La philo, Dieu et le Parti socialiste

PortraitLe pasteur poète, proche du judaïsme et de la psychanalyse, a déserté les sentiers battus.

Marc Faessler a croisé le chemin des philosophes Paul Ricœur et Emmanuel Levinas.

Marc Faessler a croisé le chemin des philosophes Paul Ricœur et Emmanuel Levinas. Image: Laurent Guiraud

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Il écrit des ouvrages de philosophie. Ardus, les ouvrages. Théologien, il lit (et parle!) le latin, le grec et l’hébreu. Il est l’un des meilleurs connaisseurs du judaïsme. Et s’est amusé à interpréter les rêves de la Genèse selon Freud… Tant d’érudition pourrait le rendre inaccessible. Mais c’est un homme sans affectation qui ouvre grande la porte de son appartement de Saint-Jean. La curiosité et la joie révèlent autant l’ancien pasteur de Champel que sa vaste culture. «Ma femme dit que je suis un drôle de théologien», s’amuse Marc Faessler.

Samedi 1er décembre, à midi, la librairie Le Parnasse (à la Terrassière) organise la lecture de certains de ses «haïkus» tirés du livre «Au fil de l’eau, la Versoix» par le comédien Claude Thébert. Car Marc Faessler est poète à ses heures. Et chroniqueur: l’an dernier, il publiait «Miettes théologiques» , recueil de textes parus dans «Coopération» et inspirés par l’actualité culturelle, artistique et politique. Cette dernière l’a d’ailleurs toujours captivé. Il a sa carte du Parti socialiste depuis 1967! En ce moment, il décrypte le psaume 119, le plus long de la Bible. Infatigable?

Psychanalyse à 7 ans

Assis dans un fauteuil de son bureau, entouré de centaines de livres – de la Torah à des romans contemporains – Marc Faessler n’élude pas la question des origines. «À ma naissance, en novembre 1940, ma mère naturelle, une Anglaise, venait de perdre son premier enfant, une petite fille de 3 ans. J’ai pris la place d’une morte. Ce n’est pas une place très agréable, confie-t-il sans détour. Ma mère ne s’en est jamais remise…» C’est la guerre. Le bambin passe un hiver au Locle – «j’étais gelé» – avant d’être placé à l’âge de 4 ans en pension à Gryon. Les parents divorcent; le père se remarie. «Avec une femme très intelligente affectivement, qui s’est substituée à ma mère. Elle a compris que j’étais dans une situation difficile et m’a fait suivre une psychanalyse. Cela m’a sorti d’affaire.»

Vraiment? «Une des choses qui nous empêche de vivre, c’est que nous répétons des comportements dont nous ne comprenons pas l’origine. La psychanalyse ne guérit pas, mais elle aide à mieux discerner qui l’on est et comment on fonctionne.» Avant d’ajouter: «On apprend beaucoup de choses en rencontrant des difficultés.» Cela n’ébranle pas la foi? «Au contraire. À l’intérieur du malheur, il y a des profondeurs réelles. Tout le monde peut recevoir la joie», assure celui qui, il y a vingt ans, perdait l’un de ses deux fils dans un accident de la route. Le regard bleu s’agrandit.

Les Pâquis, «un quartier merveilleux»

La joie? «On ne peut pas la créer. Elle est inopinée. C’est une grâce. Mais seule la joie nous rend vivant», affirme le septuagénaire qui se souvient avec délices du petit garçon qu’il fut, à la rue du Léman. «Il y avait des calèches et des artisans partout. Les biscuits Pernod embaumaient. On jouait au foot au milieu de la rue. On se baignait dans le lac avant de partir à l’école. C’était un quartier merveilleux.»

Élève doué, il est attiré par la philosophie: «Je me suis toujours demandé ce que l’on faisait sur cette terre.» Il aime la littérature, le théâtre, le grec et le latin. Avec son copain André Hurst (qui deviendra recteur de l’Université), il monte une pièce de Térence à l’occasion du 400e anniversaire du Collège Calvin. Puis il choisit la théologie. «Je ne peux pas vous dire pourquoi!» sourit-il. Il part un an à Paris, rédige une thèse sur Pierre Teilhard de Chardin, suit des cours au Collège de France, rencontre les philosophes Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas, qui l’«éblouit» et qu’il fera connaître à Genève. Cette rencontre le mène à l’étude du judaïsme. «Le christianisme se présente comme la vérité, alors qu’il n’est qu’une vérité», ose l’homme d’Église qui avoue «n’avoir que des doutes. Ce que j’aime chez les juifs, c’est qu’ils n’ont jamais cherché à être missionnaires, à la différence de nous, chrétiens.»

Malgré tous ces talents intellectuels, Marc Faessler, c’est une autre de ses originalités, n’a pas fait carrière à l’Université – dont il a néanmoins reçu la Médaille en 2005. Il s’est consacré au Centre protestant d’études qu’il a dirigé pendant vingt-deux ans. «La position du professeur, censé tout savoir, me semble fausse. Pour moi, la quête théologique consiste justement à rester dans le non-savoir.» La modestie comme suprême élégance.

(TDG)

Créé: 29.11.2018, 09h00

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