Les 21 chiens policiers genevois mobilisés 10 fois par jour

Brigade canine Deux nouvelles recrues ont été intégrées à la brigade. Les chiens pistent la drogue, les explosifs, les disparus.

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Ils étaient sur les lieux du drame à Carouge il y a deux semaines après qu’une femme a été abattue par son mari, qui s’est ensuite donné la mort. Ils ont permis de rattraper un motard en fuite il y a quelques mois. Eux, ce sont les membres de la brigade canine. 21 chiens et leurs conducteurs, sollicités près de dix fois par jour, mobilisables 24 h/24 h. Passant d’une bagarre aux Pâquis à un contrôle dans la suite d’un secrétaire d’Etat, poursuivant le cambrioleur et recherchant l’enfant, flairant la douille ou le sang. Alors que deux chiots viennent de rejoindre l’unité, incursion dans les pattes de cette brigade au cœur de l’action.

Une majorité traque les drogues

La brigade canine genevoise a un cahier des charges bien fourni. On la mobilise dans le cadre de perquisitions, de cambriolages pour retrouver des pièces à conviction, des billets de banque dissimulés ou la piste de fuyards, lors d’interpellations, en renfort lors de bagarres pour désamorcer les tensions et protéger les policiers, entre autres. En marge de ces interventions générales, les agents canins ont leurs spécificités. Sur les 17 limiers opérationnels – le reste est en formation –, deux tiers sont spécialisés en détection de stupéfiants. Ils sont capables de reconnaître toutes les drogues présentes sur le marché. Que ce soit lors de descentes chez des particuliers ou dans l’espace public dans les zones répertoriées comme scènes ouvertes de la drogue.

Ce mardi après-midi, c’est justement l’heure de la chasse pour Yankee et Jocker. Ils font la tournée des quartiers pour dénicher des stupéfiants que le vendeur dissimule dans la rue pour éviter de garder de trop grandes quantités sur lui. Premier arrêt: Seujet-Jonction. Il y a là des voitures ventouses, des habituées du stationnement longue durée. Elles ne risquent pas de démarrer à l’improviste et offrent des cachettes sûres. Sauf quand Yankee dégaine son flair. Il s’attarde sur un réservoir d’essence, «pompe» l’odeur, et d’un coup se couche. C’est le signal: il y a de la drogue ici.

La chasse se poursuit dans d’autres quartiers, sur appel d’une patrouille pour confondre un dealer, ou en libre, truffe au vent, pour capter les effluves de stupéfiants sous les dalles murales d’une impasse ou 300 francs de coke et d’ecstasy cachés sous une simple motte d’herbe. «L’arrestation des dealers est du ressort des patrouilles de rue. Nous y contribuons, certes, mais notre mission consiste davantage à les décourager», indique Richard Rentsch, responsable technique à la brigade canine.

Explosifs, morts et disparus

Le tiers restant est composé de chiens formés à la recherche d’explosifs. Pour passer au crible un hôtel lors de la venue de VIP, fouiller des débris de bancomats pour renseigner sur le modus operandi, retrouver la trace de douilles, contrôler des véhicules ou intervenir suite à une alerte à la bombe dans des lieux publics. «Les policiers pourraient le faire mais cela mobiliserait beaucoup d’hommes et de temps, explique Richard Rentsch. Avec un chien, on gagne en rapidité et en efficacité.» Pas d’engagement lors de colis suspects en revanche. «L’objet de danger étant identifié, c’est le NEDEX (Neutralisation enlèvement détection d’engins explosifs) qui s’en charge.»

Naya, 4 ans, est justement spécialisée en explosifs. Elle n’a que deux ans de pratique dans le domaine mais ce mardi à la PC de Bernex, elle brille à l’entraînement. L’explosif enterré à dix centimètres sous terre ne lui a pas échappé. Son succès lui vaut une récompense et des caresses. En marge de la stricte relation maître-élève, il y a aussi la grande complicité entre un homme et son compagnon.

La brigade compte encore un membre: Gun, spécialiste en investigation criminelle. Sa formation s’est terminée le 15 mars, il détecte des traces de sang invisibles à l’œil nu et signale la présence de cadavres. Ils ne sont que quatre en Suisse à occuper cette fonction. Enfin, un quatrième type de limier fera prochainement son entrée: un spécialiste de la piste dite froide, de la race des chiens de chasse. Il peut retrouver des personnes disparues depuis plusieurs jours, en humant le sol et l’air, alors qu’un berger allemand perd une trace après quelques heures. Seul hic: il est un peu têtu...

