Poste des Charmilles: les dessous d’un bras de fer

Service publicFaute d’accord avec la Ville de Genève, une autorité indépendante tranchera sur le sort de l’office de la Rive droite.

Le transfert de la poste des Charmilles dans un centre commercial représente une cinquantaine de voix contre, selon un sondage; et 4350 signatures pour, selon une pétition.

Le transfert de la poste des Charmilles dans un centre commercial représente une cinquantaine de voix contre, selon un sondage; et 4350 signatures pour, selon une pétition. Image: Georges Cabrera

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La Poste a-t-elle sa place dans un centre commercial? C’est une autorité indépendante, Postcom, qui tranchera. En effet, l’ex-régie fédérale aimerait déplacer l’office actuel de la rue des Charmilles quelque 350 mètres plus haut, à Planète Charmilles. Du point de vue du géant jaune, cela permettrait une extension des horaires d’ouverture le samedi après-midi (mais une ouverture à 9 h au lieu de 8 h en semaine) et une augmentation du nombre de guichets, lesquels passeraient de sept à huit. La Ville de Genève s’y oppose depuis le départ. Pourtant, l’immeuble ainsi libéré permettrait de créer une cinquantaine d’appartements locatifs. Loin de s’en réjouir, les autorités n’y voient qu’«une opération immobilière» qui mettrait en péril tout agrandissement de l’école adjacente.

«Une enquête de proximité démontre que 70% des gens sont pour le maintien de cet office de poste», argumente le magistrat Rémy Pagani, en charge de l’Aménagement. Or, à bien y regarder, cette enquête se base sur 127 entretiens, menés dans des conditions compliquées (hors du périmètre immédiat de la poste, «dans le froid et les intempéries»). En réalité, 47% des sondés sont contre, et il y a aussi 47% de personnes qui sont «pour ou pas contre» ou qui ne se prononcent pas. Quant aux raisons de ces positions, elles sont résumées en termes très vagues. Nous avons demandé des précisions à une des auteures de l’étude, qui a refusé de nous répondre.

Une pétition fournie

En parallèle, une pétition lancée par des commerçants de Planète Charmilles pour le déplacement du bureau de poste a recueilli 4350 signatures en une dizaine de jours. Dans une lettre adressée au Conseil administratif, Karakin Koese, le président de l’association des commerçants du centre commercial, demande à l’Exécutif de revoir sa position. Il vante une meilleure accessibilité du site, «avec 4 ascenseurs qui viennent d’être rénovés, un parking sécurisé avec vidéosurveillance, des places handicapés réservées à chaque entrée du centre» et une desserte «par les lignes de bus 6, 10, 11 et 19». L’office de la place des Charmilles est, lui, tout en escaliers. «Il y a une rampe, balaie Rémy Pagani. Il n’y a jamais eu de problème d’accessibilité.»

Karakin Koese rapporte aussi que «quatre commerces du centre ont fait faillite et cessé leurs activités du jour au lendemain», et cite la concurrence: les centres commerciaux de Balexert et du Petit-Lancy ont une poste et semblent mieux se porter, car «les clients veulent de plus en plus trouver tous les services au même endroit».

«Je suis pour des réseaux de quartier proches des habitants»

L’argument économique n’émeut guère Rémy Pagani. «Dans toute l’Europe, les centres commerciaux perdent de l’attractivité. Aux Charmilles, c’est la même chose, ce n’est pas une raison pour y déplacer un office de poste afin de rendre rentable un endroit qui a mal été pensé depuis le début.»

Malagnou hors de danger

L’Exécutif persiste donc dans sa démarche, la dernière rencontre avec La Poste, en début de semaine, n’ayant mené à rien. «On avait essuyé pas mal de critiques il y a plus de dix ans concernant la poste de Saint-Jean à la rue du Beulet, notamment car la population y est âgée», rappelle Rémy Pagani. En l’occurrence, il s’agissait alors d’une fermeture pure, et non d’un simple transfert comme envisagé aux Charmilles. «Mais la problématique de la fermeture de la moitié des offices postaux est venue se rajouter», indique l’élu. Si aucun changement n’est pour le moment prévu à Malagnou, la filiale de la rue du Stand est en sursis. Quant à Rive, La Poste espère reconstruire le bâtiment pour un nouvel office. Aux yeux du conseiller administratif, il ne s’agit que de «valoriser leurs terrains».

«Cette stratégie de dire que ce n’est plus La Poste qui doit aller vers les gens mais aux gens d’aller vers La Poste, ça ne va pas», reprend la figure d’Ensemble à Gauche. Tout dépend du lieu d’habitation de la population concernée: les habitants de Saint-Jean ne seront peut-être pas contents de devoir traverser toute la place des Charmilles, tandis que ceux qui sont en amont et qui ont déjà vu la poste de l’avenue d’Aïre supprimée seront sans doute soulagés de voir les guichets se rapprocher d’eux. «Je ne privilégie pas les uns par rapport aux autres, conteste l’édile. Je suis simplement pour des réseaux de quartier proches des habitants, pas pour des centralités.»

(TDG)

Créé: 11.10.2018, 19h34

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