«Notre priorité est d’appuyer les ouvriers»

Marchés publicsPar la voix de leur présidente, Anne Hornung-Soukup, les TPG réagissent alors que leur chantier phare fait l’objet de soupçons de sous-enchère salariale.

Anne Hornung Soukup, présidente des TPG, juge qu’un arrêt du chantier d’En Chardon serait préjudiciable.

Anne Hornung Soukup, présidente des TPG, juge qu’un arrêt du chantier d’En Chardon serait préjudiciable. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Les TPG n’arrêteront pas le chantier de leur futur dépôt d’En Chardon, mais ils assurent qu’ils préserveront les intérêts des ouvriers qui auraient fait l’objet d’une soustraction salariale. La régie publique a dévoilé mardi son plan après que les syndicats ont révélé une affaire de dumping affectant des électriciens italiens, dont la paie, en apparence conforme aux usages, faisait l’objet de ponctions opérées par une société intérimaire italienne. La justice s’est emparée du dossier et le Parlement gronde. Entretien avec la présidente du conseil d’administration, Anne Hornung-Soukup.

Les risques de dumping dont vous aviez été avertis par un député il y a deux ans semblent se matérialiser. Admettez-vous avoir failli?
Non, pas du tout. Après cette alerte, nous avons effectué encore plus de contrôles que prévu, des contrôles très poussés avec les commissions paritaires, sans rien trouver lié à ce risque. Si dumping salarial il y a eu dans le cas d’En Chardon, il ne se pratiquait pas sur le chantier même. C’est le paradoxe de cette affaire: quand les contrôles sont très stricts, les velléités de fraude se déplacent ailleurs. Notre priorité est de savoir ce qui s’est passé, de soutenir les ouvriers et de remédier aux torts qui pourraient leur avoir été faits.

On risque ainsi d’utiliser des fonds publics pour payer à la place d’une société privée!
Un fonds de solidarité est prévu dans le budget depuis le début du chantier. Il sera utilisé si les faits s’avèrent, en fonction de l’enquête en cours. Il ne s’agit pas d’argent supplémentaire du contribuable. Par ailleurs, le conseiller d’État Serge Dal Busco nous a donné l’instruction de consigner les montants litigieux qui restent à payer à l’entreprise, c’est-à-dire de bloquer nos versements à l’égard de cette société tant que la situation n’est pas clarifiée. Nous sommes en train d’examiner la faisabilité juridique de cette solution.

Au Parlement, une fronde se dessine pour exiger l’arrêt des travaux d’électricité. Allez-vous obtempérer?
Franchement, on ne peut pas à ce stade. Ce serait une mauvaise nouvelle pour les ouvriers concernés, mais aussi pour ceux des autres corps de métier. Car si on arrête les travaux d’électricité, on arrête l’ensemble du chantier. Ce serait en outre désastreux pour les plans de mobilité de la fin de l’année, tels que nous les avons préparés afin d’ouvrir ce dépôt en décembre, en lien aussi avec la mise en service du Léman Express. Les conséquences d’un arrêt seraient très lourdes: 10 millions de francs supplémentaires et 18 mois de retard. Tout cela affecterait des milliers de personnes, à commencer par les quelque 800 conducteurs qui sont appelés à travailler à En Chardon. Ces planifications sont très complexes et se font des mois à l’avance.

On me dit que les travaux d’électricité sont achevés à 92%. Vous exagérez l’impact d’un arrêt du chantier.
Même si ce ne sont que 8 ou 12% qui restent à faire, il faut procéder à une analyse longue et approfondie de ce qui a été réalisé pour prendre le relais. Cela durerait des mois. Et il faudrait ensuite ouvrir un nouvel appel d’offres, ce qui nécessiterait encore plusieurs mois. Il faudrait de plus indemniser les autres entreprises affectées par le retard. Par ailleurs, nous sommes liés aux entreprises par des clauses très strictes. Il n’est pas du tout certain que les conditions juridiques soient réunies pour rompre le contrat.

Au Parlement, la colère contre la régie est forte. Des représailles politiques pourraient frapper sa caisse de pension ou sa subvention!
Je comprends cette colère et nous prenons l’affaire extrêmement au sérieux. Mais nous sommes convaincus qu’une décision d’arrêter les travaux d’électricité, ce qui impliquerait de stopper le chantier, serait beaucoup plus grave que de continuer tout en s’assurant que les conditions salariales des ouvriers soient en règle. Un impact sur la caisse de prévoyance ou sur les subsides serait bien sûr grave pour les TPG, mais notre première préoccupation, ce sont les ouvriers et ce serait très grave pour eux que le chantier s’arrête. On ne sait pas tout de cette affaire. On ignore s’il y a des pressions. On ne sait pas ce qui se passerait si les travailleurs devaient repartir dans leur pays.

Si vous avez vraiment suivi les règles dans cette affaire, c’est qu’il faut changer les règles…
Sur ce chantier, on a reçu beaucoup d’offres qui présentaient des écarts de prix considérables. Il était même rare que les offres se trouvent dans un mouchoir de poche. Le cas d’une adjudication à moindre prix n’était donc pas extraordinaire et, dans d’autres cas, cela s’est passé sans problème. Je précise que le travail et le matériel fournis ont été contrôlés et qu’ils sont de qualité. L’entreprise mise en cause avait des références: elle avait déjà œuvré à satisfaction sur deux grands chantiers genevois. Le fait que le prix était avantageux ne révélait donc pas automatiquement une fraude. En outre, si une fraude devait se produire dans un pays tiers, je ne sais pas comment un changement des règles en Suisse pourrait l’empêcher.

Avez-vous des contacts avec l’entreprise incriminée?
Nous avons des contacts techniques sur la suite du chantier. Nous vérifions en parallèle si nous avons le droit, au vu de l’enquête en cours, de discuter de l’affaire avec elle.

Envisagez-vous une plainte contre elle?
On n’exclut rien à ce stade. Toutes les mesures possibles sont étudiées.

Créé: 05.06.2019, 07h25

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