Un policier tenace gagne le droit d’être barbu

Règlement Une directive ouvre la voie aux hommes en uniforme portant la barbe. Un bastion genevois s’effondre.

Un policier lors de la grève de la barbe en 2011.

Un policier lors de la grève de la barbe en 2011. Image: Keystone

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Il n’est pas du genre à caresser ses chefs dans le sens du poil. Après des mois de bras de fer, un policier en uniforme vient de gagner son match contre la hiérarchie qui refusait de lui laisser porter la barbe au travail. Prêt à en découdre en justice, l’homme demandait en janvier à la commandante Monica Bonfanti de lui octroyer une autorisation de se laisser pousser les poils du visage. Son avocat, Me Manuel Bolivar, déplorait alors une tradition séculaire genevoise qui inspire l’ordre de service suivant: «Les gendarmes doivent prendre leur service fraîchement rasés, sans barbe ni longs favoris.» Le policier a essuyé un refus en mars, mais Monica Bonfanti promettait en fin de courrier d’examiner la problématique dans le cadre de la réorganisation de la police. C’est désormais chose faite et dans le sens de la demande du futur barbu.

De la barbiche aux favoris

A la police, le poil est parfois le nerf de la guerre. Le syndicat de la gendarmerie avait recouru, notamment en 2011, à la grève du rasage pour se faire entendre. Plusieurs députés policiers, dont Thierry Cerutti, avaient ensuite invité le Conseil d’Etat (par le biais d’une motion votée par le Grand Conseil) à supprimer cette interdiction arguant que de «très nombreux cantons permettent aux gendarmes de porter une barbe et que la gendarmerie genevoise est le dernier corps uniformisé à garder l’interdiction». Un débat resté alors sans suite, le Conseil d’Etat estimant à la fin de 2014 que l’adaptation des règles et usages était du ressort du magistrat de tutelle et de la direction policière.

Lundi, Me Bolivar a pris acte de la «révolution en cours»: la direction de la police lui annonce que l’état-major a pris la décision de modifier la teneur de l’ordre de service intitulé «Discipline» et de créer une nouvelle directive «Présentation personnelle-tenue». Elle contiendra un chapitre relatif au port de la barbe, de la barbiche, de la moustache et des favoris. Comme ce règlement n’entrera en vigueur qu’à la fin de l’année, le policier est tenu de recourir à son rasoir jusqu’à la fin de décembre. S’il s’obstine, il peut encore saisir la justice, comme lui indique son employeur. «Nous ne le ferons pas, assure l’avocat. Cette décision est raisonnable et sonne le glas d’une pratique d’un autre temps dans la gendarmerie.»

La future directive met toutefois des limites aux policiers, comme le mentionne la décision reçue par l’avocat. Ainsi, le personnel en uniforme devra laisser la barbe durant une période d’absence suffisante «afin de présenter un aspect non négligé lors de la prise de service». Le cou devra être bien rasé. La barbe bien taillée, entretenue et d’une longueur maximale d’un centimètre. Il faut que «la pilosité soit entretenue pour qu’elle soit compatible avec la fonction et avec la sécurité personnelle et qu’elle s’accorde avec le port, par exemple, du masque de protection».

Héritage de l’occupation

Me Bolivar rappelle à ce propos que «les sapeurs-pompiers genevois ont l’autorisation de port de barbe et qu’ils utilisent fréquemment un masque respiratoire, de même confection que celui de la police et sans aucun problème de sécurité». L’avocat ironise en relevant que la «tradition séculaire» provient, selon le Conseil d’Etat, de l’héritage de l’organisation policière prévalant durant… l’occupation française de 1798. «Or la France a récemment supprimé cette interdiction au sein de la police.» Et d’ajouter que même les soldats suisses peuvent être barbus. Bref, pour Me Bolivar, il n’y a pas de bonne image qui tienne ni de menace subversive sur l’institution: «Les policiers ressentent cette interdiction comme une brimade, une contrainte injustifiée nuisant à la bonne marche de la police.»

Les séances en images

Séance du vendredi 28 mars 2014 à 14h

Séance du vendredi 14 novembre 2014 à 15h (TDG)

Créé: 05.10.2016, 22h14

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De la grève du rasage à celle de la cravate

On connaissait la grève du rasage dans la gendarmerie en 2011, place à la grève de la cravate chez les inspecteurs. C’est une des mesures de protestation annoncées hier par le Syndicat de la police judiciaire (SPJ). Comme l’écrivait l'ats et 20 minutes, les représentants des inspecteurs rejoignent la fronde contre une directive permettant «à la hiérarchie de changer plus facilement les horaires sans majoration des heures». A l’instar du syndicat de la gendarmerie (UPCP), le SPJ s’est réuni mardi en assemblée générale et exige le retrait du texte et l’ouverture de négociations. Tant que les inspecteurs n’obtiendront pas satisfaction, ils maintiendront leurs actions. «Plus personne ne répond au téléphone hors des heures de travail ou des heures de piquet, explique Daniel Weissenberg, vice-président du SPJ. Nous avons décidé, comme l’UPCP, de boycotter deux semaines de formation continue romande. Par ailleurs, nous ne porterons plus de cravate en cas de mission de protection personnelle de membres de délégations étrangères.» Le service de presse de la police relève que la directive est en phase de test durant un an: «Une marge de manœuvre existe et des rencontres peuvent être organisées, comme cela a toujours été le cas.» F.M.

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