Quelle plaine voulez-vous? Un UDC face à un socialiste

Votation du 27 novembreLes citoyens de la Ville de Genève votent sur les allées périphériques du losange de Plainpalais.

Eric Bertinat (cravate rouge, UDC): «On a affaire à une déplorable résistance qui confine au fanatisme face aux arbres.» Pour Grégoire Carasso (PS), le compromis de Rémy Pagani «sent le sapin».

Eric Bertinat (cravate rouge, UDC): «On a affaire à une déplorable résistance qui confine au fanatisme face aux arbres.» Pour Grégoire Carasso (PS), le compromis de Rémy Pagani «sent le sapin». Image: PHOTOS LAURENT GUIRAUD

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Les allées périphériques de la plaine de Plainpalais vont-elles être redessinées? La population de la ville de Genève prendra la décision lors du scrutin du dimanche 27 novembre, dans le cadre de la quatrième étape de réaménagement des lieux. Elle se prononcera sur le compromis ficelé par Rémy Pagani. Le magistrat d’Ensemble à Gauche, en charge de l’Aménagement, avait en effet renoncé à un premier projet visant à abattre 168 arbres et à en replanter davantage, afin d’opter pour une proposition moins ambitieuse. Celle-ci supprime une partie des travaux mais permet de sauver les végétaux (54 transplantations, 6 abattages et 87 nouveaux spécimens).

Or, depuis septembre, l’abattage de cinquante arbres malades s’est invité dans le scrutin, occultant les aspects techniques du dossier (pose de revêtement au sol, élargissement des allées, protections métalliques autour des végétaux, bornes d’alimentation en eau et électricité pour les marchands, nouvel éclairage, bancs publics…). D’un coup, le compromis, censé plaire à tous, a perdu des adeptes. Le PS, le MCG ainsi que certains commerçants ont retourné leur veste alors que les Verts, eux, se montrent circonspects. Même auprès des défenseurs, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. Le conseiller municipal UDC Eric Bertinat s’oppose sur la question à son homologue socialiste Grégoire Carasso.

Expliquez-nous pourquoi il faut, selon vous, dire oui ou non à ce projet.

Eric Bertinat (E.B.): Il est essentiel car il va indiscutablement améliorer l’état de la plaine pour les habitants, en particulier ceux qui ont des problèmes de mobilité – aujourd’hui, les racines et les trous rendent le passage difficile, des fils électriques traversent les allées lors des marchés. La situation sera aussi meilleure pour les commerçants. Rien n’a été entrepris pour eux alors que la partie centrale, qui est moins utilisée, a été entièrement refaite. L’éclairage public sera amélioré, des bancs vont être installés. Dire non, c’est renoncer à tout cela.

Grégoire Carasso (G.C.): J’adhère à ces arguments. Mais ce compromis laisse sur le bas-côté près de la moitié du réaménagement prévu initialement. Son but était d’éviter le référendum et de sauver les arbres de l’abattage en les transplantant. Or, le référendum a abouti et les végétaux sont moins sains que ce que nous pensions. Cinquante spécimens ont dû être coupés depuis septembre. Alors que la transplantation constitue l’essence de ce consensus, il est fort probable que les arbres restants sont trop malades pour y procéder. Ce compromis sent le sapin. En termes d’éthique politique, il n’est plus possible de le soutenir. Et s’il permet de terminer le tronçon côté avenue Henri-Dunant, il faudra s’atteler à l’avenue du Mail ultérieurement. Il ne s’agit donc pas de la dernière étape, comme on nous le dit.

Que se passera-t-il si un non sort des urnes?

G.C.: Il faudra alors laisser retomber la poussière et cesser d’instrumentaliser les experts dans un dossier où la mauvaise foi est désarmante. Les expertises ont été retenues et présentées après que les partis ont pris position. Nous avons eu tout le mal du monde à obtenir les documents nécessaires alors qu’il s’agit d’une votation populaire. Nous n’avons eu qu’un point de vue d’expert, dont les conclusions ont été obtenues de haute lutte. Il a fallu attendre le début de novembre pour savoir quels arbres prévus pour la transplantation ont entre-temps dû être abattus. On ne peut pas traiter de sujets si passionnés avec autant d’opacité.

