Pierre Maudet rompt la collégialité sur le budget

DéficitLe conseiller d’État PLR chargé du Développement économique a refusé le projet élaboré par le gouvernement. Il demande des mesures pour rétablir l’équilibre à terme.

«Ce projet de budget ne me convient ni sur le fond ni sur la forme», déclare notamment le conseiller d'Etat Pierre Maudet.

«Ce projet de budget ne me convient ni sur le fond ni sur la forme», déclare notamment le conseiller d'Etat Pierre Maudet. Image: Georges Cabrera

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Jeudi, le Conseil d’État présentait son projet de budget. Un exercice rouge vif, plombé par l’harmonisation de l’imposition des entreprises, la recapitalisation de la caisse de pension de l’État et l’augmentation des subsides d’assurance maladie, marqué aussi par une augmentation considérable du personnel. Lors de sa présentation, le responsable de l’Économie, Pierre Maudet, s’est tu. Et pour cause, il s’oppose au projet. Interview.


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Pierre Maudet, vous êtes resté silencieux lors de la présentation du budget jeudi. C’était un silence admiratif?

Plutôt dubitatif. J’ai participé de manière active aux travaux préparatoires estivaux. Je suis arrivé à la conclusion que je ne peux malheureusement soutenir ni le budget ni le plan financier quadriennal. J’ai fait noter formellement mon opposition, comme le prévoit l’usage, ce qui me permet de m’en ouvrir publiquement.

C’est une rupture dure de la collégialité. Quel est le problème?

Le principal, c’est la cohérence. Or, le Conseil d’État franchit les limites qu’il s’est lui-même fixées. Par exemple, cet été, il s’est entendu sur une augmentation des charges globales (hors effets de la CPEG et de la baisse fiscale) et de personnel limitée à 2%. Résultat des courses, on se retrouve avec une hausse des effectifs, non pas de 302 nouveaux postes, mais de 412 engagements additionnels. La progression monte même jusqu’à 662 collaboratrices et collaborateurs si l’on ajoute les entités contrôlées et autres subventionnées. Et cela, sans compter ce que nous réservent les HUG, dont on ne connaît pas à ce jour les revendications en termes de personnel supplémentaire. Il y a là non seulement un problème de quantité, mais aussi de type de postes. Par exemple, au DIP, on a une centaine d’enseignants en plus, pour autant de profils strictement administratifs. Au Département de la sécurité, c’est également 100 postes supplémentaires, mais pour au final l’engagement d’un seul policier… Il y a donc un réel problème d’arbitrage. On a un budget qui résulte de la juxtaposition de demandes de porte-parole de leurs administrations, plus que d’arbitrages de conseillers d’État. Pour moi, c’est clairement une fuite en avant, qui plus est dangereuse dans le contexte économique actuel, plus qu’incertain.

Le PLR a appelé à voter RFFA. La réforme de la CPEG votée in fine n’était pas tellement plus chère que la solution de la gauche et du MCG. Ce n’est pas un peu facile de crier au loup maintenant?

Le point clé, ce sont les réformes. L’État peut avoir des déficits, je peux vivre avec cela. Mais en parallèle, il doit se donner des marges de manœuvre pour agir. En d’autres termes, il doit se montrer crédible dans sa capacité à prioriser davantage les dépenses en fonction des besoins avérés de la population. Nous avons bientôt accompli le premier tiers de cette législature et c’est le dernier moment pour prendre des mesures structurelles qui s’appliqueront durant le mandat qui nous a été confié jusqu’en 2023. Mais le budget 2020 ne présente aucune mesure sérieuse. On repousse simplement à la prochaine législature le moment où l’on fera porter la responsabilité de coupes claires à la population, en enclenchant le frein au déficit. Je ne peux pas suivre.

