La police a verbalisé deux fois moins en janvier

AmendesDepuis le début de l'année, la loi oblige les policiers à inscrire leur nom sur les amendes. Ce qui porte un coup à leur motivation...

Le nombre d'amendes d'ordre est passé de 3266 en janvier 2019 à 1732 en ce début d’année, soit une baisse de 47%.

Le nombre d'amendes d'ordre est passé de 3266 en janvier 2019 à 1732 en ce début d’année, soit une baisse de 47%. Image: Lucien Fortunati

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Depuis qu’ils doivent inscrire leur nom et leur prénom sur les amendes, les policiers n’osent plus verbaliser les citoyens. C’est ce que l’on est tenté de croire tant le nombre d’amendes d’ordre délivrées par la police cantonale a baissé en janvier par rapport à l’an dernier. Une conséquence directe de la modification de l’ordonnance sur les amendes d’ordre, qui est entrée en vigueur en janvier. Celles-ci sont passées de 3266 en janvier 2019 à 1732 en ce début d’année, soit une baisse de 47%.

Alexandre Brahier, porte-parole de la police genevoise, reconnaît la «conséquence inévitable d’une période d’adaptation nécessaire induite par le changement de loi». Mais il assure que les infractions les plus graves sont amendées avec le même zèle et que la sécurité des citoyens n’est pas en jeu: «Une voiture parquée sans droit sur une place pour handicapés ou un conducteur téléphonant au volant seront tout aussi bien signalés qu’avant.»

Voitures mal garées

La police municipale de la Ville de Genève enregistre elle aussi une légère diminution du nombre d’amendes d’ordre en janvier 2020, 1179 contre 1271 l’an dernier, un recul à relativiser puisque janvier 2018 indiquait 1493 amendes. Pourtant, si aucun chiffre n’est articulé pour les polices des communes, la baisse est constatée aussi par les policiers municipaux du canton.

Cédric Wider, président de l’Union des polices municipales genevoises, confirme: «Du retour que nous avons de nos membres, il a été constaté une baisse significative de la motivation du personnel et une diminution des amendes d’ordre apposées en lien avec le stationnement, notamment si celui-ci ne représente pas un danger pour les usagers ou les piétons.» En clair, moins de verbalisations pour les voitures mal garées. «Pour ce qui est des flagrants délits, où l’agent a lui aussi l’identité du contrevenant, nous constatons que cela semble poser moins de craintes car l’agent verbalisateur sait justement à qui il a affaire.»

Aide psychosociale

Mais ne vous réjouissez pas trop vite de pouvoir vous parquer hors zone macaron en toute impunité. Jean-Yves Goumaz, directeur de la Fondation des parkings, chargée d’amender les véhicules mal garés, confirme que si le nombre d’amendes a baissé au début de janvier, la situation «s’est stabilisée depuis». Comment? «Des mesures ont été prises pour tranquilliser les agents.» Par exemple, «nous avons mandaté une entreprise pour enlever l’empreinte internet de nos employés, notamment les moyens de trouver rapidement l’adresse postale d’un employé». Une «hotline de confiance» ainsi qu’un «accompagnement psychosocial» ont également été mis en place. Mis à part «quelques cas de plaintes pour vice de forme» – où l’agent n’avait pas complètement indiqué son nom et son prénom – «les choses sont rentrées dans l’ordre», assure le directeur.

Fribourg n’applique pas

Gabegie d’envergure nationale, cette précision de la nouvelle loi embête plus d’un corps de police. En ville de Fribourg pourtant, la police locale continue comme auparavant. Pierre-Olivier Nobs, conseiller communal chargé de la police, le confirme: «Sur les amendes et les quittances, le matricule est indiqué, et si une personne nous en fait la demande, nous donnons l’identité de l’agent. Nous respectons l’esprit de la loi. Le Conseil communal a préféré différer l’application à la lettre en attendant que la situation soit clarifiée au niveau suisse. D’autres villes bien plus importantes que Fribourg ne font également pas une application stricte de cette ordonnance.»

Concrètement, la Ville de Fribourg attend un positionnement de l’autorité cantonale sur la transparence et la protection des données, ainsi que de la Conférence des directrices et directeurs de la Sécurité des villes suisses (CDSVS).

Cette dernière répond par le biais de son secrétaire, Christoph Lienhard: «La conférence n’a pas encore traité le sujet de manière formelle, mais elle a pris connaissance de ce problème. Il est prévu que le comité en discute la semaine prochaine au plus tôt. Cela dit, nos compétences sont très limitées face à une loi fédérale.» Quant à savoir si l’esprit de la loi est respecté, «ce sera la tâche du tribunal de le dire, lorsqu’un cas y sera porté».

Créé: 21.02.2020, 16h26

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