E.B.: Cela n’empêche pas qu’il faut aller de l’avant! En votant non, nous nous retrouverons sur un champ de ruines et dans une situation ubuesque: les socialistes diront que le peuple veut revenir à un projet complet et d’autres prétendront qu’il ne veut pas toucher un seul arbre.

Vous n’êtes pas d’accord sur la question de l’opacité?

E.B.: Sur ce dossier, certains s’engouffrent dans des recherches méticuleuses alors qu’on ne va pas si loin sur des projets bien plus conséquents. Il est vrai que nous avons voté davantage un crédit qu’un plan précis d’aménagement: on a une somme, des dates, un secteur, mais dès qu’on veut aller plus loin, on peine tous. Mais ne peut-on pas, sur les aspects techniques, laisser cette marge de manœuvre? On oublie l’essentiel: il s’agit de revoir l’agencement des allées ou de faire des aménagements en eau et en électricité. Là dessus, je pense qu’on peut faire confiance à Rémy Pagani. Et aucun projet ne parviendra à plaire à chacun.

Les arbres diluent-ils la discussion autour du projet?

E.B.: Oui! Et on a affaire à une déplorable résistance qui confine au fanatisme face aux arbres. Certains en sont presque à parler de crime contre l’humanité. Pourtant, nul besoin d’être dendrologue pour s’apercevoir qu’une bonne partie des végétaux est vraiment malade. En octobre, nous avons pu entendre les experts à propos de la santé des arbres. Il s’agit de professionnels dont on peut difficilement supposer qu’ils soient embrigadés dans un complot.

Les référendaires ont tout de même obtenu 8000 signatures pour protéger les arbres…

E.B.: Je comprends qu’il est difficile de voir abattre des arbres. Mais on ne peut pas s’opposer à la nature. Sur la plaine, l’un d’eux est tombé en pleine journée du Jeûne genevois. Il aurait pu tuer des passants! C’est bien beau de vouloir protéger les arbres, mais les aimer c’est aussi en couper certains et en replanter d’autres. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de terminer le travail en restant dans un budget acceptable. Refuser le projet, c’est en augmenter le coût dans quelques années.

G.C.: En vingt ans, on a dépensé un peu plus de 30 millions de francs pour la plaine de Plainpalais. Certes, cette phase en coûtera 8 au lieu des 12 initialement prévus. Mais le fait de ne pas terminer l’exercice revient à procéder à un énième saucissonnage. Si les arbres ont pris une telle place dans ce débat, c’est aussi parce que le compromis est fumeux. Toute cette confusion explique l’incompréhension, voire la colère de certains.

Vous réclamez donc un nouveau projet?

G.C.: Puisque la santé des arbres a évolué, c’est essentiel, comme le fait de procéder à un réaménagement complet. Il faudra établir des études d’experts à la fois sur la santé des spécimens et sur leur capacité à survivre en cas de transplantation. Ces études devront être rendues publiques, pour ouvrir le débat, afin d’obtenir sur la table une vision établie de manière transparente.

E.B.: Ce discours est ridicule! Il faudra attendre quatre ou cinq ans et dépenser le double, pour un résultat qui sera à peu près le même que celui que nous avons aujourd’hui. (TDG)

Créé: 09.11.2016, 10h30

Quelle est la question?

La question posée au corps électoral de la ville de Genève est la suivante: Acceptez-vous la délibération du Conseil Municipal de la Ville de Genève, du 19 janvier 2016, (PR-994) ouvrant un crédit de 8 071 635 francs destiné à la requalification complète de l’allée périphérique de la plaine de Plainpalais côté avenue Henri-Dunant, la finalisation de l’aménagement côté avenue du Mail, comprenant au total la plantation de 87 arbres, la transplantation de 54 arbres, la mise en place des réseaux en sous-sol et d’équipements pour les marchés ainsi que le renforcement de l’éclairage afin de faciliter la déambulation et améliorer la sécurité, étant entendu qu'en aucun cas il ne sera procédé à l'abattage d'arbres en bonne santé?
La brochure officielle de votation envoyé aux électeurs en dit un peu plus.

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