Propos racistes postés sur le Net: l'étrange procès d'un policier

JusticeEst-ce l’agent qui a posté des propos insultants sur son mur Facebook? Ou était-ce un faux compte créé pour se venger de lui?

Le prévenu affirme que le compte Facebook à son nom est un faux compte créé par quelqu'un d'autre.

Le prévenu affirme que le compte Facebook à son nom est un faux compte créé par quelqu'un d'autre. Image: Photo d'illustration/Keystone

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Étrange procès, vendredi au Tribunal de police. Condamné pour discrimination raciale par ordonnance pénale, un assistant de sécurité publique (ASP3) de la police internationale jure qu’il est victime d’un complot, ourdi par quelques-uns de ses «collègues». Et, au fil des débats, force est de constater que le doute est permis.

La toile de fond de cette procédure, c’est un compte Facebook au nom du prévenu, âgé de 41 ans. Entre le 3 juillet 2012 et le 23 février 2016, des messages discriminatoires, trash et violents y sont postés. On vous épargne les détails, mais tant les musulmans que les juifs, les migrants, les Gitans, les Africains, les Arabes ainsi que les homosexuels sont visés.

Seulement, le prévenu affirme que ce n’est pas son compte. En lieu et place de sa photo de profil, il y a certes le drapeau de son pays, mais, dit-il, sur son vrai compte, qu’il a fermé en 2016, son nom comporte un accent sur une voyelle, comme le veut sa langue d’origine. Or, sur le profil Facebook incriminé, «il n’y en a pas», constate-t-il. Son hypothèse? Quelqu’un a créé de toutes pièces un compte à son nom, «un compte miroir», dira son avocat, Me Robert Assaël, et y a posté les contenus racistes.

Sur le banc des accusés, un homme à la stature imposante. Ancien basketteur professionnel, originaire d’un pays de l’Est, il est arrivé en Suisse en 2001. «J’ai été champion suisse», dira-t-il à la présidente du Tribunal. Sa carrière terminée, en 2011, il devient ASP3. Missions, entre autres: protection des sites diplomatiques et convoyage de détenus. Lors de sa plaidoirie, Me Assaël s’est étendu sur ses bons états de service. «Mon client est certes un peu carré, entier, mais il est intègre. C’est un travailleur et un empêcheur de glander!»

Conflit larvé dans le service

Prendre des libertés dans leur travail, c’est justement ce que l’accusé pense de certains agents ayant rejoint le service peu après lui. Entre 2014 et 2016, l’ambiance au sein du groupe est délétère. «Il y a deux clans, relève Me Assaël. Le 9 mai 2016, mon client adresse une note de service à son supérieur pour dénoncer les agissements de quatre agents. Ce n’est pas lui qui l’a rédigée, il n’a pas un bon niveau de français. Il l’a dictée à un collègue dont je demande encore une fois l’audition.»

L’avocat estime d’ailleurs que le Ministère public n’a pas correctement fait son travail. «Je sollicite des réquisitions de preuve.» Il aimerait une commission rogatoire auprès des États-Unis, où se trouve le siège de Facebook, afin de faire rouvrir le compte – le vrai – de son client. «Cette démarche a peu de chances d’aboutir, mais l’innocence d’une personne ne vaut-elle pas la peine de se donner tous les moyens?» Il aimerait aussi que soit versée au dossier une expertise faite par un spécialiste en informatique.

Un témoin mis en garde

Me Assaël s’étonne par ailleurs: «Un mois après la note de service de mon client, deux de ses collègues avec lesquels il est en conflit adressent eux aussi des notes de service à leur supérieur, pour le dénoncer.» Des captures d’écran où l’on voit les messages à caractère raciste y sont jointes.

L’un des agents en question est venu à la barre des témoins. On a alors appris qu’il avait déjà créé un faux profil sur les réseaux sociaux il y a quelques années, dans une affaire néanmoins sans rapport avec celle-ci. «Le bizutage au sein de la police dont parlent les journaux , c’est aussi vous?» l’interroge Me Assaël. «Oui», répond-il. Fait rare, à l’issue de l’audition, la présidente du tribunal le met en garde: «Monsieur, je vous rappelle qu’en qualité de témoin, si vous avez menti, vous pouvez être condamné et risquez de perdre votre boulot. Vous avez dit la vérité?» Il l’affirme.

Saisie en 2016, l’Inspection générale des services a ouvert une enquête qui a abouti à la suspension avec traitement du prévenu. Condamné le 22 mai dernier, il a fait opposition, mais il vient pourtant de recevoir sa lettre de licenciement. Il a fait recours. «Madame la présidente, a conclu Me Assaël, dans cette affaire, des questions resteront sans réponse, mais l’essentiel de ce que je vous ai présenté doit fonder un doute en faveur de l’accusé. Il faut l’acquitter, à tout le moins à l’aune de la présomption d’innocence.»

Le Tribunal de police rendra son verdict le vendredi 27 septembre.

Créé: 22.09.2019, 16h00

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