Elle est la première capitaine des pompiers

PortraitBetty Pagliara est devenue officière professionnelle au sein du SIS. Du jamais vu.

Avant la caserne, Betty Pagliara a été mécanicienne, gestionnaire de vente puis a travaillé à la police.

Avant la caserne, Betty Pagliara a été mécanicienne, gestionnaire de vente puis a travaillé à la police. Image: LAURENT GUIRAUD

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D’aucuns prétendront qu’elle a une voix désagréable, nasillarde, une voix qui racle les consonnes et malmène les voyelles. Ceux qui pensent cela n’ont pas d’oreille. Betty Pagliara est au contraire une femme que l’on écoute. Quand elle s’exprime en public, devant 400 personnes, le jour de la Sainte-Barbe, on entend une mouche voler au-dessus de l’auditoire. Lorsqu’elle répond à un appel sur la ligne d’urgence du 118, ses mots sont clairs et précis.

Une femme bien dans son uniforme de sapeuse professionnelle, son rôle d’opératrice et, désormais, son grade. Capitaine Pagliara. Le rang hiérarchique ne fait pas tout, mais ça aide. Respect. Et repos. On se détend pour raconter la suite, qui mène «tout droit» à la fonction nouvelle exercée depuis le 1er février: cheffe de la Centrale d’engagement et de traitement des alarmes (CETA), l’un des services clés du SIS, la tour de contrôle de la caserne 1, en connexion permanente avec ses deux sœurs cadettes, la 2 (aux Asters), la 3 (à Frontenex), qui, à leur tour, ne dorment plus la nuit. Garde partagée, H24, sur les deux rives, une armée de veilleurs aux aguets.

Personnel expérimenté

Le Service d’incendie et de secours fait sa révolution opérationnelle. Il faut du personnel expérimenté pour relever les défis quotidiens, des femmes et des hommes prêts à monter dans le train des nominations récentes. «Tout droit», sans se retourner, l’œil rivé sur les postes à responsabilité mis au concours? Pas exactement. Les vraies carrières ne sont jamais linéaires.

Une formation précède souvent celle de pompier. L’état-major continue à l’encourager. Notre capitaine – la première femme officière à exercer ce titre en Suisse dans un corps professionnel – fut d’abord mécanicienne sur voiture, puis gestionnaire de vente de pièces détachées chez un concessionnaire automobile.

La vie qui pulse au bout du fil, les appels au secours dans la nuit viendront plus tard. «En juin 2003, j’ai intégré l’une des centrales de la police, explique Betty. On intervenait en appui du 117, en traitant le volet judiciaire, les avis de disparition, les cambriolages, hors flagrant délit, dans une urgence déléguée, en répondant aux demandes d’informations que nous adressaient les enquêteurs présents sur le terrain.»

Moins d’un an plus tard, l’urgence à trois chiffres cherche du monde à deux rues du boulevard Carl-Vogt. Betty change de centrale sans changer de quartier. Vieux-Billard, la même vue depuis quinze ans. «J’ai dû apprivoiser cette spontanéité, porter secours sans avoir le temps d’analyser la situation en amont comme je l’avais appris à la police. Mes aînés m’ont enseigné la bonne attitude: garder son calme, faire baisser la pression, insuffler le début de l’intervention, donner le ton de ce qui va se passer par la suite.»

En première ligne

La voix, encore elle, engage et accompagne. Dans les camions comme sur les lieux du sinistre, l’opérateur est, via les ondes sonores, en première ligne. Il a un timbre masculin ou féminin, il se prénomme Betty, Aline ou Magali. Il forme des binômes dans une mixité reconnue, il s’étoffe et grandit. Le service perché au dernier étage de la caserne principale compte aujourd’hui 24 collaborateurs.

Diriger du monde n’effraie pas Betty Pagliara, née en 1977 aux HUG, enfant de la Jonction, élevée par des parents originaires de Brindisi, dans les Pouilles. Avant le grade, la formation continue – et intensive – au sein de la commission du personnel, qu’elle présidera cinq ans.

Les prises de parole en public sont justement celles d’une présidente que l’on écoute, dirigeant avec autorité un comité de 13 membres, négociant avec la direction, en connaissance des règles.

«Oui, les règles du jeu, il faut les faire siennes et les respecter, y compris dans les rapports de force. C’est ce qui m’a permis d’être intégrée à un maximum de projets. J’ai ainsi pu me construire dans des domaines qui n’étaient pas les miens au départ: le leadership, la diplomatie, les groupes de travail», résume l’ancienne présidente au talent frontal, apprécié jusque dans les bureaux du ministère de tutelle.

La personnalité ne fait pas tout. «On ne nomme pas sur un sentiment mais sur des éléments factuels», prévient le commandant du SIS, Nicolas Schumacher. Il insiste: «Le processus de sélection est rigoureux. Est choisie la personne qui obtient le plus de points au terme du parcours.»

Podium scientifique? Non, on vient du rang, on connaît le terrain, on a bouffé des fumées. Et quand on est une femme, «on doit faire dix fois ses preuves et apprendre à ne jamais baisser les bras», conclut Betty Pagliara, en saluant au passage ses collègues féminines qui, comme elles et l’ensemble des collaborateurs du SIS, ont choisi de «rendre service et faire du bien aux autres».

Créé: 10.02.2020, 07h22

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