Protection des mineurs: l’Etat veut calmer le jeu

InterviewAlors que la valse des directeurs se poursuit, le travail continue à se faire sans couacs, relève le Département de l’instruction publique.

Marie-Claude Sawerschel, secrétaire générale du DIP.

Marie-Claude Sawerschel, secrétaire générale du DIP. Image: O. VOGELSANG

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Après la récente démission de Stephan Hürzeler, le Service pour la protection des mineurs (SPMi), ô combien chahuté ces dernières années, se retrouve à nouveau sans pilote (notre édition du 20 mai). Une situation préoccupante alors que cette institution a pour mission de veiller aux intérêts de l’enfant et de le protéger. Interview de Marie-Claude Sawerschel, secrétaire générale du Département de l’instruction publique (DIP), dont dépend le SPMi.

Les directeurs se succèdent. Le dernier n’a même pas tenu trois mois! Une malédiction?

Sans entrer dans une guerre des chiffres (ndlr: 8 responsables, intérim compris, se sont relayés au SPMi en dix ans) ou parler de malédiction, cela fait effectivement beaucoup. Notre priorité consistera à stabiliser un service affecté à une mission fort délicate, avec un personnel souvent sous pression. Cela passe par la nomination d’un directeur ou d’une directrice qui puisse enfin travailler dans la durée.

Cette nomination est urgente! Le personnel parle d’un grave dysfonctionnement au niveau du management, qui entrave fortement son travail.

Nous ferons au plus vite, mais pas forcément dans l’urgence car, malgré cette situation, le travail continue à se faire sans couacs grâce à l’engagement sur le terrain des 220 collaborateurs du SPMi qui, en tant que professionnels compétents, savent très bien ce qu’ils ont à faire. Je suis impressionnée et admirative de ce service-là. Malgré l’importance de sa charge de travail, il arrive à résoudre bien des problèmes et à empêcher des catastrophes.

A force, il pourrait bien y en avoir…

On l’a bien vu avec les départs précédents, il n’est pas aisé de trouver la bonne personne: à la fois organisationnelle et charismatique, capable de faire respecter le cadre juridique très précis dans ce domaine, mais aussi de répondre aux spécificités de l’humain et d’accompagner le personnel dans ses tâches, pour le soulager notamment au niveau émotionnel.

Les employés réclament une section supplémentaire* pour faire face à l’arrivée importante de jeunes requérants non accompagnés. Qu’en dites-vous?

C’est effectivement une nouvelle charge pour le service et rien ne doit être négligé pour l’aider dans sa mission. Nous allons donc nous employer à répondre au mieux à cette urgence. Or, contraintes budgétaires obligent, nous devons évaluer les situations au coup par coup de façon juste et proportionnée. Et, si besoin, proposer ou prendre des mesures correctives à réévaluer régulièrement. Une 7e et nouvelle section a ainsi déjà été constituée en 2014.

Les derniers responsables du SPMi n’étaient pas issus du sérail. Un tort?

Non, pas forcément. Le futur responsable pourra provenir de l’extérieur. Comme cela a été le cas du dernier directeur, dont le départ, trois mois après son arrivée, a été motivé par des problèmes personnels, totalement imprévisibles. Il vaut d’ailleurs mieux que ce départ soit vite intervenu; la période d’essai a un sens.

Les problèmes sont visiblement plus structurels que personnels dans ce service…

Un peu des deux, selon moi. La toute fraîche démission relève, je le rappelle, d’une dimension personnelle. Concernant les failles structurelles, elles nous offrent une marge de manœuvre, des possibilités d’agir. Et on a d’ailleurs déjà bien avancé grâce aux recommandations émises suite à différentes analyses du service et mises en œuvre par Francine Teylouni, directrice générale de l’Office de l’enfance et de la jeunesse (OEJ), qui a aussi assuré cet automne la direction ad interim du SPMi, service directement rattaché à l’OEJ. Il s’agit de continuer à suivre ces recommandations. En clarifiant les processus, en favorisant notamment les espaces de réflexion et en diminuant le nombre des dossiers pris en charge par chaque collaborateur.

Vous prônez la continuité, mais il va surtout falloir opérer des changements, non?

Oui, et le département prépare un avant-projet de loi sur l’enfance et la jeunesse qui devrait nous aider dans cette entreprise. Le SPMi travaille actuellement selon un cadre légal qui date des années 60; le projet, qui devrait être déposé au Grand Conseil très prochainement, élabore un cadre qui correspond mieux aux exigences du XXIe siècle. Le personnel pourra s’appuyer sur un texte mieux ancré dans la réalité et qui favorise une meilleure cohérence avec le Département de la santé. On ne peut dissocier le lien de la santé du jeune avec une éducation adéquate.

Les collaborateurs continuent à critiquer le bâtiment en open space de la Jonction, où le SPMi s’est installé en 2013. Où en est le nouveau déménagement envisagé par le DIP?

Il y a un projet de déménagement sur le site Firmenich, entre la Jonction et la Praille, qui permettrait de rassembler tous les collaborateurs sur le même lieu, d’en finir avec les open space et de rester au centre-ville; ce qui est primordial pour les audiences au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant et au Tribunal des mineurs. Mais en attendant cet horizon… 2023, le DIP a déposé une demande formelle de locaux temporaires plus adaptés auprès de l’Office cantonal des bâtiments.

Le prochain intérim sera à nouveau assuré par Francine Teylouni. Or celle-ci partira à la fin de l’année à la retraite. Une préoccupation de plus?

Cette personne a une polyvalence et une expérience remarquable. Mais il faudra bien faire sans elle, et nous devons absolument trouver des solutions d’ici fin 2016.

* Une section compte 10 intervenants en protection de l’enfance, 2 secrétaires et 1 chef de groupe.

(TDG)

Créé: 29.05.2016, 18h25

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