«La police flirte avec la ligne rouge. Ça suffit!»

InterviewPierre Maudet, conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, appelle ses troupes à la réflexion.

Pierre Maudet: «Comment vouloir faire respecter les lois et les violer en manifestant en armes et masqué?»

Pierre Maudet: «Comment vouloir faire respecter les lois et les violer en manifestant en armes et masqué?» Image: Pierre Abensur

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Les voyants passent au rouge dans le secteur de la sécurité. Rogne des gardiens de prison, mouvement des policiers, manifestation en armes des agents de sécurité, les colères se liguent. Que va faire Pierre Maudet, le conseiller d’Etat en charge de la Sécurité et de l’Economie?

Pierre Maudet, le feu prend à tous les étages de votre département…

On est à la croisée des chemins. D’une part, ma politique a des effets positifs, comme la baisse de la criminalité, l’augmentation des renvois de délinquants, le passage d’accords avec d’autres corps et d’autres pays. D’autre part, des inquiétudes s’expriment, liées à la Loi sur la police et à la peur du changement. L’idée n’est pas d’affaiblir la police, mais bien au contraire de lui donner tous les moyens pour lutter contre une criminalité qui a évolué.

Votre méthode consiste à aller vite. Trop vite?

La criminalité n’attend pas. J’ai posé un diagnostic et négocié depuis deux ans avec tous les partenaires: le Ministère public, les syndicats, les communes. J’ai arraché des budgets substantiels pour la mise à jour du secteur pénitentiaire et les augmentations de postes à la police. Fallait-il attendre que de nouvelles places de prison soient construites pour y enfermer les criminels qui agissaient alors en toute impunité et dont les «remises trottoirs» minaient le moral de la police… et de la population? Je ne crois pas. Après deux ans de travail, la Loi sur la police (LPol) est à bout touchant. Le message des syndicats de police est illisible. Ils ont tourné leur veste in extremis sur la LPol parce qu’ils réalisent que leur grève préventive contre Score (ndlr: nouveau système de rémunération des fonctionnaires) est isolée et sans débouché.

Avez-vous l’intention de les rencontrer cet été pour calmer le jeu?

Concernant la LPol, c’est désormais au Parlement de trancher. Quant à l’évaluation des fonctions, rien n’est figé, comme le Conseil d’Etat l’a écrit à toutes les associations syndicales en juin. Les acteurs de la sécurité doivent profiter de l’été pour s’interroger sur l’image que donnent leurs différents mouvements au public et à leurs partenaires. Comment vouloir une reconnaissance et rejeter son uniforme? Comment vouloir faire respecter les lois et les violer en manifestant en armes et masqué? A l’entrée de mon bureau figure en bonne place le serment de la police, quel sens a-t-il alors que ces actions nuisent gravement à l’image de la profession? Par solidarité, certains policiers suivent les consignes syndicales, parfois aussi parce qu’ils subissent des pressions. Mais ils ne cautionnent pas tous ces revendications. Aujourd’hui, on flirte avec la ligne rouge, celle qui verrait certains mettre en danger la sécurité des Genevois. Cela suffit et doit cesser.

Suite de cet entretien dans nos éditions papier et numériques du vendredi 27 juin.

Créé: 26.06.2014, 21h08

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