«Sur la Praille, il faut maintenant qu’on nous laisse travailler»

AménagementAntonio Hodgers veut créer une fondation pour le PAV. Et annonce des plans cet automne, qui pourraient tout accélérer.

Antonio Hodgers, chargé du Département du territoire, espère que les tensions politiques vont s’apaiser.

Antonio Hodgers, chargé du Département du territoire, espère que les tensions politiques vont s’apaiser. Image: Lucien Fortunati

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À quand des logements à la Praille? C’est avec cette question en tête que les Genevois ont accepté dimanche la loi sur le PAV, le secteur Praille-Acacias-Vernets. En disant oui, ils ont voulu donner un coup d’accélérateur au projet. Pourtant, pas de quoi ouvrir des chantiers dès demain. Car les conditions-cadres ne sont pas toutes réunies. Dans un contexte politique tendu, les députés doivent encore prendre des décisions, notamment la création d’une Fondation PAV. Le point avec le conseiller d’État Antonio Hodgers, chargé du Département du territoire, qui espère que les tensions politiques vont s’apaiser.

Avec le PAV, on a l’impression de faire et refaire la mise en place d’un banquet sans jamais passer à table. Que se passe-t-il?

À ses débuts, le projet a été survendu. On a fait croire aux gens qu’on construirait rapidement du logement, c’était faux. On a vendu un bolide avec une belle carrosserie, sans les sièges ni le moteur. Le PAV n’est pas une friche et même si les terrains sont propriété de l’État, les entreprises sont au bénéfice de droits de superficie pour des décennies. Quand je suis arrivé au département en 2013, la dynamique était mauvaise. Depuis, le plan directeur de quartier a été adopté, une convention a été signée avec les communes, qui prévoit 2,5 milliards de francs d’équipements publics, et depuis dimanche, la loi PAV est adoptée.

Mais les débats ne sont pas clos. La droite veut davantage d’appartements à vendre.

J’espère que les opposants seront bons perdants et que la droite retirera son projet de loi. Il serait incongru que le parlement contredise le peuple qui vient de voter. Sur les quarante années que durera le PAV, la loi va sans doute évoluer. Mais pour l’heure, les entreprises ont besoin de stabilité. Les clivages politiques doivent cesser. Il faut qu’on nous laisse travailler.

Vous souhaitez pourtant que le Grand Conseil revote sur la Fondation PAV, qu’il a refusée en février.

Ce refus était une bouderie. Les travaux en commission ne laissaient pas présager ce vote. Il y a une grande attente des investisseurs pour un tel outil. C’est le moteur qui fera avancer le bolide.

À quoi va servir cette fondation?

Elle aura pour mission de reprendre les droits de superficie des entreprises et de les transférer aux promoteurs. Elle indemnisera les industriels et financera les impenses comme des dépollutions de terrains ou des relocalisations. Pour cela, elle aura à son actif les terrains du PAV, soit 600 millions, dont 60 millions en cash. Elle ne coûtera rien au contribuable, car elle est autofinancée.

Ne peut-on pas s’en passer?

L’État peut faire sans, mais c’est plus compliqué. Prenez les Vernets: pour déménager l’armée et reprendre les terrains, nous avons dû obtenir des crédits du Grand Conseil, soumis à référendum. Ces processus sont trop longs et incertains pour les entreprises. C’est la raison pour laquelle nous avons fait acquérir les terrains de Firmenich par la caisse de pension des fonctionnaires. C’était une solution plus souple qu’un achat par l’État. Cette fondation s’inspire en fait de celle des terrains industriels. Ce sera une petite structure, agile, en prise directe avec les entreprises.

Les privés ne sont pas mis hors jeu avec cette structure?

Pas du tout. La fondation n’aura pas de monopole. Un industriel installé au PAV peut très bien lancer lui-même une opération immobilière. Ou il peut se faire sponsoriser par un promoteur. Dans ce cas, il lui revient de trouver la solution de déménagement. Mais la plupart des entreprises se concentrent sur leur business et ne sont pas intéressées par l’immobilier. C’est à elles qu’est destinée la fondation. J’espère qu’elle sera adoptée au début de 2019.

À quand les premières grues?

Aux Vernets, après l’adoption du plan de quartier en 2017, les autorisations de construire seront déposées ce mois pour être délivrées au début de 2019. Les 1500 logements seront livrés entre 2022 et 2024.

Pour le reste, quand vont sortir les plans de quartier?

Aux Acacias, où sont prévus 3000 logements, la mise à l’enquête publique est agendée pour cet hiver. À l’Étoile, cette étape est prévue pour cet automne. Une année plus tard, ces PLQ seront adoptés.

Mais du PLQ au chantier, il faut souvent attendre des années.

Pas ici. Au PAV, nous avons coordonné autant que possible la planification avec la réalité foncière. Les plans de développement correspondent souvent à des sites qui sont prêts à être libérés. Une fois que les PLQ seront adoptés, les projets suivront très vite. Ce n’est pas une planification hors-sol, comme on a pu le faire à la Marbrerie où un petit artisan bloque un projet car il veut rester sur son droit de superficie. Si une entreprise dit clairement qu’elle ne veut pas bouger, nous pouvons aller voir ailleurs.

Ces PLQ sont assez impressionnants par leur densité.

Peut-être. Mais si nous voulons préserver la zone agricole et 90% de la zone villas, il faut créer des quartiers denses là où les connexions aux transports sont bonnes, comme au PAV. Cela dit, la densité moyenne sera similaire à celle de quartiers comme les Pâquis et les Eaux-Vives. Certes, les gabarits sont plus grands, mais ils permettront de créer de nombreux espaces publics. (TDG)

Créé: 13.06.2018, 19h35

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