Pierre Maudet tente un coup de poker médiatique

Voyage à Abu DhabiLe conseiller d’État reconnaît avoir menti, demande pardon aux Genevois et livre une nouvelle version des faits. Le PLR refuse d’abdiquer.

Pierre Maudet a refusé de répondre aux questions personnelles lors de la conférence de presse du Conseil d’État. Il l’a fait mercredi soir devant les caméras de Léman Bleu.

Pierre Maudet a refusé de répondre aux questions personnelles lors de la conférence de presse du Conseil d’État. Il l’a fait mercredi soir devant les caméras de Léman Bleu. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Son mea culpa, il l’a fait en direct lors de l’émission «Genève à Chaud» de Léman Bleu, diffusée mercredi à 19 heures. Il était interviewé par Pascal Décaillet. Sa «vérité», il entend la transmettre à tous les Genevois également par le biais d’une lettre ouverte.


Lire aussi l'éditorial: Les excuses et le rapport de force


Interrogé par notre confrère, le président du Conseil d’État s’est expliqué sur son voyage. Selon lui, il voulait faire un séjour en famille à Abu Dhabi en 2015 pour assister à un Grand Prix de Formule 1. Puis il a rapidement souhaité y mêler une partie officielle afin de nouer des contacts sur place «en vue de servir les intérêts de Genève». Dans ses réponses, il a insisté sur le fait que le volet familial restait la composante la plus importante du voyage.

Le couac du financement

Si l’élu PLR a effectivement reçu une invitation officielle du prince héritier, il assure avoir voulu assumer le coût du déplacement et de l’hébergement. Toutefois, avant de partir, il a compris que le voyage serait payé intégralement, y compris pour sa famille, par le prince héritier de l’émirat. C’est alors qu’il s’est enferré «dans une spirale néfaste de mensonges» pour cacher ce mélange des genres.

Sa première erreur, a reconnu Pierre Maudet, «a été de maintenir le voyage». Puis il a voulu «mettre de côté» ces éléments gênants dans le but, selon lui, «de protéger sa famille». «Je ne voulais pas que mon épouse et mes enfants soient entraînés dans une polémique publique.» C’est pour cela qu’a été construite la réponse d’un financement par un groupe d’amis.

L’explication détaillée devant les caméras, c’est celle qu’il a livrée mercredi matin à ses collègues du Conseil d’État lors de la discussion sur les fonctions qui devaient lui être retirées (lire ci-contre). «Les Genevois savent que je ne suis pas un homme d’argent, mais de pouvoir, a-t-il lâché à Léman Bleu. Dans cette affaire, je reconnais avoir pris des risques trop grands. Indubitablement, j’ai été aveuglé.»

Un pardon est-il possible?

Lors de son acte de contrition, Pierre Maudet a plusieurs fois présenté ses excuses et affirmé qu’il voulait continuer à s’engager pour le bien de Genève. «Mais le mensonge est-il pardonnable en politique?» lui a demandé Pascal Décaillet. «On verra si c’est possible, a-t-il répondu. Je considère en tout cas que j’ai la capacité de gouverner. J’en appelle ici à ceux qui m’ont élu pour renouer la confiance. Pas un seul instant je n’ai pas œuvré pour le bien de ce canton!»

Semblant très affecté par sa descente aux enfers, le président du Conseil d’État a juré qu’il avait tiré les leçons de ses erreurs. Il a même reconnu une puissante remise en question: «Ce qui m’a ébranlé dans cette affaire, c’est le doute qui a grandi en moi sur ma capacité de discernement. Je pense que j’en sortirai grandi.»

Pierre Maudet a enfin répété vouloir d’abord s’expliquer devant la justice. Il faudra pour cela que le Grand Conseil lève son immunité, ce qui devrait être fait le 20 ou le 21 septembre. La Commission législative se saisira ce vendredi de la demande de levée d’immunité.

Réaction glaciale du PLR

Reste que le pari que tente Pierre Maudet ne sera pas aisé à gagner. Même parmi les siens, l’accueil a été très froid. «Nous avons été heurtés car il y a un mensonge en lien avec les valeurs que nous défendons, explique Alexandre de Senarclens, président du PLR. Les informations révélées n’étaient pas connues du parti.»

Le comité directeur a entendu son magistrat jeudi matin. Le communiqué diffusé dans l’après-midi est très éloigné d’un soutien inconditionnel. «Nous avons pris acte de sa volonté de poursuivre ses activités politiques, note le conseiller national Christian Lüscher. Le parti va apporter un soutien critique, attentif et sans compromis à Pierre Maudet, et exige une totale transparence de sa part.»

À gauche, le sentiment de trahison est mis en avant: «J’ai soutenu sa candidature à Berne, l’an passé, au sein du groupe socialiste, réagit Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste. Aujourd’hui, je me sens trahi. Au fil des événements, je ne sais plus vraiment qui est Pierre Maudet… Il a admis avoir caché une partie de la vérité, ce qui veut dire qu’il a menti aux institutions et au public. Son mea culpa arrive tard. Et il reste encore trop de zones d’ombre. Cela me désole de devoir le dire, mais il faudra bien plus qu’une confession à la télé pour que la confiance soit restaurée.»

Pierre Vanek, d’Ensemble à Gauche, juge même ces aveux trop tardifs pour être crédibles. «De toute façon, cela allait sortir lors de l'enquête, explique-t-il. Il prend simplement les devants. Il fallait le faire il y a deux mois. De plus, il n'a visiblement pas pris conscience que ce qu'il a fait constitue un délit pénal. Manifestement, Pierre Maudet ne peut plus rester conseiller d’État.»

Quant à Carole-Anne Kast, la présidente du PS genevois, elle déplore que «Pierre Maudet ait encore cherché à minimiser ses actes. Il dit n'avoir pas dit toute la vérité. Mais ce n'est pas cela! Il a construit de toutes pièces un mensonge, c'est beaucoup plus grave. Pour moi, il ne s’en sortira pas comme cela», conclut-elle. (TDG)

Créé: 06.09.2018, 19h04

Articles en relation

Le PLR condamne Pierre Maudet

Genève La section cantonale du parti bourgeois ne cautionne pas les omissions de son ministre à propos de son voyage controversé. Plus...

Pierre Maudet est mis à l’écart par le Conseil d’État, mais pas trop

Voyage d’Abu Dhabi L'élu PLR garde son département, sauf les liens avec le pouvoir judiciaire et avec l’Inspection générale des services. En revanche, sa présidence du Conseil d’État est davantage touchée. Plus...

Pierre Maudet: «J'ai caché une partie de la vérité aux Genevois. Je m'en excuse»

Coup de théâtre Le président du Conseil d'Etat regrette et présente une nouvelle version de son voyage à Abu Dhabi. Plus...

Pierre Maudet reste président et garde la Police

Genève Certaines prérogatives de représentation ou administratives sont retirées au magistrat PLR. Pour le reste, il conserve ses deux départements et son rôle à l'aéroport Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Barrière de röstis pour les initiatives alimentaires
Plus...