«Toute Pride se doit d’être politique»

Semaine des FiertésJusqu’au 7 juillet, Genève célèbre la Fierté arc-en-ciel. Plus qu’une fête, elle réclame une égalité de droit qui peine à s’imposer.

La Pride 2019 a établi ses quartiers à la rue Lissignol, parée des couleurs arc-en-ciel.

La Pride 2019 a établi ses quartiers à la rue Lissignol, parée des couleurs arc-en-ciel. Image: LAURENT GUIRAUD

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Parée des couleurs de l’arc-en-ciel, la ville accueille du 1er au 7 juillet la semaine des Fiertés, huit ans après son dernier passage dans la cité qui l’a vu naître. Elle a fait de la rue Lissignol, à quelques encablures du Rhône, son Village officiel. Loin de n’être qu’une célébration festive, la Pride est le fer de lance des revendications en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ+ (lesbiennes, gays, bisexuelles, trans*, intersexes, queers).

#MakeHistory

«Nous voulons rendre hommage à toute personne qui est descendue dans la rue à travers l’histoire», proclame en préambule du Manifeste de la Pride 2019 le comité d’organisation. La rue comme mémorial des luttes passées, les bords du lac comme terreau de celles à venir: à Genève, dans le sillage de la grève féministe du 14 juin, une large partie de la population revendique une égalité qui ne parvient pas à s’imposer. À l’origine d’une programmation de plus de 70 événements répartis sur la semaine, les organisateurs espèrent stimuler le partage et l’échange indispensables à la lutte contre les discriminations.

«Cette année, la Pride est éminemment symbolique puisque cela fait cinquante ans que le mouvement de libération LGBTIQ+ a vu le jour sur la scène internationale, grâce aux émeutes de Stonewall (ndlr: du nom du bar new-yorkais fréquenté par des homosexuels, qui a résisté pour la première fois à une descente de police)», souligne Jacopo Ograbek, coprésident du comité d’organisation.

Le hashtag rend hommage à ceux qui ont fait et «font l’histoire», en œuvrant pour l’acceptation des personnes LGBTIQ+. Le slogan incite également «toute personne à «faire l’histoire» elle-même, à enclencher le débat sur les inégalités persistantes: toute Pride se doit d’être politique», clame Jacopo Ograbek.

«Il faut légiférer!»

En dépit de quelques évolutions, les associations d’aide aux personnes LGBTIQ+ mettent en avant l’absolue nécessité de légiférer: «Malgré les progrès – partenariat enregistré en 2007, inclusion de l’orientation sexuelle dans la Constitution genevoise en 2013 etc. – les jeunes, vulnérables, sont encore passés sous silence ou victimes d’homo-, bi- ou transphobie, affirme Yves de Matteis, cofondateur de l’association 360 et député suppléant Vert au Grand Conseil. Le travail de prévention des associations de terrain devrait donc être rendu obligatoire par l’État à tous les niveaux de formation.»

En offrant conseils juridiques et espace de médiation, les associations semblent combler le vide législatif en attendant que la Confédération assure à tous l’égalité, pourtant incluse dans la Constitution. Pascal Messerli, président de l’association Dialogai, estime que la «modification de l’article 261bis du Code pénal (ndlr: contre la discrimination raciale) permettra enfin d’obtenir des statistiques officielles au sujet des agressions homophobes et de pouvoir mieux les combattre. Malheureusement la transphobie a été la grande oubliée de cette loi, mais le combat continuera jusqu'à que l'entier de la communauté LGBT*IQ+ soit considérée, respectée et protégée.» La Suisse arc-en-ciel doit, selon lui, se montrer prête à légiférer en faveur d’une réelle égalité.

Pink-washing?

Le partenariat de certaines multinationales – comme Procter & Gamble, Philip Morris – et de la Pride a suscité un débat au sein des milieux militants. Accaparant les luttes LGBTIQ+ dans un but lucratif, le «pink-washing» permettrait aux entreprises multinationales de surfer sur la vague arc-en-ciel à des fins de marketing, afin de s’offrir un visage éthique et de gagner de nouveaux marchés.

Conscients de ces risques de récupération, les organisateurs de la Pride ont établi une série de critères visant à évaluer le sérieux des donateurs: d’une part la non-discrimination et l’inclusion des personnes LGBTIQ+, et d’autre part l’évolution des politiques internes en matière d’égalité et de diversité.

La participation financière de certaines entreprises irrite: «La «diversité» au travail fait désormais partie intégrante de toute politique d’entreprise qui se veut moderne, s’indignent les membres du CRAQ (Collectif Radical d’Action Queer). Depuis quelques années, les pratiques et les comportements éthiques des entreprises sont devenues un argument de vente, un attrait pour le consommateur. Nous rappelons que nos corps ne sont pas à vendre.»

Créé: 03.07.2019, 07h30

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