Deux ans de formation intensive

Pour atteindre un niveau d’obéissance précis, le dressage commence tôt. Iron et Norkiss ont 4 mois et demi, ils viennent de rejoindre l’unité. «Contrairement à la pratique de polices étrangères, nos chiens ne sont pas en chenils et n’ont qu’un seul conducteur, l’animal est un membre de la famille, rapporte Gérard Milano, responsable technique à la brigade. Pendant 18 mois, il reçoit une formation sur la défense, le flair et l’obéissance. Il est aussi familiarisé aux bruits – notamment aux détonations – et à différents environnements.» Vient ensuite la spécialisation, en stupéfiants ou explosifs, selon les besoins en effectifs; elle dure quatre à six mois. «C’est un apprentissage par le jeu, non par la contrainte, précise Richard Rentsch. Le chien doit être content de chercher, il sait que quand il trouve une odeur, il recevra son jouet ou une croquette.» Malgré l’aspect ludique, l’activité reste contraignante. «Après 25 minutes de travail, nous faisons systématiquement une pause.» On imagine parfois que c’est la dépendance à la drogue qui pousse les chiens à activer leur flair. «Faux, ils n’ont pas de contact avec les substances et ne sont pas en manque, précise Gérard Milano. C’est la notion du jeu qui les motive. Sans plaisir, ils ne vont pas travailler efficacement.»

Le jeu n’en est pourtant pas un à l’échelle des conducteurs. Le chien doit être extrêmement bien dressé pour indiquer la présence d’explosifs en évitant tout contact avec la matière dangereuse, ou pour indiquer la présence d’un individu en aboyant sans l’attaquer «car un jour on recherche un cambrioleur en fuite, le jour suivant un enfant ou un senior égaré», relève Richard Rentsch.

Il y a pourtant des exceptions où l’animal peut faire usage de ses crocs. «Dans certains cas, il peut recevoir l’ordre d’agripper un individu pour un «mordant», confirme Gérard Milano. Mais ces cas sont rarissimes, sur 2000 interventions l’an passé, il y a eu seulement trois mordants. La procédure est enclenchée selon des critères stricts, notamment lorsqu’il y a eu délit, sommation puis fuite. L’animal est entraîné à saisir aux jambes, pour causer la chute. Il doit relâcher au premier ordre, c’est impératif. Les chiens et leurs maîtres sont évalués tous les six mois sur ce point.»

Maîtres et chiens triés sur le volet

Le «métier» de chien policier est affaire de précision et de discipline. Les recrues sont donc sélectionnées avec soins dans des élevages. «Nous prenons des bergers allemands car ce sont les plus polyvalents, en défense comme en travail de flair, et ils ont un caractère stable», explique Roger Waeger, maréchal à la brigade. Le conducteur aussi est sélectionné et son «pedigree» doit comporter cinq ans de service minimum à la police.

La carrière d’un chien policier se termine après une dizaine d’années et généralement son maître réintègre une autre brigade, avec parfois un peu de nostalgie. «Être conducteur peut être quelque fois contraignant, la formation du chien c’est tous les jours, même en congé. Mais c’est le plus beau job de l’entreprise!» résume Gérard Milano. Pour Richard Rentsch, «c’est un privilège, on est dans le feu de l’action. Et surtout, on a une telle complicité avec l’animal… il faut la vivre pour la comprendre.»

Créé: 23.05.2016, 23h07

En chiffres

La Brigade compte 21 chiens, dont 17 sont opérationnels (les autres sont en formation).

L’unité spéciale est sollicitée près de dix fois par jour. Il y a dix ans, les chiens policiers étaient mobilisés deux fois moins souvent.

Dans le domaine de recherche de stupéfiants, on compte 77% de taux de réussite lorsque le chien est engagé.

59 kilos de stupéfiants (toutes drogues confondues) ont été saisis durant l’année 2015 grâce aux chiens.

La Brigade a été engagée sur plus de 2000 réquisitions. Seules trois interventions ont nécessité l’engagement du chien en travail de mordant.

Tous les chiens spécialisés en stupéfiants sont à même de détecter les billets de banque. Plusieurs dizaines de milliers de francs sont découverts chaque année par les limiers, principalement lors de perquisitions liées au trafic de produits stupéfiants.

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