Le PS genevois se tire une balle dans le pied

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La douche écossaise pour Sandrine Salerno et Carole-Anne Kast. C’est ainsi que la «Tribune de Genève» a qualifié, dans son édition du 13 juin, la terrible déconvenue de ces deux poids lourds du Parti socialiste. Les militants ont en effet refusé d’accorder aux magistrates de Genève et d’Onex la dérogation qui leur aurait permis de siéger à la fois au Grand Conseil et dans leurs communes respectives.

Les statuts du parti interdisent normalement, il est vrai, aux élus de cumuler les mandats municipaux et cantonaux. Avec comme objectif louable la volonté de freiner l’absentéisme qui peut en découler et surtout de favoriser la relève. Très bien. Surréaliste pourtant de se passer de tels ténors au parlement alors que les enjeux fiscaux (PF17) et d’aménagement (Praille-Acacias) seront essentiels au cours de cette législature. Se priver de la grande argentière de la Ville de Genève et de l’expérimentée défenseuse des locataires équivaut tout bonnement à se tirer une balle dans le pied. Comment a-t-on pu en arriver là? Ces deux-là ont une sacrée personnalité. Tant mieux. Sans tempérament fort, pas d’espérance politique. N’en déplaise au PS, qui a parfois de la peine à supporter les têtes qui dépassent. Et manifestement encore plus quand il s’agit de femmes.

Comme en sport, les affaires publiques se gèrent certes en équipe. Or ces deux univers ont besoin de figures pour séduire leurs publics respectifs. Les socialistes l’ont d’ailleurs bien compris en envoyant leurs deux locomotives au combat électoral ce printemps. Avec succès puisque toutes deux ont été brillamment élues au Grand Conseil. Les éjecter de ce siège parlementaire mérité, c’est trahir le verdict populaire. C’est aussi leur affliger une double peine… elles qui ont été battues dans la fratricide course au Conseil d’État!

Le conseiller national Manuel Tornare, qui a obtenu une dérogation semblable en son temps, a vainement plaidé la cause de ses deux camarades. Leur refuser à présent ce privilège résonnera aussi comme une attaque machiste, même si les femmes ont, ces dernières années, été plutôt bien valorisées par le parti à la rose. Or une assemblée socialiste n’a pas hésité à fragiliser cet équilibre et la maison PS tout entière en sonnant ainsi la mort politique de Sandrine Salerno et Carole-Anne Kast! Quel gâchis. Les socialistes sont champions pour afficher pareillement leur désunion. La concurrence pour les places est de plus en plus féroce au PS, devenu bien trop clientéliste. Une évolution qui n’est pas sans effet sur la dynamique collective nécessaire pour engranger des victoires.

Se pose enfin la question de ces militants de valeur devenus très tôt magistrats, qui, la quarantaine venue, se retrouvent dans une impasse. Le PS n’est pas le seul parti à connaître ce phénomène. Tous doivent s’interroger sur la meilleure façon de soigner la carrière de leurs poulains… pour lesquels ils ont souvent beaucoup investi.

Créé: 18.06.2018, 18h22

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