Pierre Maudet, le réformateur qui va parfois trop vite

Bilan du Conseil d’Etat (2/8)«Super-Maudet» est freiné par des  difficultés. Sa  méthode du tout, tout de suite lui joue des tours.

La capacité d’analyse de Pierre Maudet, sa volonté d’empoigner les problèmes et la cohérence entre son programme et ses actes font consensus. Mais sa méthode du tout, tout de suite, passe mal.

La capacité d’analyse de Pierre Maudet, sa volonté d’empoigner les problèmes et la cohérence entre son programme et ses actes font consensus. Mais sa méthode du tout, tout de suite, passe mal. Image: Pierre Albouy

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Applaudi hier par un millier de policiers à l’Arena. Décrié aujourd’hui par les mêmes et les gardiens de prison. Depuis son arrivée au Conseil d’Etat en 2012, grâce à une partielle, et sa brillante réélection en 2013, Pierre Maudet n’est plus en odeur de sainteté parmi ses ouailles. Occupé sur deux fronts syndicaux durs, le magistrat PLR lance des réformes à tout va, non sans difficultés à la tête du département hybride qu’il s’est façonné, alliant sécurité et économie.

«Il remplit parfaitement les objectifs qu’il s’était fixés en entreprenant des réformes majeures», analyse d’emblée Vincent Maitre, député PDC, reflétant l’avis qui prévaut au sein des commissions parlementaires ad hoc. Sa capacité d’analyse, sa volonté d’empoigner les problèmes et la cohérence entre son programme et ses actes font consensus. Mais sa méthode du tout, tout de suite passe mal.

Son échec de l’année

Le domaine pénitentiaire, défaillant depuis des années, c’est son chemin de croix. Avec son projet de construction de 100 places, validé par le parlement, il est passé en force à Puplinge, créant une levée de boucliers. Il a fallu l’intervention en début d’année du président du Conseil d’Etat pour débloquer la situation. Avec Curabilis, la prison-hôpital, «il a fait l’erreur d’agender l’ouverture en juin dans la précipitation», regrette le socialiste membre de la Commission des visiteurs officiels (CVO) Roger Deneys. «C’est l’échec de l’année pour Pierre Maudet», évoque un ancien conseiller d’Etat. «On lui demande de faire face à des problèmes que le Parti radical avait dénoncés en son temps», relativise le PLR Michel Ducret, président de la CVO.

Reçu en héritage, le problème du statut des gardiens occupe Pierre Maudet depuis son arrivée. Après sa tentative de nivellement par le bas, il est revenu en arrière et vient de ficeler un projet de loi qui ne rassure pas l’Union du personnel du corps de police, en croisade permanente.

Capable de négocier?

Le secteur police paraît plus stable. La coordination s’est améliorée avec le procureur général, le partenariat s’est accru avec les polices municipales et les gardes-frontière. Et c’est un fait, les chiffres de la criminalité baissent depuis deux ans. Pourtant, la colère monte au sein de l’ensemble des syndicats de police, déçus par son manque de dialogue sur le volet social. «Sa devise: faire et laisser braire, glisse le député MCG Jean Sanchez. Cela peut lui exploser à la figure.» D’autant que, selon un spécialiste du dossier, «contrairement à d’autres conseillers d’Etat qui se sont aussi heurtés aux syndicats, Pierre Maudet a atteint le point de non-retour avec eux».

«Un conflit syndical retarde la solution politique, voire peut la faire capoter», prévient un ancien ministre. Exemple avec la nouvelle Loi sur la police, combattue par référendum. Là aussi, la méthode Maudet interpelle. «Il a d’abord poussé pour la faire voter en juin, mais plusieurs députés lui ont dit qu’il fallait discuter avec les partis. Le projet est finalement passé à la fin d’août, de justesse. Il se rend compte qu’il doit travailler plus en profondeur», prévient la Verte Emilie Flamand-Lew.

De quoi s’interroger sur sa capacité à négocier avec ses troupes. C’est tout le paradoxe du personnage. Car «il a une capacité indéniable à négocier avec le Législatif. C’est le conseiller d’Etat le plus actif dans ce domaine», admet Cyril Mizrahi, président socialiste de la Commission judiciaire. Résultat: il demande beaucoup et obtient beaucoup. Pour 2015, la moitié des 300 nouveaux postes reviennent à la sécurité et la justice. «J’attends de lui qu’il veille aux équilibres entre les politiques publiques», met-il en garde.

Le messie à l’économie

A l’économie, Pierre Maudet est encore perçu comme le messie. Si certains estiment qu’il a péché par gourmandise en se l’attribuant, beaucoup s’en félicitent, comme le président de la Commission de l’économie, Roger Deneys: «C’est une bouffée d’oxygène après les années Unger. Le changement est très positif sur plusieurs volets: la lutte contre la sous-enchère salariale, la nouvelle loi sur les débits de boissons. Il a la volonté de renforcer l’inspection et les relations du travail, de remettre sur pied le Service du commerce.»

Les critiques acerbes viennent surtout de son entourage. «Meilleur politicien que chef de département», glisse une source, son attitude irrite, tout comme sa manie de s’immiscer dans l’opérationnel. «Il se réveille le matin en décrétant ce qu’il faut faire», témoigne un proche de cet «hyperchef de département façon Sarkozy». Un haut cadre appuie: «Ce capitaine à l’armée, très dictatorial, érige le conflit en mode de management. Il s’est coupé de ses fonctionnaires depuis sa réélection.» Les chefs de service exécutent ses ordres souvent dans des délais impossibles à tenir, au risque de bâcler le travail.

Surnommé sobrement à l’interne PM5, pour Pierre Maudet maître du monde et de moi-même, il déteste les critiques, confient nombre de nos interlocuteurs. «Du coup, ses hauts cadres n’osent pas lui en faire, relate un observateur. Ce n’est pas comme ça qu’on avance.»

Créé: 14.12.2014, 19h23

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2015: les enjeux

Pierre Maudet jouera gros le  8 mars, date de la votation sur le référendum contre sa Loi sur la police. Dans l’année, il  devra faire passer sa loi sur le  pénitentiaire visant à régler le  problème de statut des gardiens. Décrocher le crédit d’investissement pour la construction de 450 places de  détention. Côté économie, il  défendra bientôt devant le  parlement sa loi sur l’activité des débits de boissons. Et devra faire face au référendum contre la nouvelle loi sur les taxis. S.R.

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