La première génération de Suisses noirs portée à l’écran

DocumentaireLe réalisateur Shyaka Kagame met en exergue les questionnements identitaires de sa génération.

Shyaka Kagame a filmé et personnifié à travers cinq exemples 
la première génération de Noirs nés en Suisse.

Shyaka Kagame a filmé et personnifié à travers cinq exemples la première génération de Noirs nés en Suisse. Image: Georges Cabrera

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Bounty: Noir à l’extérieur, Blanc à l’intérieur. L’insulte renvoie sa victime à un comportement si européen qu’elle en aurait oublié ses racines. Mais quelles sont-elles quand on est né et a grandi ici? Les questionnements identitaires sont au cœur de Bounty, documentaire du réalisateur genevois Shyaka Kagame, né de parents rwandais. Sa caméra suit les trajectoires de cinq jeunes âgés entre 9 et 36 ans, la première génération de Noirs nés en Suisse. On y découvre le Fribourgeois Bacary, à «la suissitude» assumée, la Genevoise Winta, soucieuse de transmettre la culture érythréenne à sa fille, Ayan, ou encore Rili, plus imprégné par la culture hip-hop afro-américaine. Sans oublier le Zurichois Jeffrey, employé de banque qui va se prendre une claque sur la terre de ses ancêtres, le Ghana, lui le Suisse perdu parmi les Noirs.

Shyaka Kagame emmène avec habilité le spectateur en immersion dans le quotidien de protagonistes qui composent chacun à leur manière avec leur double origine. Rencontre.

«Bounty» est une insulte très stigmatisante. Pourquoi l’avoir choisie comme titre de film?

La première fois que je suis allé au Rwanda, on m’a qualifié de Blanc. J’avais 12 ans. Je m’attendais à ce qu’on me traite de Suisse ou d’étranger, mais le terme «Blanc» m’a perturbé. En Suisse, la couleur de ma peau est la première chose que les gens voient chez moi. Le sentiment de n’être nulle part à ma place m’a longtemps habité. En titrant le film de cette manière, j’ai voulu désamorcer la gravité du terme «Bounty», ce qu’il sous-tend, pour montrer l’essentiel: chacun se construit avec son côté noir et son côté suisse.

Comment est né «Bounty»?

Les questions identitaires m’ont toujours travaillé. Je l’ai exprimé tout d’abord avec la musique en sortant un album hip-hop intitulé Etranger chez moi en 2005, puis le titre Ne me regarde pas comme ça, cinq ans plus tard. Quand j’ai débuté au cinéma en assistant le réalisateur Frédéric Baillif, je pensais déjà poursuivre cette thématique.

Quel regard la Suisse porte-t-elle sur sa population noire?

Il existe une dichotomie entre ce qu’on entend sur les Noirs et la réalité, notamment dans l’espace médiatique, où l’on n’entend parler de nous qu’à travers les thématiques de l’asile ou du trafic de drogue. Alors que dans la réalité, il n’y a pas de problème noir en Suisse, la grande majorité d’entre nous participe positivement à la société suisse. L’actualité politique de ces quinze dernières années a laissé des traces dans l’esprit de la population. Personnellement, j’ai dû me construire en déconstruisant les préjugés. Il est important à mes yeux de tordre le cou aux fantasmes. En Suisse, l’intégration se fait par assimilation, c’est peut-être pour cela que ce n’est pas encore évident de nous voir comme des Suisses.

Comment est perçu le film?

Les gens l’ont très bien accueilli et beaucoup de Suisses noirs de ma génération m’ont remercié de juste montrer leur réalité, sans en faire trop. En fait, le film répond à un double besoin: celui des jeunes qui vivent ces questionnements identitaires et celui du reste de la population, qui apprend à connaître cette génération suisse et noire. A Cossonay, où il n’y avait pas un Noir dans la salle, le public a aussi apprécié et réussi à s’identifier aux protagonistes du film.

«Bounty» De Shyaka Kagame, projection tous les soirs à 20 h 50 au Cinélux. (TDG)

Créé: 01.07.2017, 15h32

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