Mais le deal de la votation du 19 mai sur RFFA, c’était l’adoption de la réforme sans baisse des prestations…

…et même l’augmentation massive de celles-ci, à travers l’extension du nombre de bénéficiaires de subsides à l’assurance maladie. En parallèle, on a une augmentation du nombre de postes à l’État, qui est disproportionnée par rapport à la croissance de la population. Mais pourquoi donc avons-nous besoin d’autant de postes de cadres dans les secrétariats généraux ou dans l’appareil administratif? Et pourquoi, par exemple, existe-t-il encore au moins deux services statistiques parallèles à l’État? Je suis d’avis que l’on peut réformer, sans toucher les prestations.

C’est quand même le budget de votre collègue Nathalie Fontanet que vous critiquez… Votre rupture, c’est une pierre dans son jardin?

Absolument pas, c’est le budget du collège in corpore. Et il est tout à fait sain que les conseillers d’État s’expriment librement, tant que c’est fait avec parcimonie. Du reste, nous n’avons pas tous été d’accord sur le projet de hausse d’impôts relative à la déduction des primes d’assurance maladie.

Pierre Maudet, au sein du Conseil d’État, vous êtes déjà marginalisé par les conséquences de votre affaire. Vous ne craignez pas d’aggraver votre situation?

Pourquoi? Au contraire, mes positions sont connues de mes collègues et je me bats pour que le programme de législature soit appliqué. Ce n’est pas une posture d’austérité, encore moins idéologique. Il nous reste trois ans et demi dans cette législature. Des adaptations importantes sont à faire pour nous préparer aux défis liés aux changements numériques et environnementaux. La population s’attend à ce que les services de l’administration soient performants et répondent de manière efficace à ses besoins.

Davantage que la position d’un conseiller d’État, n’exprimez-vous pas celle de la députation PLR?

Non, c’est en tant que ministre de l’Économie que je m’exprime, conscient que le secteur privé ne peut pas absorber indéfiniment les charges de l’État. S’agissant des députés, je vois un vrai danger dans le fait que les partis campent chacun sur leur posture idéologique. Je ne m’inscris pas dans cela. Plus que jamais, il faut s’interdire d’ériger une catégorie de Genevois et de Genevoises contre une autre, ce qu’entraînera une application du frein au déficit. Notre rôle, c’est de servir l’entier de la population, de travailler à l’intérêt général.

Selon vous, il faut refuser ce budget?

Au parlement de le dire, mais ce que je veux simplement exprimer, c’est que ce budget ne convient ni sur le fond ni sur la forme. De toute façon, en cas de refus, on en restera au budget 2019, avec des crédits accordés aux prestations indispensables. Si tel est le cas, évidemment, les postes prévus ne seront pas créés. En échange de l’effort demandé à l’administration, il serait peut-être opportun de lui verser l’annuité, comme le prévoit la loi. Mais l’essentiel, une fois de plus, ce n’est pas le déficit, mais l’allocation des moyens et les réformes structurelles.

Un refus du Grand Conseil ne serait donc pas si grave?

Là n’est pas la question, car cela n’empêchera pas l’État de fonctionner. En revanche, cela révélera une incapacité à faire des choix politiques, ce qui aura des conséquences financières pour la population.

Vous avez été entendu le 6 septembre par le Ministère public sur le volet Manotel de votre affaire. Des nouvelles de la suite de la procédure?

Aucune. Et vous?

Avez-vous des nouvelles de l’enquête fiscale liée à la déduction de vos cotisations?

Pas davantage.

Créé: 21.09.2019, 08h55

Un parcours difficile

Le budget Détaillé jeudi, le projet du Conseil d’État présente un déficit de 589,7 millions de francs. Les charges s’élèvent à 9,143 milliards, les recettes à 8,553 milliards. Il prévoit notamment la création de 412 postes (+2,4%) dans le Petit État.

Processus Le Grand Conseil se saisira fficiellement du projet de budget lors de sa séance du 17 octobre. Il sera ensuite examiné en détail principalement par la Commission des finances. À noter que le parlement peut modifier le budget mais pas aggraver un déficit. S’il prévoit une nouvelle dépense, il doit la compenser.

Vote final Le débat en plénière se déroulera les 12 et 13 décembre. Un passage qui n’est jamais simple à Genève.
E.BY

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