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La prison s’offre la vie de château à Penthes

L’exposition, inaugurée mercredi soir, présente des vidéos, des photos et des dessins d’artistes, mais aussi des objets de détenus.

L'exposition sur la prison a accueilli des centaines de visiteurs mercredi soir au château de Penthes.
L'exposition sur la prison a accueilli des centaines de visiteurs mercredi soir au château de Penthes.
LDD

Des rouleaux de barbelés dans la lumière crue de l’hiver à Champ-Dollon, la pluie qui dégouline sur les barreaux, le gazon mal en point du terrain de foot des prisonniers, des armes bricolées saisies dans leurs cellules et leurs visages, croqués sur le vif, à la cafétéria. Ces scènes carcérales et tant d’autres œuvres, photos et dessins, ont été présentées mercredi soir au château de Penthes, dans une exposition prévue jusqu’en octobre. «Il s’agit de faire prendre conscience et d’affirmer que les détenus sont des humains au même titre que nous tous, relève la commissaire d’exposition Barbara Polla. L’exposition vise aussi à valoriser le travail social réalisé à Champ-Dollon en sensibilisant les visiteurs à tous les aspects de la prison.»

Ainsi, le photographe Victor Fatio, assistant sociojudiciaire, a choisi de montrer la prison sans aucune présence humaine, comme ce coquelicot incrusté dans un mur de Champ-Dollon: «Cette absence de détenus, voulue, leur donne une présence spectrale et poignante», poursuit la commissaire d’exposition. Pour les visages, celle-ci a fait appel au dessinateur Patrick Tondeux. L’artiste, qui collabore régulièrement avec la «Tribune de Genève», présente 16 aquarelles de détenus dans les cellules, les couloirs ou les parloirs, «toujours avec l’accord explicite des croqués», précise Barbara Polla.

La prison de Champ-Dollon a mis à disposition de la manifestation des objets créés en cachette par des détenus. Prohibées pour la plupart, ces «œuvres» ont été confisquées par la direction. Parmi elles, une croix en pendentif cachant un couteau, une fourchette pouvant faire office d’arme de poing, un pistolet factice… ou, moins dangereuses, une machine à tatouer et une pipe: «Le statut d’œuvre n’est pas revendiqué par les détenus créateurs, note Barbara Polla. Seul notre regard hésite.»

«La prison exposée» accueille aussi les peintures murales abstraites de Laure Tixier, qui dessine à sa manière l’architecture des établissements de Champ-Dollon, de Curabilis et de La Brenaz. Elle y voit tantôt un œil, tantôt un insecte ou une lettre de l’alphabet. Quatre autres artistes ne manqueront pas d’interpeller les visiteurs à travers des vidéos, des témoignages et des installations lumineuses: «Il s’agit d’Ali Kazma («Jeu de Paume 2017-2018») et de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (Prix Duchamp 2017)», conclut la commissaire.

Le conseiller d'Etat Pierre Maudet a fait le déplacement mercredi soir à Penthes. Tout comme l'ancien directeur de la prison Constantin Franziskakis, devenu aujourd'hui commissaire de police. Des centaines de visteurs ont apprécié l'exposition organisée notamment par l'avocat genevois Me Ronald Asmar.

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