Vers un plan de secours pour locataires

Crise sanitaireFace à la difficulté de payer les loyers, des propriétaires prennent les devants. Et l’Asloca réclame des aides.

L’Asloca réclame la création d’un fonds pour payer le loyer de locataires mis en difficulté financière par le coronavirus.

L’Asloca réclame la création d’un fonds pour payer le loyer de locataires mis en difficulté financière par le coronavirus. Image: ENRICO GASTALDELLO

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La fin du mois approche et, avec elle, le moment de payer les factures. Souvent la plus salée, celle du loyer de son appartement pourrait être difficile à honorer.

Cafetiers, coiffeurs, artisans et, en général, bon nombre d’indépendants ont vu leur revenu baisser drastiquement depuis deux semaines. Pour éviter un défaut de paiement, avec les risques d’expulsion que cela implique, l’Association des locataires (Asloca) réclame un plan de secours alors que des propriétaires prennent les devants.

Des mesures sont en préparation à tous les niveaux. À Berne, le Conseil fédéral a mis en place une task force. Une première réunion a eu lieu ce mercredi. Pour l’heure, elle se concentre surtout sur le sort des locataires de locaux commerciaux fermés sur ordre des autorités sanitaires (cafés, magasins, etc.).

Gel des déménagements

En ce qui concerne les logements, cette task force envisage de décréter un gel des déménagements. Des locataires ayant résilié leur bail ne souhaitent plus partir en pleine épidémie. D’autres, sur le point de le résilier, refusent de faire visiter leur appartement à des tiers. Et les travaux de remise en état sont difficiles à réaliser. Le Conseil fédéral devrait statuer vendredi.

Le gouvernement semble en revanche moins pressé de répondre à la demande des locataires qui réclament de suspendre les délais de résiliation de bail, comme cela a été fait dans les autres procédures juridiques. Il est aussi peu probable que la création d’un fonds fédéral soit retenue, destiné à pallier le défaut de paiement des locataires. «Pour l’heure, cette mesure ne figure pas dans le paquet proposé au Conseil fédéral», relève Carlo Sommaruga. Le conseiller aux États socialiste s’y montre d’ailleurs moyennement favorable. «Il devrait servir aux petits propriétaires. Les milieux immobiliers ne veulent prendre aucun risque alors qu’ils sont nombreux à encaisser des rendements trop élevés.»

Pour Christian Dandrès, conseiller national et avocat à l’Asloca, c’est donc à Genève qu’il faut agir. «On ne peut pas se permettre d’attendre que Berne se décide.» Le Canton a déjà fait un pas. Le Conseil d’État a décidé hier de suspendre les évacuations forcées de locataires jusqu’au 31 mai. L’Asloca en veut davantage. Elle réclame la création d’un fonds cantonal qui prendrait en charge les loyers de personnes dont le bail a été résilié pour défaut de paiement. La proposition est sur la table du Conseil d’État.

Pour Christian Dandrès, il est urgent d’agir. «Nous recevons beaucoup de personnes très inquiètes de ne pas pouvoir payer leur loyer. Elles sont à flux tendu et n’ont pas de réserves. Il faut protéger les gens contre des propriétaires, une minorité certes, qui vont profiter de la situation.»

Du côté des régies, on ne perçoit pas ce type de difficultés. «Il est sans doute trop tôt, cela ne fait que dix jours que l’activité économique a chuté», relève Philippe Angelozzi à l’USPI (Union suisse des professionnels de l’immobilier). Le son de cloche est identique à la SPG, une grande régie de la place, ou chez les Rentes Genevoises.

Tolérance

Mais les propriétaires prennent les devants. Le plus gros d’entre eux n’est autre que la CPEG, la caisse de pension des fonctionnaires, avec 10'000 logements à Genève. Selon son directeur immobilier, John Lateo, la caisse va se montrer tolérante. «Nous accepterons de suspendre le versement du loyer si le locataire est en difficulté. Il lui faut pour cela écrire à sa régie. Une fois la crise passée, nous examinerons les situations au cas par cas et en fonction des aides accordées par les autorités.»

Les Rentes Genevoises (1000 logements) vont faire de même. «Nous allons trouver des solutions à chaque situation difficile lorsque le locataire en fait la demande, indique Isabelle Jacobi Pilowsky, responsable immobilier. Les gens sont déjà stressés par le virus, nous n’allons par leur faire faire des cauchemars.»

En Ville de Genève, les locataires des 4800 logements sociaux s’acquittent d’un loyer en fonction de leur revenu. «Si ce dernier a baissé, ils doivent l’indiquer à la Gérance immobilière avec les pièces prévues par le règlement. Le loyer sera adapté», explique la conseillère administrative Sandrine Salerno.

Du côté des régies, on se veut aussi rassurant. «Il y aura une attitude bienveillante de la part des bailleurs et pas de résiliations intempestives», assure Philippe Angelozzi. Patron de la SPG, Thierry Barbier-Mueller confirme. «Il est logique de faire preuve de souplesse. Nous analyserons les situations au cas par cas.» Pas question pour autant d’aller aussi loin que la CPEG. «Tout le monde ne peut pas se faire recapitaliser par la collectivité», glisse-t-il. Il estime aussi que «tous les propriétaires ne sont pas riches et il y en a qui sont moins riches que leurs locataires. Je pense que les situations difficiles ne seront pas si nombreuses. Avec cette épidémie, on gagne peut-être moins, mais on dépense moins aussi.»

Créé: 25.03.2020, 20h07

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