«Notre production standard égale les normes du bio en France»

PesticidesLe conseiller d’État en charge de l’Économie, Pierre Maudet, assure voler au secours des paysans genevois et tance le PDC.

Le PDC et les Verts veulent exclure les pesticides de l’agriculture genevoise.

Le PDC et les Verts veulent exclure les pesticides de l’agriculture genevoise. Image: KEITH WELLER

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Le PDC et les Verts regardent les pesticides d’un mauvais œil. Le premier a déposé un projet de loi pour les exclure de l’agriculture genevoise, les seconds une motion appelant la Confédération à interdire l’un d’eux, le glyphosate (notre édition du 3 novembre). Et du coup, c’est le ministre de l’Économie, Pierre Maudet, qui sort du bois. Interview.

– Pierre Maudet, deux partis s’en prennent aux pesticides. Vous partagez leurs soucis?

– On peut bien sûr discuter de cette problématique et la motion Verte, qui vise l’échelon fédéral, me semble mieux orientée. Le projet du PDC est quant à lui contraire au droit en ce sens qu’il s’attaque à un problème qui n’est pas de rang cantonal. Par ailleurs, il faut être très prudent sur ces questions. L’agriculture est un secteur économique qui souffre à Genève du fait d’un territoire qui rétrécit, d’un marché qui privilégie les importations, d’une main-d’œuvre chère et de coûts de production en hausse. Je voudrais aussi rassurer sur le fait que les autorités sanitaires font bien leur travail et que la qualité des aliments produits en Suisse et à Genève est excellente.

– Genève a parfois montré l’exemple, notamment en bannissant le nucléaire. Pourquoi ne pas agir de même concernant les pesticides?

– Je me méfie d’une approche idéologique de ce sujet. Imaginerions-nous ainsi une médecine sans médicaments au motif que l’abus d’aspirine peut entraîner des complications? Les pesticides sont devenus un vilain mot alors que ce sont des outils dont même l’agriculture bio a besoin. On accrédite aussi l’idée fausse que l’agriculture genevoise n’a rien fait pour limiter l’usage des pesticides alors que notre production standard correspond aux normes du bio en France. Par ailleurs, il convient de rappeler que l’agriculture n’a pas cessé de se concentrer, que le nombre d’exploitations diminue, mais aussi et surtout que notre agriculture locale (dont 10% de la surface est en production bio) ne couvre que 10 à 15% de nos besoins en alimentation.

– Bon, mais Genève peut bien décider seul de se passer de pesticides…

– Ce serait un leurre. On ne peut pas imposer de diktat aux producteurs sans tenir compte du marché. Qui achètera des produits dont les prix auront renchéri pour compenser leur baisse de production? Veut-on ajouter des subventions dans un domaine qui est déjà à 25% d’aide de l’État? Les paysans veulent pouvoir vivre de leurs produits! Ils ne veulent pas dépendre des aides, c’est dégradant et démotivant. Il y aura une augmentation des importations ou du tourisme transfrontalier. Savez-vous par ailleurs que le temps de travail hebdomadaire dans l’agriculture est limité à 45 heures à Genève et autorisé jusqu’à 66 heures à Glaris? C’est une distorsion de concurrence énorme.

– Au fait, vous êtes ministre de l’Économie. Pourquoi intervenez-vous sur ce sujet, qui appartient à votre collègue Luc Barthassat?

– On oublie que l’agriculture nécessite aussi une vision économique car son enjeu essentiel n’est pas uniquement environnemental, mais également lié à l’alimentation du pays. C’est surtout un secteur qui mérite d’être soutenu car j’ai un peu l’impression que tout le monde lui tombe dessus à Berne, comme on l’a vu la semaine passée avec le projet d’ouverture des importations, ou à Genève, avec le verdissement saisonnier des projets PDC/Vert. Il a aussi besoin d’une meilleure compréhension de ses enjeux car on ne peut pas tout à la fois demander une agriculture indigène concurrentielle et lui enlever les pesticides qu’elle ne surutilise pas, au contraire d’autres pays. De même que Rome ne s’est pas faite en un jour, on ne peut pas supprimer du jour au lendemain les pesticides sans avoir des conséquences graves sur le secteur agricole et la sécurité de notre approvisionnement.


Réunion d’urgence au sein du PDC

L’interdiction des pesticides de synthèse cause des remous au PDC, parti traditionnellement lié au monde agricole. Le ministre de l’Agriculture, Luc Barthassat, avait regretté une «loi Buchs», son président de parti, dans les colonnes du Temps.

Lundi, le groupe des députés a organisé une réunion avec les candidats agriculteurs sur sa liste au Grand Conseil. «Pour nous, la proposition d’interdiction cause un immense problème aux candidats liés au monde agricole», souligne Jacques Blondin, directeur de l’Union maraîchère. Résultat? Le projet sera amendé par les députés. «Nous allons vers une limitation contrôlée de l’usage de ces substances», explique le candidat.

Une reculade? Une débandade? Bertrand Buchs le nie: «Le fond du problème n’est pas en cause. Chacun sait que ces produits posent d’immenses problèmes aux paysans eux-mêmes, aux insectes et aux oiseaux. Mais on ne veut pas aller contre une profession confrontée à l’ouverture des marchés.»

Le parti s’est-il trop avancé? «Nous avons probablement parlé trop vite, mais si on attend toujours, on ne dépose rien. Et le monde agricole doit aussi dire davantage ce qu’il fait et exposer les dangers provoqués par les produits sans contrôle qu’on peut trouver dans des stations-service ou en France.» M.BN

(TDG)

Créé: 08.11.2017, 21h36

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