«Pierre Keller a été pour moi un formidable aiguillon»

HommageLe directeur de la HEAD, Jean-Pierre Greff, salue la drôlerie, l'ambition et le caractère visionnaire de son comparse décédé.

Pierre Keller, ici au mois de décembre 2018.

Pierre Keller, ici au mois de décembre 2018. Image: FLORIAN CELLA/ARCHIVES

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Jean-Pierre Greff, «profondément triste» en ce lundi matin, s'éclipse quelques minutes d'un Conseil d'école pour rendre hommage à Pierre Keller, saluant le courage et l'élégance avec lesquels son vieux duettiste a affronté la maladie.

Entre le directeur de l'ECAL (Ecole cantonale d'art de Lausanne), Pierre Keller, et celui de la HEAD (Haute Ecole d'art et de design de Genève), Jean-Pierre Greff, les passes d'armes ont été nombreuses et vives, parfois même féroces, les deux hommes luttant pied à pied pour donner plus de pouvoir et de lustre à «son» établissement.

«Pierre a été pour moi un formidable aiguillon quand je suis arrivé à Genève il y a onze ans», évoque Jean-Pierre Greff. «L’Ecal avait alors pris une position très dominante. Nous nous sommes rapidement bagarrés pour nos écoles respectives, sans concession. La vision que formait Pierre pour SON école, n’était pas seulement ambitieuse et inspirée; elle était aussi hégémonique. Mais je crois qu’il y avait entre nous un vrai respect mutuel, même si nous avons à bien des égards des personnalités très contrastées.»

Une fonction très absorbante

Vu de l'extérieur en effet, contraste il y a avait, mais... «nous avions aussi quelques points communs, à commencer par la passion profonde des écoles d’art, vécues comme des espaces irremplaçables d’aventure personnelle et collective», relève avec lucidité le plus jeune. «Nous partagions une même vision de leur singularité, toujours fragile, menacée parfois. Lui la défendait en de mémorables coups de gueule, je m’efforçais d’être plus posé. Mais ce numéro répété de duettistes a plutôt bien fonctionné: nous étions d’accord sur le fond, mais ensuite c’était une bataille assez rude, chacun pour son école. Nous partagions également une façon semblable d’envisager la fonction de directeur comme une implication totale, absorbant tout le reste de nos vies.»

Le rôle de l'école d'art dans l'espace public

Jean-Pierre Greff a connu Pierre Keller dès l'entrée en fonction de celui-ci comme directeur de l’ECAL, en 1995. Il avait lui-même pris dix-huit mois plus tôt la direction de l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, et les deux hommes avaient eu divers échanges. «Pierre m’a ensuite accueilli amicalement lorsque je suis arrivé à Genève», se souvient Jean-Pierre Greff. «Il a été l’un des tout premiers dans l’espace francophone et suisse à exprimer, de manière véhémente, mais aussi avec beaucoup d’esprit et de drôlerie, une ambition formidable pour une école d’art et de design. Il a été visionnaire quant à la place qu’était en train de prendre le design dans le champ esthétique et social. Pierre a revendiqué et imposé un rôle éminent de l’école d’art dans l’espace public, tout comme il a défendu bec et ongles ses spécificités irrévocables dans l’espace HES en construction.»

Comme nombre de ceux qui ont fréquenté Pierre Keller, Jean-Pierre Greff avait «le plus grand respect pour l’action, exemplaire, qu'il a menée à la tête de l’ECAL, dont il a forgé l’identité et la notoriété internationale, marquant l’école de son empreinte pour encore longtemps».

«On a bu de bons coups ensemble»

«Au final, on a bu de bons coups ensemble, Pierre était quelqu’un de formidablement généreux, à la fois insupportable par moments et adorable l’instant d’après», analyse son ancien rival. «Je me rappelle aussi deux soirées en tête à tête à Saint-Saphorin. Pierre se livrait alors assez facilement; il y avait de la fragilité en lui, il pouvait être très touchant, même dans ses vanités. Au final, j’ai conçu une vraie affection pour lui. Depuis son départ de l’ECAL - il me semble que c’était avant-hier -, nous nous embrassions de bon cœur.»

Créé: 08.07.2019, 15h26

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