aspects les plus élémentaires avec les usagers. Par exemple: le Jardin anglais est-il devenu ringard? La Perle du Lac doit-elle devenir une plage? La présence dans la ville de pêcheurs, de bateaux, de grues pour les sortir de l’eau, de dériveurs sur les quais et de gens qui y travaillent est-elle une gêne ou une richesse?

En voulant arriver à une solution déterminée entre experts pour l’avenir de ce lieu emblématique, on risque bien de lancer dans l’eau douce de la rade un véritable serpent de mer, si typiquement genevois.

Jacques Pagan, conseiller municipal UDC:

L’Exécutif de la Ville est-il à court d’idées? Il vient de demander un crédit de 450?000?fr. pour organiser un concours de projets pour la rade. Son acceptation entraînera d’autres dépenses: 2 millions pour les travaux d’étude et 20 millions pour la réalisation.

Le Conseil administratif ne souffle mot de l’aménagement souhaité, alors que, paradoxalement, il parvient à en chiffrer le coût. Il se moque du monde! S’il considère qu’il est indispensable d’investir des dizaines de millions dans cette opération, il doit en indiquer la nature et l’importance, ne serait-ce que pour justifier le choix des experts à mandater; en l’absence de tout cahier des charges, l’exercice est voué à l’échec.

Si l’Exécutif sait ce qu’il veut, on ne voit pas l’utilité pour lui de recourir aux services d’autrui et de renoncer à faire le travail qui lui incombe, ce d’autant que le Municipal lui a donné, en 2007 déjà, la voie à suivre pour régler la question. «Gouverner, c’est prévoir», selon la judicieuse formule d’Emile De Girardin. Pour le Conseil administratif, gouverner, c’est ne rien prévoir. Le fait de vouloir s’en remettre à un concours d’idées est inquiétant pour l’avenir de la Cité: il démontre qu’il n’a pas de vision pour Genève et, pire encore, n’a pas les capacités d’en avoir.

Créé: 16.05.2014, 09h04

Guillaume Barazzone (PDC) est conseiller administratif de la Ville de Genève, chargé du Département de l'environnement urbain et de la sécurité. (Image: DR)

Jacques Pagan est avocat et conseiller municipal UDC. (Image: Steeve Iuncker Gomez)

Architecte, Morten Gisselbaek est conseiller municipal sous la bannière d'Ensemble à gauche. (Image: DR)

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