Ses pleurotes carburent au malt genevois

Développement durableUn Genevois reprend la culture de champignons sous le bois de la Bâtie et les fait pousser à partir de déchets organiques.

Michael Urbina pose avec son substrat de déchets bios et les cultures de pleurotes sous la Bâtie.

Michael Urbina pose avec son substrat de déchets bios et les cultures de pleurotes sous la Bâtie. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Ils ont été transférés il y a quelques jours. Du cocon tempéré et sa lumière tamisée, ils sont passés à un sinistre tunnel à 15 degrés sous un néon cru. C’est le choc. Et c’est voulu: stressés, les pleurotes vont fleurir en bouquets gris. Bienvenue au royaume des champignons, caché sous le bois de la Bâtie. À sa tête, la Société de Cartigny, qui cultive ici 42 tonnes de pleurotes par an et plusieurs tonnes d’une autre espèce, le shiitaké. Après des décennies d’activité, il ne lui reste aujourd’hui plus qu’un champignonniste, qui veut prendre sa retraite. Michael Urbina, 28 ans et passionné – adolescent, il cultivait des champignons dans sa baignoire – assure la relève avec un projet insolite, Geminoh.

Après une formation en maths et en informatique, ce Genevois décide de mettre à profit sa passion. Il se renseigne sur la culture de champignons à l’étranger, suit des formations. Son projet prend forme: cultiver des pleurotes à partir de déchets organiques bios «dans l’optique de développer la résilience régionale genevoise». Il noue un partenariat avec la brasserie genevoise l’Apaisée et le Domaine de l’Abbaye à Presinge, qui lui fournissent leurs déchets bios. La matière est là, les fonds suivent aussi. Pour son budget de 50 000 francs, il trouve un investisseur privé et décroche 10 000 francs de G’innove, le programme de soutien de la Ville de Genève. Au début de l’été, Geminoh peut démarrer.

Un laboratoire de précision

«On produit des aliments sains, on crée des emplois et on réduit les déchets d’entreprises», résume le jeune entrepreneur. Il optimise également le système de production de la Société de Cartigny. «En créant notre substrat, on ne dépend pas d’un revendeur ni de quantités minimales à commander, et notre impact environnemental est minimal.» Le jeune myciculteur s’attelle aussi à diversifier la clientèle de la Société, en favorisant la vente directe sur les marchés et auprès des épiceries participatives.

Geminoh est maintenant en train de prendre ses quartiers à la route des Jeunes, au sous-sol, dans un local de 750 m2 partagé avec l’Apaisée. Celle-ci produit une tonne de drêches – résidus de malt – par jour de brassage, autant de matière première à portée de main pour Michael Urbina. Une partie de l’espace sera occupée par un laboratoire «pour fabriquer nos spores et tester la culture de champignons». Comme le reishi, riche en vitamine C et dont les vertus pourraient contribuer à protéger les abeilles du parasite qui les décime. Ou la pholiote, «le meilleur de tous!» Mais sa consommation est rare car elle a une jumelle mortelle…

Une autre partie du local est dédiée aux mélangeurs. «La paille est riche en carbone, la drêche en azote. Il faut un dosage précis pour une rentabilité optimale.» Une fois l’habitat-garde-manger du pleurote – oui, c’est masculin – mis en sac, on ajoute de l’eau puis les spores. Pour 20 grammes de champignons, il faut 100 grammes de substrat. Puis, on attend que les pleurotes grandissent. Enrobés dans leur sac en plastique. Fausse note écologique? «Je cherche un meilleur moyen mais c’est compliqué. Si le sac est biodégradable, le champignon le mange! Quant aux contenants réutilisables, il faut de forts produits chimiques pour les désinfecter.»

Pour la suite de leur croissance, les pleurotes déménagent dans les tunnels du bois de la Bâtie, haut lieu du champignon depuis 1936, après avoir hébergé Cardinal, les stocks de l’armée et une gravière. «Ce changement de conditions les stresse et ils se mettent à activer la reproduction.» Les têtes des champignons émergent alors. «C’est en fait leur organe reproducteur, corrige le spécialiste. 90% du champignon est composé de filaments qui restent enterrés.» Plusieurs kilos de bouquets ont déjà été cueillis. Le substrat finira dans les jardins, «c’est un très bon compost».

Valoriser les tunnels

Dans un tunnel voisin, c’est le domaine des shiitakés. Pour faire sortir leur tête-organe reproductif, il faut toquer énergiquement sur le toit de leur substrat. «Cela simule les pas d’un animal. Le champignon croit alors qu’il peut trouver des nutriments et sort!» La vente du shiitaké connaît son pic au moment du Nouvel-An chinois. «Mais on reste dans des volumes modestes… La production suisse représente moins d’un dixième de celle de Shanghai!»

Sous la Bâtie, la Société dispose d’une surface de 12 000 m2, avec vingt tunnels. Seule une partie est utilisée. Valoriser ce lieu insolite fait aussi partie des projets de Michael Urbina. «Nous allons le mettre aux normes. Les tunnels peuvent servir de lieu de stockage, on pourrait faire visiter cet endroit unique, les possibilités sont vastes!»

(TDG)

Créé: 07.11.2018, 08h38

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