Projet d’agglo: comment Genève a corrigé le tir

Fonds fédérauxAprès un désastre évité de peu à Berne et des remous avec la France, le président du Conseil d’État, Antonio Hodgers, analyse les aléas du projet d’agglomération.

Antonio Hodgers, «Le canton a crû économiquement et démographiquement, mais les infrastructures n’ont pas suivi.»

Antonio Hodgers, «Le canton a crû économiquement et démographiquement, mais les infrastructures n’ont pas suivi.» Image: MAGALI GIRARDIN

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La région genevoise s’est fait très peur, mais l’histoire du troisième projet d’agglomération (PA3) est en passe de bien finir pour elle. À Berne, les Chambres ont encore débattu en juin de la nouvelle étape de ce processus par lequel les agglomérations suisses peuvent se faire aider dans l’essor de leurs infrastructures. D’ultimes divergences sur un projet routier dans l’Emmental ont reporté à septembre les votes finaux, mais les débats relatifs au Grand Genève sont clos. Le bassin franco-valdo-genevois devrait ainsi toucher une aide fédérale de 119 millions de francs pour lancer les chantiers d’infrastructures de mobilité d’ici à 2023. C’est trois fois plus que les 39 millions envisagés au début de 2018 par le Conseil fédéral. Président du Conseil d’État, chargé du projet d’agglomération, Antonio Hodgers revient sur ce combat.

Comment avons-nous remonté la pente à Berne?
Quand le montant initial de 38,8 millions a été communiqué, il a fait l’effet d’un électrochoc pour le Conseil d’État qui a envoyé une délégation auprès de Doris Leuthard (ndlr: alors conseillère fédérale chargée des Transports). Nous avons pu entendre ses critiques, mais lui dire aussi que la punition était trop sévère. Au final, on a repêché le projet de tram du Grand-Saconnex et le bus à haut niveau de service de Vernier. Par ailleurs, le parlement s’est montré plus généreux que l’Exécutif en faisant passer de 35% à 40% le taux de prise en charge fédérale des projets genevois. Il faut également rappeler que pour l’ensemble des projets d’agglomération du pays, la manne initialement prévue par le Conseil fédéral était moindre que lors des précédentes générations, ce qui a accru le sentiment de sévérité. Globalement, en additionnant les trois projets d’agglomération et sous réserve du vote final des Chambres, le Grand Genève recevra de Berne quelque 500 millions de francs.

Tout est bien qui finit bien?
On a senti le vent du boulet. Et nous sommes avertis que, sans correctif lors du projet d’agglomération 4, le Conseil fédéral n’aura plus d’états d’âme. Nous avons été sanctionnés notamment parce que le taux de réalisation de nos projets issus des deux premières générations de projets d’agglomération est bas: à ce jour, 50% pour le PA1 et 2,5% pour le PA2. Nous avons jusqu’à la fin de 2025 pour les réaliser, faute de quoi la guillotine tombera et le financement fédéral sera perdu. Serge Dal Busco et moi avons renforcé les équipes et mis en place un suivi. C’est compliqué car le Canton n’est pas toujours le maître d’ouvrage, lequel peut être une collectivité française ou vaudoise, une commune. L’enjeu actuel, c’est de faire aboutir ces deux prochaines années les avant-projets. Sinon on n’y arrivera pas. Cela nous mène en 2021 et c’est justement l’échéance pour déposer notre liste pour le PA4. Nous devrons être plus sélectifs, ne retenir que les projets mûrs. On pourrait même retirer du PA3 des objets sur lesquels nous sommes trop en retard. En outre, Doris Leuthard nous l’a dit clairement, Genève ne parlait à Berne que de la traversée du lac et donnait ainsi l’impression de se désintéresser du projet d’agglomération.

Mais les Genevois l’ont bien votée, cette traversée du lac!
On n’a pas lâché la question. Des études seront menées grâce au crédit que le Grand Conseil a voté en mars. On verra sur cette base si Berne change d’avis et entre en matière sur le financement de ce qui serait une route nationale.

Investir plus vite alors qu’on renfloue la caisse de pension et que les recettes fiscales vont baisser, est-ce plausible?
Sur le volant d’investissement qui atteint chaque année entre 700 et 800 millions de francs, un gros morceau est en train de s’estomper avec la fin du chantier CEVA. L’abandon par le Grand Conseil du projet routier L1-L2 dégage en outre 100 millions. Le Conseil d’État peut vivre avec cette décision et y voit la possibilité de faire des choses plus intéressantes. Autant nous ne voulons pas nous endetter pour les dépenses courantes que nous ferions porter aux générations futures, autant nous sommes d’accord de le faire pour investir et bâtir la qualité de vie des générations à venir. Aujourd’hui, Genève étouffe avec l’explosion démographique et le quadruplement du nombre de pendulaires frontaliers en quinze ans. Le canton a crû économiquement et démographiquement, mais les infrastructures n’ont pas suivi. D’où les bouchons sur les routes, les bus bondés, les plages prises d’assaut, les listes d’attente pour les crèches…

