Place aux arbres en ville!

EnvironnementLa Ville de Genève lance un vaste programme de végétalisation de la cité pour lutter contre les îlots de chaleur. Mais les obstacles sont nombreux, à commencer par la voiture.

À Grand-Pré, sur la Rive droite, un exemple à suivre. Des arbres plantés, qui relient deux parcs, et des sols libérés de leur bitume pour les rendre perméables.

À Grand-Pré, sur la Rive droite, un exemple à suivre. Des arbres plantés, qui relient deux parcs, et des sols libérés de leur bitume pour les rendre perméables. Image: Lucien Fortunati

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Planter des arbres et rendre la ville beaucoup plus verte pour lutter contre les îlots de chaleur. C’est l’objectif que se fixe désormais la Ville de Genève. Hier, elle a présenté son Plan stratégique de végétalisation. «Avec le réchauffement climatique, verdir la ville n’est plus une option, c’est une obligation», a déclaré le conseiller administratif Rémy Pagani sur un ton très volontariste.

«En 2050, notre ville aura un climat comparable à l’Afrique du Nord, a poursuivi son collègue Guillaume Barazzone. Malgré les nombreux arbres que nous avons plantés ces dernières années, nous devons faire beaucoup plus, la ville n’est pas assez verte.»

Les arbres contribuent à rafraîchir l’atmosphère par le phénomène de «l’évapotranspiration». Leur ombre permet aussi de limiter le rayonnement solaire et leur feuillage réduit la pollution. «Ils valorisent aussi notre patrimoine et embellissent la ville, ce qui favorise le bien-être de ses habitants», relève Guillaume Barazzone.

La Ville et ses partenaires, notamment l’HEPIA, étudient le sujet depuis plusieurs années. Cela leur a permis de dresser une cartographie précise de la place de la nature en ville. Le taux de végétalisation s’élève à 31%. Mais les différences entre les quartiers sont grandes. Les Pâquis, la Jonction ou certains secteurs de Plainpalais sont les plus mal lotis, avec moins de 10%.

Passer à l’action

L’état des lieux étant fait, il s’agit de passer à l’action. Ce plan stratégique sera intégré au plan directeur communal. «Nous voulons un changement de paradigme, annonce Guillaume Barazzone. Jusqu’alors, on construisait et on se demandait où planter quelques arbres sur les espaces restants. Désormais, il faudra penser les deux aspects en même temps.»

C’est donc une petite révolution qui est attendue par rapport aux quartiers récemment sortis de terre, comme Artamis à la Jonction, très pauvre en arbres, ou les Eidguenots à l’avenue d’Aïre, où la Ville a opté pour ces espaces engazonnés qui plaisent tant aux revues d’architecture.

Mais le grand défi va consister à verdir le tissu existant. Il s’agit d’abord de créer de nouveaux parcs. Par exemple à la pointe de la Jonction ou sur le parking de la patinoire aux Vernets. Ensuite, il faudra multiplier les petites interventions afin de relier tous ces lieux pour renforcer le «maillage» végétal de la ville. On plantera des arbres, mais aussi des arbustes ou de petits espaces de prairies. L’idée étant que chaque habitant se trouve proche d’un espace de verdure. Enfin, il est question d’arracher le bitume à de nombreux endroits afin de rendre le sol perméable. Sont notamment visés les préaux d’école, mais cela semble compliqué pour des questions de sécurité.

Pas d’objectif chiffré

La priorité sera donnée aux quartiers les plus bétonnés, afin de réduire les disparités actuelles. Le Service des espaces verts (SEVE) devra aussi veiller à assurer une diversité des essences de plantes, capables de s’adapter au réchauffement climatique.

Dans quelle mesure la ville sera-t-elle plus verte à l’avenir? La Ville ne s’est pas fixé un objectif chiffré. «Cela n’aurait pas de sens, la situation étant très différente d’un quartier à l’autre, relève Guillaume Barazzone. Mais nous avons une vraie ambition politique.» Les moyens financiers devraient en tout cas prendre l’ascenseur. Rémy Pagani a évoqué une enveloppe de 100 millions de francs sur dix ans. Il faudrait agir vite. Comme l’a relevé l’étude «Nos arbres» réalisée l’année dernière pour la Ville de Genève, un arbre ne déploie tous ses effets qu’à l’âge de 30-40 ans.

Olivier Robert du SEVE insiste sur la nécessité de pouvoir introduire des grands arbres susceptibles de vivre longtemps. «Le grand platane de la place du Cirque est aussi efficace que 2000 jeunes individus», assure-t-il. Mais voilà. Planter de tels arbres devient très difficile en raison des rues et des sous-sols très encombrés. Et c’est ici que les difficultés commencent.


Une course d’obstacles

Passer des bonnes intentions à la réalisation sera très difficile, car les obstacles sont nombreux, notamment parce que l’espace à disposition est fortement disputé. Les voitures représentent le premier problème. Planter un grand arbre prend l’espace de deux autos. Or, il est quasi impossible de supprimer des places à moins de les compenser ailleurs. Cette obligation est une contrainte énorme. «J’en appelle à un vrai changement de politique sur la place de la voiture en ville, et c’est un élu de centre droit qui le dit», a martelé le démocrate-chrétien Guillaume Barazzone. La Ville compte sur le Grand Conseil pour assouplir cette loi sur la compensation. C’est à l’ordre du jour. Mais les députés iront-ils assez loin?

Le sous-sol, très encombré, représente le deuxième écueil. La Ville espère améliorer la coordination avec les SIG. «Ceux-ci sont très libres d’intervenir, sans parfois qu’on le sache, déplore le magistrat. À Sainte-Clotilde, nous avons dû abattre une rangée d’arbres pour une canalisation.» La Ville souhaite renégocier la convention qui la lie avec les SIG pour l’usage du domaine public. Les propriétaires privés devront faire leur part. «La végétalisation doit être un effort collectif et concerner aussi les privés», souligne Guillaume Barazzone. Car le domaine public ne suffira pas à accueillir toute la nature nécessaire à lutter contre les îlots de chaleur.

Si les lois d’aménagement permettent d’agir sur les nouvelles constructions, via notamment des plans de quartier, elles sont inopérantes sur le tissu existant. Aujourd’hui, rien ne permet de forcer un propriétaire à planter un arbre dans sa cour au détriment de places de parc. Rémy Pagani s’offusque «des surélévations qui augmentent la densité. Or, il existe un lien de causalité entre densité et îlots de chaleur.» Les prochaines surélévations seront-elles conditionnées à l’arborisation des cours? La Ville n’en est pas encore là.

C.B.

Créé: 03.07.2019, 20h12

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