La pollution lumineuse est un fléau pour les animaux et pour la santé des hommes

Colloque Une rencontre transfrontalière a eu lieu au Lignon, ce vendredi, sur ce phénomène aux effets néfastes.

La pollution lumineuse est un phénomène relativement récent, qui n’a fait qu’empirer ces dernières décennies.

La pollution lumineuse est un phénomène relativement récent, qui n’a fait qu’empirer ces dernières décennies. Image: Getty Images

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«La lumière a été vécue comme un progrès, mais aujourd’hui, elle est devenue une source de nuisances.» Le conseiller d’Etat en charge de l’Environnement, Luc Barthassat, résume bien l’enjeu de la rencontre qui s’est tenue ce vendredi autour de la pollution lumineuse, au siège des Services industriels de Genève, au Lignon. Coorganisé par l’Etat de Genève, le Conseil régional du district de Nyon et la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), ce colloque intitulé «Quand l’éclairage public nous fait de l’ombre» a réuni une brochette de spécialistes. Une soixantaine de personnes y ont participé.

Liée à l’essor de l’électricité, la pollution lumineuse est un phénomène relativement récent, qui n’a fait qu’empirer ces dernières décennies. En trente ans, l’éclairage public a ainsi doublé dans la région lémanique. Au niveau global, un tiers de l’humanité ne peut plus apercevoir la Voie lactée à cause du halo généré par l’éclairage urbain.

Ravages sur la faune

Cela a des conséquences sur l’environnement et sur la santé. L’animal diurne qu’est l’homme a tendance à oublier que la plupart des autres espèces sont nocturnes: «64% des invertébrés, qui représentent les neuf dixièmes du vivant, et 28% des vertébrés vivent la nuit», précise Romain Sordello, du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Pour eux, l’éclairage artificiel nocturne constitue souvent un obstacle. «Une route éclairée est infranchissable par de nombreuses espèces, non pas à cause du trafic automobile, mais à cause de la lumière», poursuit le scientifique, qui plaide pour l’établissement d’une trame noire. A l’instar d’un corridor biologique, celle-ci doit permettre aux animaux de circuler d’un biotope à l’autre sans être arrêtés par une barrière lumineuse.

Paradoxalement, la pollution lumineuse peut être un piège pour des espèces qui sont attirées par la lumière. «Les oiseaux migrateurs et certains mammifères marins se repèrent grâce aux étoiles, mais s’ils ne peuvent plus les voir, ils sont désorientés, déplore Romain Sordello. Les tortues marines qui viennent de naître se dirigent vers la mer en suivant le reflet de la lune sur l’eau. Or, quand l’éclairage public est plus fort, cela les induit en erreur et elles partent dans la mauvaise direction.» Quand aux insectes, beaucoup meurent d’épuisement en tournant autour des réverbères ou se brûlent sur les luminaires. C’est leur seconde cause de mortalité après les pesticides. De plus, la pollution lumineuse déséquilibre l’écosystème, puisque certains prédateurs diurnes peuvent continuer de chasser la nuit, au détriment de leurs proies.

Même les plantes en sont perturbées, car les étapes de leur développement sont réglées par la lumière du jour. L’éclairage artificiel peut les induire en erreur. On appelle cela la «désynchronisation biologique», un mal qui affecte également l’homme. «Notre horloge biologique est régie par le cycle jour nuit, explique David Hicks, chronobiologiste à l’Université de Strasbourg. Par exemple, la mélatonine est secrétée seulement la nuit, et il suffit de très peu de lumière pour l’inhiber. Or, cette hormone joue notamment un rôle dans le sommeil, le système immunitaire ou l’humeur, et elle agit comme anticancéreux.»

Prise de conscience

Les pouvoirs publics ont commencé à prendre conscience du problème. La Ville de Genève s’est ainsi dotée d’un Plan lumière. «Depuis dix ans, nous n’utilisons plus d’éclairages incrustés dans le sol et dirigés vers le ciel, sauf pour quelques arbres remarquables», cite en exemple Florence Colace, architecte-éclairagiste à la Ville. En France, les vitrines des magasins doivent désormais être éteintes entre 1 h du matin et 7 h, et les façades et monuments ne sont plus éclairés que du coucher du soleil à une heure. La Commune d’Archamps, en Haute-Savoie, a décidé d’aller plus loin: à l’avenir, l’éclairage public y sera complètement éteint entre 23 h et 5 h. Cette mesure a déjà été mise en œuvre ce vendredi soir à titre démonstratif, un événement auquel s’est jointe la Société astronomique de Genève, qui en a profité pour observer les étoiles.

Mais les autorités doivent faire une pesée d’intérêts. Faut-il privilégier la lutte contre la pollution lumineuse ou le sentiment de sécurité induit par l’éclairage nocturne? Dilemme…

Créé: 31.03.2017, 21h13

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