Porteous libéré sous caution culturelle

Occupation aquatiqueLes occupants ont accepté de rendre les clés du bâtiment, en ayant convaincu l’État de renoncer au projet de prison. La culture l’emporte.

La cabane construite sur le toit de Porteous sert de signature architecturale.

La cabane construite sur le toit de Porteous sert de signature architecturale. Image: Georges Cabrera

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La date du 15 mars était dans l’air, sans que l’on sache très bien s’il fallait la voir comme un dernier tour de table entre gens bien élevés, un ultimatum ou une évacuation du site par la force. Et voilà que les occupants et les occupés se mettent d’accord pour communiquer le même jour, mais séparément.

Ce jeudi en fin de journée, sous une météo tempétueuse, on apprend la nouvelle attendue: l’ancienne station d’épuration d’Aïre sera libérée au seuil du week-end par le collectif Porteous, lequel avait investi les murs, les étages et le toit du bâtiment le 25 août dernier, suite à un abordage par le fleuve largement médiatisé.

Les termes de cette «libération» ont donc été commentés deux fois, ce jeudi en fin d’après-midi. Les membres du collectif, d’abord, ont convié la presse à venir les écouter dans la cabane en bois haut perchée qu’ils ont construite sur le porte-à-faux de l’usine. Ils tiennent ainsi à montrer, concrètement, qu’ils sont toujours dans la place et que ce n’est pas la peur du gendarme qui les a décidés à la quitter, sans la quitter complètement.

De l'intérieur vers l'extérieur

On se retire de l’intérieur, on continue à investir les extérieurs. Porteous se poursuit, en mode plein air. Ce n’est pas l’espace qui manque, à cet endroit, au bord du Rhône. «Nous avons demandé et obtenu de pouvoir continuer nos activités à proche distance du site, expliquent les occupants. Deux containers seront mis à notre disposition. Ils seront équipés de ce qui nous a été refusé depuis le début: l’électricité.»

Le bruit de la génératrice s’éloigne. Mais encore? «Le retrait de la plainte qui pesait sur nous: chose acquise, ainsi que notre représentation à la table de la commission qui doit, dès demain, dessiner l’avenir socioculturel de Porteous. Nous y enverrons une délégation de trois personnes, sans compter l’un des architectes avec lesquels nous collaborons étroitement. Cela fait maintenant sept mois que l’on vit dans le lieu. On le connaît. Cette fréquentation quotidienne et les projets que l’on défend nous confèrent une légitimité que l’on entend bien réaffirmer lors des discussions à venir.»

Longues négociations

Cette sortie d’occupation sans rien casser, mais en refermant dès lundi les accès – il faudra encore se mettre d’accord sur les clés, inexistantes à ce jour – ne s’est pas réalisée non plus en une séance, le sourire aux lèvres. Les négociations ont été laborieuses, le dialogue s’est heurté à une forme de surdité institutionnelle, avant de reprendre plus tard, à la fin de janvier, avec un propriétaire étatique peu porté sur la rêverie associative et les chantiers participatifs.

Il n’empêche, le communiqué officiel du Conseil d’État a de quoi rendre optimiste. Il confirme que «la libération du bâtiment entraîne le retrait de la plainte pénale visant le collectif pour occupation illicite du site propriété de l’État». Les pirates sont absous. Ils ne risquent pas la prison, après avoir permis à Porteous d’y échapper. Cette victoire a été rappelée à juste titre.

«La réalisation d’un centre dédié à des projets culturels peut désormais démarrer, poursuit le communiqué. Le processus débutera immédiatement après que l’Office cantonal des bâtiments (OCBA) aura confirmé la libération des lieux. Le département de la cohésion sociale, en collaboration avec le Département des infrastructures, entend poursuivre les travaux avec célérité dans le but de doter le canton et la région d’un nouveau site culturel emblématique. Il se réjouit que cet édifice patrimonial important héberge à l’avenir des acteurs culturels.»

Trouver le financement

Dans chaque phrase de la chancellerie d’État, le mot «culture». C’est plutôt inhabituel, même si le pragmatisme reprend le dessus en précisant que, «lorsque les futures missions du lieu auront été déterminées, il s’agira d’obtenir les financements permettant les travaux de rénovation et de transformation appropriés, en fonction des objectifs et des besoins.»

Menuisiers d'élite

Sur ces questions-là, il faut faire confiance au collectif Porteous. Ses membres continueront à donner de la voix. «On ne va pas attendre dix ans avant de réinvestir les espaces, pour en faire des ateliers, des salles de concert et spectacles accessibles à tous. Les plans de sécurité sont déjà dessinés, les issues de secours existent, les jauges ont été définies», résument les occupants, bâtisseurs, programmateurs et menuisiers d'élite. La cabane, préfigurant le village d'altitude maintes fois évoqué, suscite chaque jour l'admiration des employés des SIG et des pompiers professionnels qui naviguent sur le Rhône.

Créé: 14.03.2019, 21h23

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