«Lire sur une tablette, ce n’est pas la même chose»

GenèveDans les cafés genevois, beaucoup de clients regrettent la future disparition du Matin, même ceux qui le critiquent.

D’après une kiosquière, les ventes du Matin au numéro fluctuent de jour en jour.

D’après une kiosquière, les ventes du Matin au numéro fluctuent de jour en jour. Image: Georges Cabrera

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Dans les cafés genevois, ce jeudi, de nombreux clients lisaient Le Matin comme à leur habitude, en buvant leur café. La plupart d’entre eux n’avaient pas encore eu vent de la prochaine disparition de la version papier du quotidien orange, annoncée par son éditeur, Tamedia (lire ci-contre).

Beaucoup regrettent cette nouvelle, y compris parmi ceux qui portent un regard critique sur Le Matin. Mais l’ambiance générale est plutôt à la résignation. Il faut croire que l’attachement à l’ex-Tribune de Lausanne n’est pas aussi fort au bout du lac que chez nos voisins vaudois. Même parmi ses lecteurs fidèles, certains n’achètent que rarement ce journal, se contentant de le feuilleter au bistrot, où il est généralement disponible.

«Ça me fait mal au cœur»

«Je lis Le Matin tous les jours en buvant mon café, mais je ne l’achète presque jamais», avoue Giuseppe Mangiacapra, 68 ans, conscient, en agissant ainsi, de n’avoir pas aidé à sa survie. «Avec les smartphones, Internet et tout ça, on a toutes les nouvelles qu’on veut. C’est sans doute pour ça que le journal n’est plus aussi rentable que par le passé.» Toutefois, cet ancien syndicaliste se dit touché par la disparition du quotidien orange: «Je préfère ce journal à la Tribune de Genève. Si je n’ai pas Le Matin avec mon café, ça me fait mal au cœur. L’État devrait faire quelque chose pour empêcher sa disparition, par exemple en apportant un soutien financier.»

Nicole, une retraitée qui discute à une terrasse avec son amie Christiane, est carrément outrée par la décision de tirer la prise de la version imprimée du journal: «Ils sont cons de supprimer Le Matin! Ils ne pensent pas aux personnes âgées! Nous n’avons pas tous Internet. Et le lire sur une tablette, ce n’est pas la même chose que de tenir le journal dans ses mains. En plus, ça ne marche pas toujours bien, des fois les images n’apparaissent pas.» Pourtant, si elle le lit tous les jours, elle non plus ne l’achète pas. Elle récupère celui de sa copine qui y est abonnée. D’après Shqipe Selmani, qui tient un kiosque à Bel-Air, les ventes du Matin au numéro fluctuent beaucoup: «Cela dépend des gros titres. Certains jours, tous mes exemplaires sont partis avant midi et d’autres jours, j’ai beaucoup d’invendus.»

De nombreux lecteurs regretteront sans doute Le Matin pour sa couverture des sujets sportifs, qui représente incontestablement un de ses atouts: «C’est le seul journal qui parle de rallye, un sport qui me branche et que je pratique, explique Sylvain, 39 ans, paysagiste. Je feuillette Le Matin tous les jours à la pause-café. Mais pour des informations plus sérieuses et moins people, je préfère la Tribune de Genève.» Ancien journaliste, Henri Hartig, 82 ans, dit sans ambages que Le Matin n’est pas sa tasse de thé: «C’est plus un journal à regarder qu’à lire, avec ses gros titres, ses grandes photos et ses petits textes, lâche-t-il en interrompant sa lecture du New York Times. Mais je soutiens les journaux payants et la disparition du Matin est une mauvaise nouvelle. Il faisait partie du paysage.»

Un format tabloïd qui plaît

Le fait que Le Matin continuera d’exister sur Internet ne rassure pas pour autant ses lecteurs: «Moi, j’aime bien avoir un journal entre les mains, commente Christophe, un électricien de 43 ans. Personnellement, j’achète Le Matin tous les jours. C’est dommage qu’il disparaisse. Le format tabloïd est pratique à lire au café, ce n’est pas trop long.» Pour lui, cependant, sa disparition programmée fait partie d’un mouvement inéluctable: «Les choses évoluent et on lit de plus en plus les nouvelles sur nos téléphones et nos ordinateurs. Des journaux disparaissent, mais c’est comme ça. À la place du Matin, je lirai 20 minutes.»

Pour Anne, une ex-employée d’organisation internationale de 50 ans, Le Matin est sa petite bulle d’air: «En tant qu’universitaire, je serais censée avoir des lectures plus intellectuelles, mais j’aime lire Le Matin parce que c’est distrayant. Il y a des potins, des petits trucs rigolos, mais aussi l’essentiel de l’information.» Sans le quotidien orange, son petit rituel matinal au café semble compromis: «Cela va peut-être changer mes habitudes. Sans Le Matin, je n’ai plus forcément besoin d’aller au bistrot. Mon café, je peux très bien le boire chez moi.»

Très présent dans les cafés

Faut-il craindre un dégât collatéral sur le chiffre d’affaires des cafetiers? Le patron du café Remor, Antoine Remor, n’est pas inquiet: «Les gens ne viennent pas ici que pour le journal. Ce qu’on cherche dans un café, c’est aussi l’ambiance, les rencontres, les discussions.» Néanmoins, Le Matin a toujours fait partie de l’éventail de journaux disponibles au Remor. «Des clients nous le réclament. Et le lire sur une tablette, ce ne sera pas pareil. Un journal papier, c’est vivant. On voit que d’autres l’ont lu avant vous, il y a des taches de café.»

À l’Odéon, le patron Christophe Thuet, estime que le vide que va laisser Le Matin dans les restaurants ne sera jamais comblé: «Je ne sais pas ce qui pourrait le remplacer dans les cafés, car on ne le lit pas de la même manière qu’on lit la Tribune de Genève ou un autre journal. Le Matin est une de ces choses qui constituent l’identité d’un bistrot romand, au même titre que le Cynar, la Suze ou l’Appenzeller. Ce journal, c’est un morceau d’histoire de la Suisse romande.»

Créé: 07.06.2018, 12h51

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