Dans le PA3, Genève a sauvé de gros projets, mais les attentes de la France restent inassouvies. Le Canton aidera-t-il à bâtir la deuxième étape du tram d’Annemasse ou le tram de Saint-Genis?
On débat aujourd’hui de la création d’un fonds local dédié à la mobilité, qui s’ajouterait au projet d’agglomération. Notre objectif et notre intérêt communs, Suisses et Français, c’est de réduire le nombre de pendulaires motorisés et de transférer ceux-ci vers les transports publics. Avec ce fonds, qui reste à créer et dont les modalités restent à définir, on pourrait aider à prolonger le tram d’Annemasse. Pour Saint-Genis, il faut faire le deuil. Dans cette région, la densité est trop faible pour justifier un tram. Il sera remplacé par un bus à haut niveau de service, qui, en Suisse, devrait se prolonger jusqu’au Bouchet. Il ne doit plus y avoir de tabou à financer des infrastructures conjointes, y compris en France, si cela déleste le réseau routier en Suisse. Mais cela laisse entière la question cruciale des coûts du fonctionnement: poser des rails à Annemasse est inutile si les Français n’ont pas de quoi y faire circuler un tram.

Après le vote genevois de 2014 sur les P+R, intervenir en France sera difficile!
Je ressens aujourd’hui une dynamique positive, une volonté de surmonter le traumatisme de 2014, et il y a désormais cette idée d’un fonds local pour prendre le relais de Berne. En revanche, j’attends des Français une meilleure transparence et une plus forte focalisation de la compensation financière genevoise (qui représente tout de même 300 millions de francs par an) sur des projets vraiment prioritaires. Le vote genevois de 2014 sur les P+R ne doit pas être compris comme une volonté d’avoir encore plus de voitures frontalières sur nos routes. Il doit être interprété comme une volonté de faire la preuve que la partie française investit autant que Genève pour améliorer la qualité de vie globale, ce qui est largement le cas. Le projet d’agglomération ne vise pas, comme le prétend le MCG, à attirer davantage de pendulaires français, dont le nombre est en réalité déterminé par l’économie. En revanche, du moment qu’ils viennent travailler à Genève, autant qu’ils le fassent avec des transports publics! Le projet d’agglomération est là pour faire en sorte de ne pas subir le trafic et l’étouffement. Il doit servir à améliorer la qualité de vie, en permettant de créer des infrastructures de mobilité, mais aussi des espaces verts ou de délassement.

Quelles infrastructures majeures seraient des candidates sérieuses au PA4?
Aujourd’hui, les discussions ont lieu notamment sur une extension du tram du Grand-Saconnex vers Ferney-Voltaire et sur le bus à haut niveau de service de Saint-Genis-Pouilly. Mais nous sélectionnerons les projets vraiment mûrs pour faire partie de cette étape, en s’assurant également de notre capacité à les réaliser dans les temps. Lors du PA3, on n’a pas assez su dire non et cela a été une erreur.

Créé: 09.07.2019, 07h16

L’environnement au cœur du débat

Construire l’agglomération, c’est aussi penser le logement et l’environnement, qui relèvent de votre dicastère.
Depuis 2017, Genève respecte enfin son engagement, pris dans le cadre du projet d’agglomération, de produire au moins 2500 logements neufs par an – un rythme qui sera maintenu ces prochaines années. Les Français ne peuvent plus nous en faire grief.

Et l’environnement?
C’est le thème qui monte en puissance. Nous aurons en juillet un séminaire sur les enjeux climatiques et environnementaux avec tous les partenaires du Grand Genève. On a eu une alerte avec la pollution de la nappe phréatique au perchlorate, dont on sait aujourd’hui qu’il venait de la vallée de l’Arve. Nous avons un gros travail à mener sur les micropolluants. Nous dépendons totalement des affluents français et, à ce titre, le projet de mise en bouteille des eaux de Divonne, conçu en secret dix années durant, a été un choc que je ne veux pas revivre. Mais nous avançons: le 28 juin, j’ai signé avec tous les partenaires le premier contrat global de gestion du bassin Rhône-Méditerranée et la commission de la nappe du Genevois est à pied d’œuvre pour trouver des solutions. Enfin, nous travaillons sur une harmonisation des normes en cas de pics de pollution de l’air, avec un seuil d’alerte commun, en sachant que nous, en tant que centre urbain, prendrions des mesures plus fortes de restriction du trafic. Enfin, nous voulons travailler ensemble sur la biodiversité puisque les corridors de la faune ne connaissent bien sûr pas de frontière.

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