Pierre Maudet: «Les fiches S devraient être accessibles à la Suisse»

Attentats à ParisLes autorités de sécurité en Suisse n'ont pas un accès automatisé à la liste des fiches S françaises. Réactions.

Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois chargé de la Sécurité.

Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois chargé de la Sécurité. Image: G. Cabrera

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La France communique-t-elle systématiquement à la Suisse la liste des Français fichés «S»? Et lorsque les autorités de sécurité suisses sont informées, que peuvent-elles faire? La question devient clé suite aux attentats de Paris et au risque accru d’actes terroristes en Europe.

«Le système de fiches S est géré par les services de renseignement français. La police suisse n’a pas accès à cette liste», explique Cathy Maret, cheffe de la communication à FedPol. En fait, l’échange de ces informations se fait au cas par cas entre les services de renseignement, selon nos sources. «Mais ce n’est pas simple, explique une personne bien informée. Les services de renseignement français n’ont pas tous accès à l’entier du contenu d’une fiche S, par définition secrète, pour éviter les fuites. Quand leurs homologues suisses veulent obtenir des informations, ils ne reçoivent pas toujours tous les éléments.» Plus délicat: «Les services de renseignement étrangers n’ont pas pour habitude de donner beaucoup d’informations à leurs collègues suisses, qui ne sont pas toujours considérés comme des partenaires suffisamment réactifs et qui ont peu à donner en retour», poursuit notre interlocuteur.

En revanche, les autorités de sécurité disposent d’un autre outil en commun. «Les polices européennes, françaises et suisses comprises, utilisent le Système d’information Schengen pour indiquer les personnes à rechercher ou soumises à surveillance discrète», relève Cathy Maret. Cette base de données renferme notamment les mandats d’arrêt, les interdictions de séjour ou encore les personnes surveillées, qui peuvent être sous fiche S sans être signalées de cette manière.

Désormais, faut-il demander à la France la liste de ses fiches S? «Je suis archifavorable à un échange d’information au plan européen, avec une base unifiée par le biais d’Europol par exemple. Encore faudrait-il avoir le contenu complet des fiches et surtout établir des critères de recherche homogènes entre les pays», relève Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois chargé de la Sécurité. Cette question est toutefois ultrasensible: «Dans les fiches S, on trouve aussi des personnes qui n’ont pas commis d’infractions pénales», souligne-t-il.

«On pourrait demander cette liste. Mais obtenir systématiquement tous les contenus serait une autre affaire, observe de son côté Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism. Et si c’était possible, on disposerait d’une masse d’informations qu’il faudrait pouvoir traiter. On touche alors au problème des moyens.» Carlo Sommaruga, socialiste, président de la Commission de politique extérieure au National, se montre favorable à l’intensification de la collaboration des services de renseignement et des polices des deux pays: «Sur le principe, cela ne poserait aucun problème d’automatiser la communication de fiches S pour cause de banditisme et d’extrémisme violent, mais il faut une base légale et veiller à la protection des données.»

Qu’en est-il des Français fichés «S» travaillant en Suisse? La Tribune de Genève a révélé en août le cas de deux imams de la mosquée du Petit-Saconnex, susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste radicale internationale. Les deux hommes, qui n’ont pas retourné nos appels, sont toujours en poste. Cette situation inquiète-t-elle Pierre Maudet? «Au niveau de la Confédération, il existe la possibilité de révoquer le permis de séjour d’une personne sous fiche S et même de l’expulser si des éléments montrent qu’elle représente un danger pour la sécurité de la Suisse. Mais le fait d’être frappé d’une fiche S ne justifie pas automatiquement ces mesures.»

Créé: 18.11.2015, 07h47

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