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La rade de Genève momifiée? Barazzone face à el-Wakil

En lançant un concours d’idées pour l’aménagement des quais de la rade, le magistrat municipal chargé de l’Environnement urbain lance un pavé dans la mare. Certains la veulent différente de ce qu’elle est depuis le XIXe siècle, d’autres se méfient des changements. Le débat est ouvert entre Guillaume Barazzone, Maire de Genève et Conseiller national PDC et Leïla el-Wakil, Professeure d’histoire de l’architecture, Université de Genève

Voir aussi:Notre dossier sur l'aménagement de la rade

Des idées pour la rade de demain

Guillaume Barazzone, Maire de Genève et Conseiller national PDC

Site lacustre au milieu de la ville tant prisé par la population, la rade répond-elle aux besoins et aux aspirations des habitants?

En 1996, la Tribune de Genève avait posé la question à ses lecteurs. La réponse fut limpide: une large majorité de personnes, au nom de la qualité de vie, demandait plus de cafés, des terrasses, des accès pour la baignade. Admettons que ces attentes n’avaient rien d’extravagant. Mais vingt après, qu’avons-nous réalisé? Pas grand-chose.

La future plage publique des Eaux-Vives, dont la gestation aura duré huit ans, devrait voir le jour en 2019. L’enthousiasme de la population pour ce projet et le soutien unanime dont il bénéficie montrent que les habitants ont toujours envie que «leur» rade évolue et qu’ils ne la considèrent pas uniquement comme un monument mais aussi comme un espace de rencontre, de loisirs et de détente au cœur de la cité.

Sous mon impulsion, la Ville a lancé en novembre dernier un concours d’idées (larade.ch) sur l’aménagement de la rade, avec la conviction que le potentiel de cet endroit peut être mieux exploité. Aujourd’hui, chacun peut observer l’enchevêtrement d’activités sur les quais, le manque d’espaces conçus pour la baignade, l’esthétique discutable de certains édicules et l’omniprésence des véhicules qui enserrent les quais. Le concours d’idées n’oblige pas la Ville à réaliser le projet lauréat. Avec l’aide d’un jury d’experts suisses et internationaux, il a pour objectif de faire émerger des propositions nouvelles d’aménagements et d’installations qui permettront de dégager une image cohérente afin de répondre aux besoins du public.

Le cahier des charges du concours encourage les participants à, notamment, favoriser l’accès à l’eau et à la promenade, à imaginer de nouveaux lieux de restauration, tout en tenant compte des spécificités du lieu et de son histoire. A ce sujet, il est intéressant de se rappeler que la baignade fait partie de l’histoire de Genève. En effet, on se baigne à Genève depuis le Moyen Age. A la fin du XVIIIe siècle, deux cents personnes s’ébattent dans les Bains Lullin, situés aux Eaux-Vives. Au début du XXe siècle, Genève compte une dizaine de bains publics, comme ceux de la Coulouvrenière, les bains Défer, de la Petite-Fusterie ou encore de Rive.

Avec un peu d’envie et d’ambition collective, il est possible de faire coïncider valorisation du patrimoine, histoire et besoins du public.

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Un «paysage culturel» à protéger

Leïla el-Wakil, Professeure d’histoire de l’architecture, Université de Genève

Genève, Zurich et Lucerne partagent une implantation similaire, de part et d’autre de l’extrémité d’un lac et de son émissaire. Mais Genève a la chance d’être dotée du dispositif de rade le plus accompli. Cet aménagement s’est construit patiemment à partir du début du XIXe siècle, chaque génération revenant, non sans discussions, sur son passé pour poursuivre le processus amorcé.

Entreprise sous l’impulsion de Guillaume-Henri Dufour, la construction des quais traduit une volonté de pactiser avec les débordements lacustres et un désir d’embellir la ville en inventant des espaces de promenade avec vue sur lac. L’articulation des quais et des trottoirs, leur aménagement paysager avec terrasses, plates-bandes de pelouses et de fleurs, allées de platanes, ainsi que leur mobilier urbain (garde-corps, lampadaires, bancs) résultent encore de ces différentes étapes de réalisation. Les constructions de prestige et grands hôtels ont accompagné, selon des prescriptions précises, cette urbanisation lacustre.

La rade de Genève est par ailleurs protégée par des mesures cantonale (plan de site déc. 1978) et fédérale (Inventaire ISOS) et son histoire, très minutieusement documentée, a fait l’objet d’études approfondies.

Façonnée par le génie de l’homme sur plusieurs générations, autour de besoins fondamentaux clairement identifiés, la rade de Genève constitue donc ce que l’on appelle, selon les termes de l’Unesco, un «paysage culturel». Mêlant «la nature et l’empreinte qu’y a laissée l’être humain, les paysages culturels expriment la longue et intime relation des peuples avec leur environnement». Ce qui s’exprime à travers l’épaisseur historique et urbaine de la rade, c’est toute la cristallisation de la dialectique de notre ville lacustre. Néanmoins, le concours d’idées international pour l’aménagement de la rade lancé par la Ville de Genève en association avec l’Etat de Genève n’inclut dans son jury aucun historien de l’art ou de l’architecture local. Pour cette raison et afin qu’on n’échafaude pas, ne serait-ce qu’au stade des idées, de projets inconsidérés dans ce site sensible, une vingtaine d’historiens (de l’art et de l’architecture) et d’experts ont souligné dans une lettre ouverte au magistrat leur vive inquiétude concernant ce processus *.

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