Les pompiers craignent pour l’avenir de leur musée

Ville de GenèveUn projet vise à créer des logements pour étudiants au 1, rue du Stand. Quid du musée et de la caserne des volontaires?

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Passer la porte du musée du Service d’incendie et de secours (SIS) de la Ville de Genève, c’est pénétrer dans une caverne d’Ali Baba à la gloire des hommes du feu. Or, les pompiers retraités qui gèrent ce lieu estiment qu’il est menacé. En cause, un projet de logements pour étudiants, qui lorgne cette parcelle appartenant à la Ville de Genève, située au 1, rue du Stand. Un crédit de 150 000 francs destiné à réaliser une étude de faisabilité vient d’être renvoyé par le Conseil municipal en Commission des travaux.

Si la coopérative la Ciguë ainsi que les conseillers municipaux qui soutiennent ledit projet affirment que le futur bâtiment pourrait tout à fait continuer d’abriter le musée (lire ci-dessous), les gardiens de ce temple militent, eux, pour le statu quo.

Eliane 1 et ses 30 mètres

«On essaie de sauver notre musée car il s’agit du patrimoine de tous les Genevois», lance Michel Bert-Erboul, conservateur et pompier professionnel à la retraite. Sur trois niveaux, c’est un condensé de l’histoire du SIS depuis la création du premier bataillon, au printemps 1840. «Ici, c’est Eliane 1, la première échelle automobile de Suisse, décrit notre guide. Elle faisait déjà 30 mètres. Pour l’anecdote, elle était en réfection pendant l’incendie du Grand Théâtre le 1er mai 1951.»

Du rez-de-chaussée à la mezzanine, on trouve pêle-mêle des sceaux, des lances, des camions, des poteaux incendie, du matériel de secours, des médailles… «Celle-ci est une pièce unique, indique le conservateur en la sortant de sa vitrine. Elle a été remise au premier commandant professionnel de Genève, M. le major Keller.» Des protections respiratoires aux moyens d’alarme (des tambours à l’époque où le tocsin servait uniquement à prévenir d’un assaut militaire) en passant par les tenues, l’évolution du métier de sapeur-pompier saute aux yeux. «Pour ma part, dans les années 70-80, j’intervenais habillé comme ça», indique Michel Bert-Erboul en désignant un mannequin vêtu d’une salopette, de bottes en caoutchouc, d’une veste en cuir, d’un casque et d’un foulard, pour protéger le cou. «Quand ça nous brûlait trop les oreilles, on ressortait.»

En réalité, ce sont eux, les pompiers professionnels à la retraite, qui font la richesse de ce musée. Eux qui l’ont construit de leurs mains. «Toute l’infrastructure en bois a été bâtie pendant nos heures de piquet.» D’où leur attachement au lieu, qui accueille, selon Michel Bert-Erboul, 3000 visiteurs par an en moyenne.

Quatre véhicules

Sans compter qu’au 1, rue du Stand se trouve aussi la caserne des pompiers volontaires de ce secteur de la rive gauche du Rhône, allant du cimetière Saint-Georges aux Minoteries et incluant Plainpalais. Répartis entre le rez-de-chaussée et le premier étage, les locaux en question comprennent des vestiaires, un réfectoire, une salle des opérations et un garage abritant quatre véhicules – «comme dans chaque dépôt», précise Michel Bert-Erboul. «Les volontaires viennent en renfort des professionnels, dont les effectifs sont réduits», insiste le retraité. Le rôle stratégique de ce dépôt a aussi été relevé par l’Office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires. Ainsi, dans une missive adressée au Conseil administratif, l’inspecteur cantonal du feu, le lieutenant-colonel David Gysler, écrit que «la localisation de ce dépôt répond pleinement aux besoins actuels et futurs». Notamment dans le cadre de la réorganisation future de l’ensemble du dispositif. Un argumentaire qui vient s’ajouter à celui, plus affectif, de l’attachement au musée.

Lors de la dernière plénière, les conseillers municipaux d’Ensemble à Gauche et du MCG ont mis en avant la valeur patrimoniale des lieux, tandis que le PS et les Verts ont défendu le potentiel en matière de logements pour étudiants. La Commission des travaux en débattra.


«Du potentiel pour loger des étudiants»

Voilà maintenant trois ans que la coopérative de logements pour personnes en formation, la Ciguë, s’est penchée sur le 1, rue du Stand. Selon Aline Juon, responsable des projets de construction, le potentiel de cette parcelle est évident. «Tôt ou tard, il faudra rénover ce bâtiment. C’est le lieu idéal pour loger des étudiants. Il y a un arrêt de tram à proximité, le futur quartier d’Artamis juste en face, l’Usine…»

Le projet présenté par la coopérative propose de bâtir un nouvel immeuble plus haut à la place de l’existant, qui ne comprend qu’un étage sur rez. Selon les calculs de la Ciguë, «la surface brute de plancher, actuellement de 1230 m2, peut être potentiellement multipliée par cinq pour atteindre 5900 m2.» Les étages pourraient ainsi accueillir 136 chambres, auxquelles s’ajoutent des espaces communs de type cuisine et salon. Mais surtout, insiste Aline Juon, «le rez-de-chaussée pourrait abriter le musée des pompiers. Ce qui permettrait d’en faire un espace plus ouvert vers l’extérieur et mieux mis en valeur.» Pour tenter de convaincre les hommes du feu, la Ciguë explique avoir budgétisé les frais de démontage, de stockage et de remontage de la mezzanine en bois. «Ils s’imaginent que l’on veut les mettre dehors, ce n’est pas le cas!» poursuit-elle.

Même incompréhension de la part du conseiller municipal socialiste Grégoire Carasso: «C’est un projet fédérateur qui ne demande qu’à être déployé. Il intègre la présence des pompiers sur le site et crée du logement.» Tout en rapportant, puisque la rente annuelle de superficie que pourrait encaisser la Ville est estimée à 90 000 francs par an. D’où son étonnement de voir la demande de crédit d’étude de faisabilité renvoyée en commission des travaux. «L’étude est là pour creuser les options», rappelle celui qui signait une motion sur le sujet il y a plus de deux ans déjà.

Pas de quoi décourager la Ciguë qui, rappelant l’énorme besoin de logements étudiants à Genève, a lancé une pétition pour que ce dossier avance. Les membres de la coopérative entendent la faire signer samedi à l’occasion de la manifestation pour le droit à la ville et au logement. «On espère que cela sensibilisera Rémy Pagani (ndlr: magistrat chargé des Constructions), qui aime bien les pétitions», conclut Aline Juon.
M.P. (TDG)

Créé: 05.10.2017, 22h12

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