Il prépare son voyage dans l’espace

PortraitPilote sur simulateur chez Skyguide, Boris Otter a la ferme intention de devenir cosmonaute, cette année encore.

Boris Otter au centre d’entraînement des cosmonautes à la Cité des Étoiles, près de Moscou.

Boris Otter au centre d’entraînement des cosmonautes à la Cité des Étoiles, près de Moscou. Image: DR

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Boris Otter a la tête dans les étoiles. Le cœur aussi puisqu’il s’enflamme pour l’aviation et l’astronautique depuis son plus jeune âge. Au point qu’aujourd’hui, à 49 ans, cet habitant du Grand-Lancy n’a plus qu’un but en tête, traverser le ciel et dépasser la ligne de Karman (limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace). Pour y parvenir, il ne fait pas les choses à moitié. Jusqu’au-boutiste de la tête aux pieds, c’est un forcené du travail dont la devise est «Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus loin». «Dans ma carrière, j’ai sans cesse adopté le leitmotiv du film «L’Étoffe des héros» , afin de voir la limite que je pouvais atteindre. Suis-je capable d’aller dans l’espace? J’en suis convaincu et j’y travaille activement», dit-il. C’est peut-être cet acharnement qui le conduira dans l’espace cette année.

Pour atteindre ce but, Boris Otter s’est bien préparé. Il a déjà quelques minutes d’apesanteur au compteur, vécues lors d’un vol parabolique zéro G en Russie. «L’étape suivante, dont j’ai déjà suivi quelques modules, est la formation de cosmonaute. Sept touristes sont déjà partis dans l’espace, je me dis, pourquoi pas moi?»

Il faut dire qu’il en a bavé pour en arriver là. Muni d’une licence de pilote privé d’avion (1994) et d’hélicoptère (1996), cet ancien sapeur-pompier professionnel du SIS (1994-2001) a viré de bord en 2001 pour devenir pilote de ligne. Il suit la formation Crossair à Bâle: «Tout s’est bien passé jusqu’au 11 septembre 2001. La situation a alors changé et les conditions d’engagement sont devenues plus difficiles.» Puis il y a eu le crash du Jumbolino de Crossair et enfin le grounding de Swissair qui voit ses rêves de devenir pilote professionnel s’envoler définitivement. «J’ai maintenu mes licences valides jusqu’en 2005, je suis allé jusqu’au bout de mon rêve, mais ça s’est arrêté. J’ai rencontré ma future épouse qui est tombée enceinte cette année-là, dès lors je ne pouvais plus me permettre de maintenir mes licences en l’absence de perspective professionnelle.»

«On a le sourire jusqu’aux oreilles lors des phases d’apesanteur. C’est comme si on flottait dans la mer Morte»

En 2006, il est engagé chez Skyguide comme pilote sur simulateur, en parallèle à d’autres activités au sein de l’aéroport de Genève, une profession qu’il pratique encore aujourd’hui. Arrive l’année 2013 et avec elle, le retour de la passion pour l’astronautique: «Ma femme avait un contact au centre de formation des cosmonautes russes, l’équivalent de la NASA, c’est là où se sont formés Iouri Gagarine ou Thomas Pesquet» explique Boris Otter. Quelques déboires plus tard, notamment avec S3 Swiss Space Systems qui proposait des vols en apesanteur pour 2900 francs mais qui fera faillite en 2016, le pilote s’envole pour la Cité des Étoiles, le centre d’entraînement des cosmonautes Iouri Gagarine au nord-est de Moscou: «J’ai fait dix paraboles, soit 25 à 28 secondes d’apesanteur pure à chaque fois, à bord d’un Ilyushin-76 MDK.»

Il décrit cette expérience ainsi: «On a le sourire jusqu’aux oreilles lors des phases d’apesanteur. C’est comme si on flottait dans la mer Morte, à la seule différence qu’on peut battre des mains et des pieds sans aucun résultat sur le mouvement. On flotte dans l’air. Mais cela a un prix qui s’appelle l’hyperpesanteur: on ressent deux fois le poids du corps (2 g) pour arriver en haut de la parabole et en ressortir, on goûte alors aux joies d’une sorte de mal de mer, de mal de l’espace. C’est très désagréable, surtout vers la fin du vol.»

La suite se déroule en 2018, toujours à la cité des étoiles à Moscou: une formation d’astronaute avec plusieurs modules dont la chaise rotative (30 tours par minute), que Boris Otter décrit comme «le cauchemar des astronautes», le simulateur d’amarrage Soyouz sur l’ISS (Station spatiale internationale), où la combinaison de vol spatiale Sokol. Il y retournera en avril de cette année pour suivre un troisième volet de formation. Désormais, pour finaliser son rêve, deux options s’offrent au futur touriste de l’espace: Virgin Galactic ou Blue Origin, deux compagnies organisant bientôt des vols commerciaux dans l’espace. Boris Otter est déjà inscrit sur la liste d’attente de la deuxième, qui planifie un premier vol pour touristes de l’espace en 2019.

Le problème principal qu’il lui reste à surmonter réside dans le financement: le prix d’un voyage dans l’espace est estimé à environ 250 000 francs. Mais Boris Otter a plus d’une corde à son arc. En collaboration avec 3i3s, une institution à but non lucratif consacrée aux applications aéronautiques et spatiales, il a un projet qui pourrait faire de lui le deuxième suisse dans l’espace après Claude Nicollier.

Créé: 28.02.2019, 09h52

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