«En tant qu’aveugle, la voix me porte»

Leçon de vieEarl Noelte a perdu la vue il y a deux ans. Il sort un livre pour parler de sa seconde vie. Rencontre avec un homme qui reste debout. Poignant.

Ce monsieur de 74 ans a une grande confiance en lui: il continue d’aller nager seul tous les après-midi à la Tour-Carrée.

Ce monsieur de 74 ans a une grande confiance en lui: il continue d’aller nager seul tous les après-midi à la Tour-Carrée. Image: Georges Cabrera

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Sa force vitale est palpable dès nos premiers échanges. À peine installé dans un café de Plainpalais, Earl Noelte expose les difficultés de sa nouvelle cécité sans ambages. Mais c’est surtout sa volonté d’y faire face qui force l’admiration: «J’ai dit à votre photographe combien j’aimerais pouvoir découvrir l’image qu’il vient de me consacrer. Or, je n’ai pas encore pu identifier la méthode qui me permette d’entrer dans ce monde esthétique et sensuel en tant qu’aveugle.»

Le ton est donné: la vie ne s’arrête pas parce qu’on a un sens déficient. Pour Earl Noelte (74 ans), la perte de vue est arrivée progressivement. «J’ai toujours été très myope. Mais, il y a trois-quatre ans, j’ai eu une dégénérescence maculaire sèche. La progression de la maladie a été fulgurante et je suis devenu aveugle en novembre 2015.» L’élégant septuagénaire a passé ce cap sans colère: «Ce n’est pas une acceptation gratuite! Un tel handicap nécessite des adaptations permanentes et une grande confiance en soi. On découvre alors d’autres dimensions, d’autres expériences à saisir».

Hymne à l’oreille

Tout cela, Earl Noelte le raconte avec sérénité dans un superbe petit ouvrage. Intitulé «Vers la Voix», le récit d’Anders (ndlr; son deuxième prénom suédois donné en raison de ses origines maternelles), transcris par sa filleule Anne-Laure, souligne son cheminement vers le monde des sons, de la voix en particulier. C’est elle qui le porte dorénavant vers les autres. Un bel hymne à l’oreille qui est aussi délicatement illustré par Bénédicte, bien connue des lecteurs du journal 24 heures. «C’est dans l’attirance de la voix que débute l’aventure d’une rencontre, note Earl Noelte. Pour une personne aveugle le processus d’observation n’existe pas. Il n’y a que la voix pour commencer à ouvrir la voie de la connaissance de l’autre.»

Son envie d’aller de l’avant se manifeste aussi dans ses exercices quotidiens de locomotion dans la rue: «Ma mobilité est primordiale pour m’assurer une certaine indépendance.» Il balaie donc avec sa canne blanche les Rues Basses, côté mur, «pour si possible éviter les camions, les camionnettes, les motos, les vélos et les trottinettes - ces multiples obstacles qui occupent le trottoir.»

Il patine avec sa petite-fille

Supportant mal le bruit de cette canne, son petit-fils Ludovic (12 ans) est devenu le guide le plus fréquent de son grand-père…

Très famille, Earl Noelte apprécie d’avoir pu refaire du patinage avec Manon (9 ans) sur la glace des Bastions, l’hiver dernier: «Tout est vite revenu et ma petite-fille a fini par me lâcher la main. C’est un exercice répétitif.» Sportif, ce monsieur de 74 ans, habitant les Eaux-Vives, continue aussi d’aller nager seul tous les jours à la Tour Carré, entre 13 h et 14 h 30: «Le moment le plus doux de la journée. Je me repère grâce au courant, aux vagues et aux sons des mâts. L’autre jour avec la bise, j’ai vécu une vraie symphonie.»

Cette approche positive, Earl Noelte l’a cultivée tout au long de sa riche existence, parsemée de voyages à travers le monde. D’abord comme enseignant en relations internationales et études du développement, puis en tant que bénévole à la Fédération genevoise de Coopération depuis 2011. Toujours soutenu par «ses essentielles», son épouse Monique et leur fille Natacha.


Il veut jouer du violoncelle

La musique occupe une partie importante de son existence: «J’en ai beaucoup écouté et j’aime chanter, confirme Earl Noelte. J’ambitionne à présent d’apprendre à jouer du violoncelle. Quand je trouverai du temps…» Car le dynamique septuagénaire et son épouse privilégient avant tout les moments avec leurs deux petits-enfants: «Chaque été nous passons trois semaines, tous les quatre, à l’île de Ré. Ça renforce les liens.»

Musique et partage: deux mots-clés pour notre star du jour. Rien de surprenant que le nouvel auteur ait ainsi choisi le magasin «Disques Plain Chant» pour dédicacer son ouvrage, ce samedi, en compagnie de Bénédicte, son illustratrice. «Les maîtres des lieux, Laurent Sambo et Michel Pavillard, sont mes disquaires depuis belle lurette. Leur temple sonore est un peu ma deuxième maison.» Une version audio suivra L.B.

Dédicace de «Vers la voix», un récit d’Anders, ce samedi entre 14 h et 17 h, au magasin «Disques Plain Chant», 40 rue du Stand.

(TDG)

Créé: 10.11.2017, 20h46

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