Il va piloter le premier Léman Express

InaugurationJean-Daniel Marmillod, doyen des mécaniciens du dépôt CFF, conduira l’un des deux convois inauguraux.

Âgé de 62 ans, le cheminot envisage de prendre bientôt sa retraite, après quatre décennies au service du rail.

Âgé de 62 ans, le cheminot envisage de prendre bientôt sa retraite, après quatre décennies au service du rail. Image: LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quand on l’appelle pour prendre rendez-vous, il décroche en répondant au nom du poste de police de Versoix. Il aime blaguer, Jean-Daniel Marmillod. Mais quand il parle de son entrée dans le métier de cheminot, le premier mot qu’il prononce est celui de «responsabilité». Avec ça, on ne rigole pas.

L’habitant de Collex-Bossy, qui a fêté ses 62 ans lundi et qui célèbre aussi en 2019 quatre décennies de vie ferroviaire, pourra également marquer d’une pierre blanche ce jeudi 12 décembre 2019. Lui qui est le doyen des mécaniciens du dépôt CFF de Genève aura l’honneur de piloter l’un des deux convois inauguraux du Léman Express, celui qui partira de Coppet pour rallier la gare des Eaux-Vives où un autre train, venu de La Roche-sur-Foron, ira à sa rencontre, avec son collègue Christian Huber aux commandes. Cette jonction marquera le terme des huit ans de chantier du tronçon Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse CEVA et constituera le prélude de la mise en service intégrale, ce dimanche, du nouveau réseau transfrontalier.

Aux manettes le jour J

C’est Jean-Daniel Marmillod qui a demandé à sa hiérarchie de pouvoir être aux manettes le jour J. «Cela fait cent ans qu’on discute du CEVA et j’en entends parler depuis que je suis aux chemins de fer, justifie-t-il. Ça bouge enfin pour les transports publics à Genève alors que cette ville a démantelé et bétonné son réseau de tram qui était le plus dense d’Europe.»

Tout un symbole: le cheminot genevois effectuera son trajet inaugural entièrement sur sol helvétique mais à bord d’un engin français, l’une des 17 rames Régiolis du constructeur Alstom acquises par la région Auvergne-Rhône-Alpes alors que, de leur côté, les CFF mettent à disposition 23 modèles Flirt du thurgovien Stadler. Ces automotrices n’ont reçu que tard, en octobre, le sésame officiel pour rouler dans le pays voisin, si bien que la formation des 160 mécaniciens suisses et de leurs 110 confrères français a dû être menée au pas de charge.

«Sur le Régiolis, je n’ai pas encore les automatismes que je peux avoir sur un Flirt, confesse Jean-Daniel Marmillod. Le Régiolis est très confortable, plus doux que le Flirt qui est plus nerveux, son frein est moins puissant. Sur le tableau de commandes, les termes ne sont pas les mêmes, les emplacements non plus. Mais c’est notre job d’apprivoiser ces machines.»

C’est après avoir étudié la mécanique de précision et travaillé chez Kugler Bimetal au Lignon que le Genevois a bifurqué vers le rail. Il avait 22 ans. «À l’école de recrues, je me suis rendu compte que l’idée d’avoir des horaires irréguliers ou de travailler le week-end ne me dérangeait pas, au contraire, on est en dehors de la vie de M. Tout-le-Monde. J’ai demandé à mon père, cheminot, si ça le dérangeait que je postule pour faire le même métier. On a écrit la lettre ensemble.»

La vie ferroviaire implique certes des sacrifices selon lui. Mais cela ne l’a pas empêché de fonder un foyer (une famille très féminine, son épouse lui ayant donné deux filles, aujourd’hui adultes). Ni de mener une vie sociale, même quand il faut se lever tôt le lendemain et se montrer intransigeant avec l’alcool (la tolérance zéro est de mise dans le métier). L’une des grandes satisfactions, pour lui, c’est de travailler dans un «bureau» mobile et vitré, son cockpit: «En traversant la Suisse, on a des vues superbes, on voit passer toutes les saisons.» En cela, le souterrain qu’est en majeure partie le CEVA est peu motivant.

«Nous espérons tous ne pas faire que du Léman Express, exprime-t-il. Mais le tunnel a ses avantages: on est moins tributaire de la météo, on a moins de risque de voir les rails ou les caténaires se dilater avec la chaleur par exemple.»

Le cheminot s’attend à ce que des couacs occasionnels surviennent. Il invoque un réseau sensible dans ses extrémités, les trains circulant sur voie unique dans les deux sens au-delà d’Annemasse, tout comme entre Cornavin et Coppet. Comment perçoit-il l’attitude du public face au nouveau réseau? «Certains ne réalisent pas ce qui se prépare, mais on sent tout de même une attente, analyse-t-il. La Rive gauche, en particulier, n’a pas l’expérience du chemin de fer pour des déplacements locaux. Il faut rappeler que le Léman Express s’adresse aussi aux Genevois. Par exemple, pour relier Versoix ou Chêne à l’hôpital, pourquoi s’embêter en voiture quand il y a le train?»

Le renouveau du train

Jean-Daniel Marmillod envisage de prendre bientôt sa retraite. Ses manœuvres du jour constitueront ainsi un peu sa révérence, mais son regard reste braqué sur l’avenir, alors que son secteur semble voué à jouer un rôle majeur dans la mobilité du futur. «J’espère que le renouveau du chemin de fer se poursuivra. Il y a plein de choses à faire.» Les lignes désaffectées du Pays de Gex et de la rive sud du Léman sont dans son viseur.

Créé: 12.12.2019, 06h43

Articles en relation

Le Léman Express menacé par un préavis de grève déposé en France

Transports Les syndicats souhaiteraient revoir les conditions de travail et de salaire des cheminots français. Des négociations sont en cours. Plus...

Ce que le CEVA change à Genève

Mobilité La construction des gares modifie fortement le paysage des zones impacts par le passage du CEVA. Zoom sur la métamorphose des Eaux-Vives, de Chêne-Bourg, de Lancy et d'Annemasse. Plus...

Reportage au cœur du dispositif d’exploitation du Léman Express

Mobilité La future ligne est totalement gérée à distance, depuis Lausanne. Visite à quelques jours de son ouverture. Plus...

Ces vingt années qui ont fait naître le Léman Express

Épopée Genève aura mis deux décennies pour réactiver et réaliser le raccordement ferroviaire de ses deux rives. Une connexion envisagée depuis le XIXe siècle. Retour historique. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hodgers veut 30% de surface arborisée à Genève
Plus...